Déjà excellent dans les registres réalistes et sordides du polar avec une première trilogie intitulée l’Échos des années grises, Benjamin Dierstein avait aussi maîtrisé l’outrance et le burlesque à la Kennedy Toole dans Un dernier ballon pour la route. De ses multiples talents de narration, cet expert des tempos électros nous livre presto la partition d’une fresque métronomique cadencée sur le beat synthétique de 6 années frénétiques.
5 ans de travail compressé en 2600 pages divisées en 3 volumes ont pour décor la période historique 78-83. Cette époque au potentiel romanesque extravagant où la réalité surpasse la fiction, constitue pour l’auteur des années de plomb françaises. Et là réside un autre talent de Benjamin Dierstein, transformer le plomb en or.
Notre alchimiste ancre son récit dans le chaos crépusculaire d’émeutes parisiennes de Mai 68 où se produit le meurtre d’un inspecteur des renseignements généraux. Passé ce flash-back, un barbouze tiraillé entre services secrets et grand banditisme ainsi qu’une inspectrice et son rival de la même promotion se confrontent dès 1978 sur le fil de l’Histoire et le souvenir de ce crime. Leurs trajectoires se répercutent et s’entrechoquent avec pour point de bascule l’alternance de 1981 et l’embrasement du Moyen Orient.
Benjamin Dierstein déroule une fiction constellée d’affaires d’Etat et de dizaines d’attentats bien réels. Il précipite dans cette abîme des personnages principaux ambitieux et carriéristes tiraillés entre leurs devoirs et leurs intérêts. L’enchevêtrement de ces interactions anime une intrigue aux thématiques multiples, entre la clandestinité des groupes armés, les violences politiques, la guerre des polices ou les affres de la jet-set.
L’auteur se sert des interstices mystérieux pour les combler en romançant avec des personnages fictifs, désignant même parfois le meurtrier d’affaires non élucidées. Son imagination s’accommode quelquefois des circonstances en extrapolant sur le comportement de nombreuses personnalités pour animer son récit . Celui-ci induit des situations savoureuses mettant aux prises des personnages authentiques impliqués notamment dans l’intimité des présidents, la culture populaire et son cortège de vedettes.
Don Winslow, DOA ou Dantec établirent leur notoriété avec des trilogies épiques. Avec ce page turner Dierstein projette les aspérités et l’immoralité de l’Histoire dans ces 3 tomes captivants où il retranscrit une époque et son atmosphère qui, selon lui, porte les germes de la situation contemporaine.
Une réussite.







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