Subjectif et passionné, Version établit le palmarès officieux des 10 productions au format album incontournables du dub en France. On attend vos commentaires…
Improvisators Dub Meets The Disciples – Dub & Mixture -2000

« Eat dub, love dub, drink dub, smoke dub, live dub, Come and dance with guidance » Quelle nostalgie ! S’il est un groupe qui fait défaut aujourd’hui, c’est bien des Impros dont il s’agit. Ce groupe bordelais expansif et généreux a littéralement importé les canons du steppa sur les scènes des concerts en France. Les sound sytems encore à leurs balbutiements, les Impros indiquèrent la voie à suivre à tout un contingent de musiciens. S’ils connurent deux périodes distinctes en prise avec l’évolution de leur personnel, le début de carrière des Impros fut influencé par le talent de Fransax au sitar et au saxophone. Improvisators Dub, avant de se vouer à un stepper dub live avec des chanteurs, put se targuer de fusionner la world music et le reggae, là où les musiques alternatives ouvraient en 2000 tous les champs du possible. Ez3kiel, Ethnician et Zenzile furent notamment de ceux-là, mais les Impros représentent le mieux cette période, franchement rebelle.
Junior Cony meets Shanti & Mister Irie. : At the government shop. 2003

Junior Cony a vécu 1000 vies qui racontent une fraction de l’histoire de l’underground français. Ce musicien touche à tout enregistra et fit le son en concerts de nombreux groupes indépendants des années 80. Artistiquement, il fut notoirement le programmeur de la boîte à rythmes de Ludwig Von 88. Pour son second album, cette rencontre avec un jeune mc donna à ce dernier l’allant d’une carrière qui le propulse aujourd’hui aux côtés des meilleurs producteurs dub. Sortis sur le label dément Crash Disque, cet objet raconte une période, celle où le dub était un sous genre de l’indé français, coincé entre le ska et le rock alternatif, voire du courant drumn’bass archi prisé à cette période. Paru en 2003, ce 45ème cd Crash Disque consacrait par là-même ce mythique label parisien pour son efficacité et son éclectisme.
Brain Damage – Always Greener (On The Other Side) 2004

S’il n’est pas le premier lp du duo de Saint-Etienne, ce disque confirme l’intérêt du grand public pour le dub, un genre jusqu’à présent largement underground. Avec ses spécificités, Brain Damage se distingue toutefois de la quasi-totalité des groupes live de cette période en invitant Tena Stelin sur cet opus qui contient notamment le furieux Genetic Weapon, remixé bien plus tard par OBF. Le plus cérébral des groupes français fait toujours honneur à Saint-Etienne depuis une dizaine de disques. Il se distingua au début des années 2000 avec un activisme forcené en relation avec les Anglais de Dubhead et de l’un de ses confrères, Hammerbass. On peut dès lors parler de précurseurs, puisque la tendance Uk s’est par la suite bien enracinée en France.
O.B.F – Wild 2014

Révélé au mitan des 00’s grâce notamment à un 10inch de Dubateers, en 2007 Pressure Dub Remix, OBF incarne l’avènement d’un dub qui remplit des salles immenses comme le firent High Tone aux alentours de l’an dubmille. Il y a quelque chose de la gouaille et de la passion de Manutension chez Rico, l’un des fondateurs, ainsi qu’une détermination exemplaire à représenter son courant musical. Aux côtés de Guillaume, ce sound system savoyard a gravé sur vinyle des fulgurances dub steppa, invitant leurs connexions les plus prolixes (Charlie P, YT, Danman, Lone Ranger…). Cet album est indissociable de sa période puisqu’ il a marqué l’année 2014 de ses rugissements. Une musique intransigeante faite pour danser mais qui garantit un esprit alternatif irréprochable, en attestent les soirées Dubquake organisées par le crew.
Webcam Hi-Fi – Livity Is My Temple 2009

Cet album vient concrétiser le parcours de l’un des musiciens les plus opiniâtres du dub français. Pour lui, l’autonomie n’est pas un vain mot et les dubbers actuels ont tout à gagner à s’inspirer de son éthique. Fred Luneau a parcouru de fond en comble l’indé avec diverses formations. Löbe Radiant Dub System fut pour nous l’expérience qui le révéla mais sa carrière postérieure de producteur mérite un éclairage appuyé. En multipliant les releases dont il enregistre lui-même un grand nombre de parties, Fred autoproduit sa musique et a conquis le respect du monde du dub. Livity Is my Temple succéda en 2009 à une impressionnante série de maxi 10’’ qui irrigua les selections d’Europe entière. Malik Boulibai ne s’y trompa d’ailleurs pas en playlistant Webcam Hi Fi sur France Inter, c’est vous dire…
Kanka – Watch Your Step 2014

