Make you cry. Lorsque une chanson pèse autant qu’une existence, une tonne de zen semble aussi légère que le souffle du printemps. Et s’il est aussi simple pour huit musiciens de nous jeter dans l’intensité de l’instant présent, alors la vie peut sembler douce et facile. High Tone et Zenzile ne concèdent pourtant rien à la facilité. Poursuivant ensemble leur chemin débuté en 2006, ils ont convié Joly Joseph qui, avec eux, a trouvé sa voix. En chantant avec son âme, il déploie toute son humanité sur l’alliage de Zentone, habile dosage d’effets et de sérénité. Du reggae absolu irradiant des riddims atmosphériques, un groupe exprimant sa conscience et la raison, humblement, Zentone nous amène là ou le dub l’avait convenu : la plénitude.

On suit en ligne votre parcours plein de clameurs et de triomphes, comment se passe cette tournée ?
Julien : Le  »triomphe », on se savait pas trop, vu que c’est un projet avec beaucoup de musiciens et que c’est quand même dur de vendre ce genre de projet puisqu’il y a quand même un coût pour les programmateurs qui nous accueillent. Et en fait, on est hyper contents car il y a beaucoup de dates qui se profilent, et qu’on en a déjà fait pas mal. En plus c’est bien rempli, les gens ont la banane, et les gens des salles font des bons retours, ce qui entraîne pour la suite des choses positives pour la continuité de la tournée. On ne savait pas quand elle se finirait, et là elle est déjà repoussée sur l’automne 2026, et probablement encore un peu plus donc pour nous c’est hyper positif.



Le plus appelle le plus !
Julien : Oui, le plus appelle le plus et ce n’est que pour nous enchanter parce qu’on est une bonne équipe de loulous qui commencent à bien se connaitre et que ça se passe super bien.
Alex: Et ça fait plaisir que des orchestres comme nous, qui sommes là depuis un petit moment puissent encore tourner. Comme disait Julien on est quand même beaucoup sur la route, et c’est facile lorsque tu es 2 ou 3 pour tourner. Quand tu es 11 ça devient plus compliqué donc on a cette chance là et c’est vrai qu’on s’entend tous bien.

Vous êtes donc un orchestre, littéralement ?
Fabrice : C’est très angevin, à Angers ils aiment bien dire orchestre. C’est Vince qui a initié ça, de dire que nous sommes un orchestre !
Joseph : C’est vrai que cette appellation nous plait bien puisque quand tu te retrouves à 8 sur scène tu as effectivement cet effet de groupe.

De clan ?
Joseph : De Clan effectivement. Mais aussi pour le public, c’est ce qui surprend le plus par rapport a ces retours très positifs dont Julien parlait, c’est que les gens découvrent du dub joué par des musiciens, donc ce n’est pas rien.
Julien : C’est devenu tellement rare. Il y a même des jeunes qui découvrent ! C’est bien parce qu’il y a tout notre public d’anciens qui est là, et on voit qu’il y a un petit renouvellement du public qui se fait. Même les jeunes commencent à entendre parler du projet, ils viennent, et c’est sûr qu’eux n’ont pas connu de groupe comme nous. Ils n’ont pas vu High Tone, ils n’ont pas vu Zenzile mais ils n’avaient pas vu non plus Revolutionnary Dub Warrior ou Dub Syndicate.

Quelle image vous renvoient-ils, quel statut avez-vous à leurs yeux ?
Julien : Ils commencent à venir au merchandising et ils nous disent souvent qu’ils ne nous connaissaient pas. Mais il serait intéressant de savoir si ils nous ont découvert par leur grand frère, par la presse ou si ils nous ont découverts comme ça. On ne sait pas trop si ça vient du sound system vers les groupes.

