Sans artifice ni vice, jaugeant l’intime et l’époque, Rocé déclame toujours sa pensée avec sagacité. Son style lui a conféré l’une des meilleures réputations du rap français : il la conforte sur les tempos modérés du groove gracieux de Palmier. Rocé a entamé son parcours sur les samples de notamment Dj Mehdi sur Top Départ en 2002, puis sur le free jazz d’Archie Shepp et Jacques Coursil en 2006. Avec toujours l’Idendité en crescendo et sans jamais de statu quo, il alimente sa discographie avec ce sixième album, 10 trax réhaussées de 2 instrus de concentré intégral de talent.

Préférant la teneur du message à la valeur de la posture, Rocé surmonte un mouvement dont il est aujourd’hui un observateur accompli. Les années lui confèrent de l’assurance, des connaissances, de l’expérience, et son écriture s’est naturellement bonifiée avec le temps. L’homme de Ménilmontant a hissé son rap au statut de poésie urbaine (Lunaire) et s’il lève le poing et s’engage à casser les murs, c’est en s’armant de bonnes mélodies.

Cet « engagement esthétique » repose ici sur du saxophone, du piano, du violon, de discrètes nappes et parfois sur des esquisses synthétiques de rythmiques (Monte les sirènes). Ces instrus soignées enrobent la subtilité des lyrics dans des textures jazz et orchestrales et, à moins que ce ne soit l’inverse, la musicalité s’accorde avec le texte.

Cet album réfléchi au flow calme et posé  s’offre à nous comme une respiration (Laisse les enfants courir). Clairvoyant et sans désenchantement, Rocé ne fait pourtant pas l’économie d’une certaine mélancolie. En collaborant sur La voie Lactée, Natacha Atlas illumine le seul titre en duo, de ce grand disque de rap, sensible et sensé, conscient au sens littéral des enjeux et de la valeur de l’existence.

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