C’est en couverture de la dernière compilation Soul Jazz, qu’Alton Ellis nous honore à nouveau de sa présence. Le label londonien, auquel Clément Coxsone Dodd a dealé son catalogue, en vertu de leur passion commune pour le jazz, numérote désormais les titres de ses anthologies. Celles-ci se succèdent à intervalles réguliers depuis plus de 15 ans. Soul Jazz régale encore et encore, mais l’on retrouve certains titres identiques au fil de ses compilations Studio One.
Comme pour les compiles Trojan, c’est le gage pour Soul Jazz de s’être institutionnalisé. Quel ‘’petit’’ label s’aventurerait à ressortir sous divers emballages les mêmes morceaux ? Bref, en matière de groove des 60’s, quoi de mieux que le studio du 13 Brentfoard Road à Kingston, pour parcourir une époque touchée par la grâce, tant aux USA qu’en Jamaïque. A cette période, la musique s’éloignait inconsciemment du ska mais n’était pas encore du reggae. Les lignes de basse le prouvent : le walking bass s’affranchit de son temps systématique pour se muer en riddims intenses. En atteste ici le Never Let Go de Carlton and The Shoes qui se sublime d’une bassline intransigeante. Avec ses cuivres, ses harmonies vocales et ses chanteurs d’exception, la musicalité de cette période prime encore, délicieuse et inquiétante. Ses chansons d’amour plaintives l’anticipent : sur des firmaments ténébreux d’un reggae roots germant, la mutation aurait bientôt lieu. Ses deux vinyles offrent le choix des spécificités, puisque la sélection court sur une large période. Ainsi, entre le Strange things de John Holt, le I Shall Be Released des Heptones, chacun peut succomber à une de ces gemmes, si ce n’est à ce disque dans son intégralité.





Laisser un commentaire