Grâce à Real Muzul et Da Cockroach, 240 pages grand format reliées à l’Histoire du hip hop se font l’écho du parcours de l’origine du beatmaking. En signant Here come the drums, ce duo d’experts alimente la passion des érudits et les connaissances des profanes en consacrant leur travail à l’évolution du matériel de production. Ce thème original dont le cheminement devait être relaté offre invariablement une multitude de points de vue et d’appréciations, ce livre contribuant de fait à la culture hip hop.

Here come the drums établit les relations entre les méthodes de productions, les spécificités des machines utilisées et les disques enregistrés. Ce beau livre replace les oeuvres produites dans le contexte de leur élaboration. Il se consacre essentiellement aux sorties early hip hop et boom bap des années 80 et 90, puisque le software, c’est à dire les logiciels informatiques, ont quasiment éradiqué les sampleurs et les boîtes à rythmes des productions hip hop postérieures.

Ce thème de geek de la musique, voire d’ultra spécialiste, est ici rendu passionnant par une écriture imagée, une multitude d’intervenants et la maquette géniale de l’ouvrage. Sampleurs et boîtes à rythmes sont présentés dans leur spécificité technique et les auteurs évoquent ensuite les œuvres pour lesquelles elles ont contribué. Des interviews croisées d’une multitude de beatmakers apportent un intérêt crucial à la seconde partie. Les pionniers Akhenaton et Dee Nasty sont aussi judicieusement mis en exergue. Here comme the drums présente un immense intérêt avec des photos d’archives de musiciens et de leur home studio à l’époque de leurs prouesses, ne manquant pas d’aborder quantité de thèmes inhérents à celui du beatmaking.

Une fois ce livre reposé, satisfait et instruit par sa lecture ludique, le constat primordial provient de l’ingéniosité absolue des premiers beatmakers. Ce livre parcourant en effet l’évolution musicale, on suit évidemment les progrès techniques du matériel. Et de là s’impose le constat que de la contrainte survient la créativité. En effet, les inventions successives, au potentiel à l’origine très limité, ont favorisé le développement d’un courant musical et d’une branche de la culture populaire devenue universelle. La sérendipité a souvent provoqué des résultats inespérés, et le plus grand mérite semble d’être parvenu pour les beatmakers à faire groover des machines austères en leur injectant des échantillons irrésistibles.

Le matériel de studio, élaboré pour un usage professionnel à l’origine consacré à la dance musique ou à la new wave, a favorisé une esthétique pour laquelle il n’était pas destiné. Là réside une observation fondamentale : l’usage détourné de capacités musicales au profit d’une expression nouvelle. L’acharnement et l’intensité obsessionnelle, mais aussi l’énergie vitale et la créativité de ces musiciens ont guidé le hip hop à travers les décennies. Ce très beau livre illustre une période de création musicale exceptionnelle dans l’histoire de la musique contemporaine et revêt un caractère indispensable pour documenter cet âge d’or.

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