Alex : Les jeunes qu’on a eu pendant longtemps, c’était surtout les enfants de la génération précédente. L’autre fois un jeune m’a remercié en me disant que c’est son père qui lui a fait écouter depuis tout petit et j’adore! Je lui ai dit  » c’est cool ça, parles en à tout le monde, à tous tes potes !
Joseph : Pour les gens qui découvrent, la baffe est toujours plus forte en live que sur disque. Moi c’est comme ça que j’ai découvert le dub, ici même d’ailleurs, il y a longtemps, pour une Nuit du Dub !

Tu te souviens de quelle édition ?
Joseph : Celle où il y avait Improvisators Dub qui venait de sortit Wicked*

2006 alors, celle avec Marcel Bellucci Quartet (interview et photos sur le site) Quel fut le meilleur endroit où vous avez joué, celui qui a été le plus intense, le plus chaud jusqu’à présent ?
Alex : Bordeaux, au troisième morceau on a eu du mal à repartir tellement c’était la folie !
Julien : Oui, à Rock School Barbey c’était super !
Joseph : La Cigale.
Fabrice : La Cigale était assez impressionnante. Certains redoutent le public parisien, mais avec High Tone on a eu une super expérience de ces salles comme le Bataclan, mais de l’avis des Parisiens qui sont sur place, on l’a senti en jouant, le public était vraiment là. Le retour des gens était assez inhabituel.


J’aimerais revenir sur un moment surement déterminant, vous souvenez vous précisément de votre  rencontre mutuelle ?
Julien : C’était pas loin d’ici en fait. Mais avant la première rencontre, ce qui s’est passé, c’est que sur Lyon, en 96 ou 97 on a reçu une cassette de Zenzile. Personne n’avait encore fait d’albums, ni Zenzile, ni High Tone, ni Impros. On a récupéré cette cassette parce qu’il y avait un Angevin qui débarquait sur Lyon, qui s’appelle Loïc Kervarec, qui a intégré le label Jarring Effect, qui était le manager de Meï Teï Shô. Et Loïc était un pote de Zenzile puisqu’il habitait sur Angers, qu’il les connaissait déjà, il bossait pour le label Yotanka à l’époque avant de venir à Jarring Effects. Donc il nous avait ramené cette cassette et on s’est dit qu’on était pas tout seuls à faire ce truc-là. Après on a entendu parler d’Impro, et quand ces 3 groupes ont commencé à sortir de leur région, la première rencontre avec Zenzile finalement n’était pas loin d’ici, puisque c’était à Thiers, au Balthazar, en 1999.



Avec cette mixtape vous vous êtes aperçu que d’autre gens faisait la même musique que vous ?
Julien : Exactement, nous on ne connaissait que Dub Syndicate, African Head Charge et Revolutionnary Dub Warrior capables de jouer live. En dehors de la scène digitale, je te parle de groupe avec un batteur, c’est ce qui nous a inspirés. Et c’est vrai que cette cassette nous a fait découvrir qu’on était pas les seuls en à faire, puis après il y a eu la rencontre avec Improvisators Dub.

Ces années étaient dingues, la fusion de tout avec tout …
Julien : Ah oui, l’époque était vraiment comme ça. Nous le premier gros festival qu’on a fait était organisé à Saint-Etienne. il s’appelait Opus Incertum, comme allait s’appeler notre premier disque. C’était l’association Opus Incertum, avec un gars de Lyon qui faisait une grosse soirée au Chambon Feugerolles je crois. A l’époque il n’y avait pas Iration Steppas, mais Kitachi.

La periode Dubhead !
Julien : C’est une époque où même les gars de l’Uk dub tentaient autre chose, une époque de mélange de breaks, de fusion, et de musique world. Donc Ià ça doit être un peu après la date au Balthazar parce qu’il y avait également Zenzile, et peut être Smith and Mighty, Zion Train et Bush Chemist aussi.
Joseph : La prog !
Julien : C’est le genre de premières dates où il y a avait des rencontres, on se retrouvait avec d’autres groupes de dub français, et des entités anglaises.

Et à l’époque, même si Smith and Mighty était connu, il devait y avoir 200 personnes ?
Julien : Non, c’était dans un hangar mais il devait y avoir 1000 personnes.