Il a marqué son époque avec des bombes musicales. Ses cuts avec Brother Culture, sur les albums Don’t Stop Dub en 2005 et Alert en 2006, instaurèrent le stepper dub comme l’endroit où se rencontrent certains teufers et les massives les plus consciencieux. Directement inspiré de la vibe UK, Kanka est devenu le leader d’un mouvement qui s’éloigna de ses racines pour embrasser une bass musique bien moins inspirée désormais par son ascendance reggae. Cet opus marque le paroxysme de la créativité de Kanka, notamment avec le ravageur Worries & Problems chanté par Echo Ranks qui retourne systématiquement dans les sélections les fanatiques du mouvement.
Weeding Dub – Steppactivism 2004

Aux avant-postes en France d’une tendance qu’il a sûrement contribuée à rendre populaire, Romain alias Weeding Dub signa ce magnifique lp en 2004. Hébergé sur un des meilleurs labels, toutes époques confondues, d’électro et de dub, cet album élégant s’inscrivait graphiquement dans les codes de Sounds Around . Ce jeune musicien lillois fit son chemin humblement en décrochant la consécration d’être joué en session par Jah Shakka. Pour ce disque, il invita et sampla Martin Luther King sur l’ultra efficient morceau Justice !. Les intervenants présents se nomment Manutension, Neil Perch et Vibronics pour des remixes, alors que Naïma des Dubians sublimait de son talent le riddim de No frontiers. Presque 15 ans plus tard, ce lp garde toute sa saveur ; sa valeur dans les bacs d’occasion est là pour démontrer l’intérêt des collectionneurs.
Highvisators : High Tone Meets Improvisators Dub – Highvisators Vol. 1 2004

Visionnaires. Les deux groupes qui ont le plus marqué de leur empreinte la révolution dub française s’enferment quelques jours dans un chalet en 2003. Le résultat bouleversa les témoins de cette période par son inventivité, lancé sur la lignée du premier splits vinyls enregistrés avec Kaly (Kaltone, Wangtone suivra en 2005 puis en 2006). Jarring Effects accueillit naturellement ce split entre deux groupes qui ont marqué leur époque et ont montré la voie à suivre a toute une génération de musiciens français alternatifs, épris de reggae et de culture sound system, techno à l’époque. Rien à faire, ce disque ne bouge pas avec le temps ! En mode mini lp sur cd (9 titres) le vinyl fait littéralement l’amour avec la platine en seulement 4 morceaux : Keep On Fire et Reggae fever demeurent deux expériences à vivre pour quiconque aime cette musique. Tout est dit.
Kaly Live Dub – 3 Maximal Overdubs 2004

Extirpons subjectivement de la discographie du gang lyonnais cette compilation regroupant 3 maxis à laquelle on décerne le prix de la créativité de cet an de grâce 2004. Sur 3 Maximal Overdubs se trouvent réunis les maxis parus entre 2001 et 2003. Ceux-ci élargirent encore un peu plus le potentiel créatif de ce qui était la version premium d’High Tone. Des remixes signés de ces derniers, de Pushy, de Crystal Distortion et surtout de Jah Warrior alors au top de son inspiration, nous furent livrés dans un cd que les années n’ont pas érodés, à l’origine gravés sur vinyles. Kaly s’essaya aussi au reggae roots sur Encounter 1, un somptueux 12inch enregistré avec Rod Taylor. Le son d’orgue si caractéristique, ses lignes de basse frénétiques, constitutives de l’une des meilleures sections rythmiques du dub français, singularisent cette formation issue de la Croix Rousse. Des structures plus élaborées, une meilleure technique musicale mais paradoxalement un succès moindre les distinguent de leur frères potards. Ces deux groupes n’en formaient qu’eux à l’ origine. Ils représentent aujourd’hui la même conception du son lyonnais.
High Tone – Acid Dub Nucleik 2002

Passé l’effet de souffle des premiers maxis mais surtout de son premier album Opus Incertum, l’un des groupes responsables du succès de la scène lyonnaise confirme tout son potentiel et affine son style sur son second album. Enregistré à Saint Amant Roche Savine, où se ressent franchement l’esprit de l’engagement et de l’indépendance, Acid Dub Nucleik propagea une onde de choc culturelle qui résonne toujours chez les irréductibles du quintet lyonnais. L’été 2002 fut celui des morceaux Bad Weather et Enter the Dragon, et de ses illustres samples ethniques. High Tone explorerait plus tard les méandres d’un style bien plus electro, tout en multipliant les projets novateurs. Où l’on peut être avant gardistes et fidèles à ses intentions artistiques.





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