2 décennies profilent les proportions épiques du triomphe de l’ultime album de J Dilla. Car lorsque Donuts parut le 10 février 2006, son producteur venait de s’éteindre depuis 3 jours. Sa notoriété n’avait plus qu’à propager sa légende dans les sphères de la prospérité. Mc reconnu notamment au sein de Slum Village, le renom de ses productions s’établira au delà des clivages musicaux. Ses constructions hip-hop seraient des exemples cités par Pharell Williams ou Erykah Badu et il serait mythifié à l’âge de 32 ans.

Issu du Detroit des années 80, Dilla a acquis sa culture musicale au sein d’une famille de musiciens et de l’environement propice de Motorcity. Proche de Amp Fiddler, celui-ci a contribué à partager son talent auprès de Qtip, puis de Tribe Called Quest et de toute la Native Tongue. Une carrière dans le hip-hop des 90’s, ses succès avec Pharcyde, Common ou Busta Rhymes ont conduit ce prodige des beat battle au début des années 2000 à reprendre le micro. Il se rapproche ainsi de Madlib en 2002 pour fonder Jaylib, s’installant sur la côte ouest avant de travailler dans sa chambre d’hôpital sur Donuts. Menée en toute discrétion, sa courte carrière l’a invité à la table des monstres sacrés que sont Marley Marl, Pete Rock ou Dj Premier.
Stone Throw en version audiophile nous fournit désormais l’objet du désir auquel on se livre sans tempérance tant le plaisir est instantané. Ce disque à l’imaginaire soul et urbain, comporte une vision et une conception, sûrement instinctives, de l’ordre, du désordre et du mélange. Il s’interprète aussi comme un testament, ses proches décelant des messages cachés dans les samples (Don’t cry). Dilla, tel un Jacques Villéglé du hip hop, arrache et recolle a satiété des extraits de leur source initiale, exprimant ainsi l’art de s’imprégner et de disséquer les vinyles pour en extirper les échantillons fatidiques. Ces 31 titres instrumentaux sont l’objet de controverses au sein de la communauté hip-hop, certains djs lui reprochant notamment leurs cotés bruts et abrupts. Pourtant cette esthétique a défini un style et des codes, notamment avec ses rythmiques enregistrées sans métronomes, caractéristiques du Dilla Time.
Conçu en partie à l’hôpital avec un Boss Sp 303 et une caisse de 45 tours apportée par sa mère, Dilla restructure intuitivement ses singles. Extrêmement brèves, les 31 plages de cette beat-tape offrent un groove imparable sur notamment The Différence ou U Love. Cette multitude de samples reliés les uns aux autres par la linéarité d’un beat hip hop propose des versions plus expérimentales, comme sur The Factory. Cette réédition de Donuts offre un magnifique hommage à Dilla qui a fui la notoriété durant sa carrière, laissant la lumière aux rappeurs dont il a contribué au succès.




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