Pour en revenir a l’actualité, on connaît vos collaborations vocales 5+1 avec ses featurings vocaux notamment, comment s’est porté le choix de Joseph pour ce projet ?
Fab : En fait j’ai eu l’opportunité de le rencontrer avec son groupe Dub Shepherds et mon live dub Fabastone avec Pilah Dub. On était sur des lives dub, on faisait des clashs et c’est comme ça qu’on s’est rencontrés. Et pour le coup dans Zentone 2 on avait besoin de chanteur et comme je suis dans cette scène là j’ai proposé une liste de des gens que je connaissais et ça a déboulé avec Nazamba, avec Rod Taylor, avec Nai-Jah qui est de Lyon qui joue beaucoup avec Alpha Steppa, et puis mon pote Joseph avec qui on avait fait plein plein de soirées. Et pour Zentone 2 et les besoins de la tournée il fallait quelqu’un à la dernière minute. On l’a appelé je crois à un mois de la tournée, même la prod avait dû refaire ses budgets…
Joseph : Je reçois un coup de fil de Fab :  » J’ai une proposition malicieuse à te faire, ça te dirait de partir en tournée avec Zentone, c’est fin Août ! », « ok je regarde mon agenda : oui je peux !»
Fabrice : Et effectivement, on ne regrette pas du tout cette rencontre.
Vincent : Faut pas exagérer non plus ! -rire général-
Julien : Ca dépend, si on parle de contact humain ou olfactif.
Joseph : Olfactivement ce n’est pas la meilleur rencontre, je le reconnais.
Fabrice : Ce qui était  »On part sur cette tournée sans trop se poser de questions » s’est transformé en membre du groupe à part entière.
Julien : C’était en 2021, 2022, on a tourné 2 années avec Jolly sur ce Chapter 2, là où Fab lui a proposé de partir en dernière minute, on a joué 40 ou 50 dates et ça a vraiment solidifié les liens.
Zenzile : C’est ce qui a donné Messenger.
Julien : Pendant cette tournée 2021-2022 sur Chapter 2 on a fait des bœufs, on a rigolé, on a beaucoup joué parce que finalement ce Chapter 2 sorti en 2021, il y avait le trou avec le Zentone 1 qui était de 2006 donc, et entre temps on avait jamais joué ensemble, alors que là on est retourné en studio pour le Chapter 2, et en une semaine on avait fait notre disque mais c’était des retrouvailles de 15 ans musicalement. Après on est partis en tournée on a fait 50 dates donc on a vraiment joué et expérimenté, tout le monde se connaît par cœur et chacun développe ses idées et du coup à la sortie de la tournée on s’est dit qu’il ne fallait pas attendre, de profiter de ce jeu qu’on a continuellement, et de pas attendre que ça retombe. Donc à la sortie de cette tournée 2021-2022 on a filé en studio enregistrer Messenger qu’on présente maintenant en live depuis 6 mois .
Vincent : Sur la tournée qu’on a fait avec Joseph, la première du Chapter 2, il a posé sa voix sur plein de morceaux où il ne chantait pas, ce qui nous a charmés en fait, que lui rechante instinctivement sur des morceaux où c’était Rod Taylor ou Nazamba, qu’il a reprenait. Du coup on s’est dit qu’il y avait un mec qui pouvait nous aider donc on a fait cet album autour de lui en fait. D’où le terme  »d’orchestre ».



C’est donc Joseph qui est venu poser sa voix sur des instrus que vous aviez improvisés ou développés ?
Vincent : Là il est même carrément musicien dans les jams.
Julien : En fait vu qu’il avait posé un titre, Disobey, sur le Chapter 2, quand on lui a dit de venir en tournée, il n’en avait qu’un. C’est là qu’il a eu peu de temps pour prendre un certain nombre de morceaux que l’on jouait, et de recréer des textes. On a aussi joué deux morceaux de Dub Shepherds pendant la tournée et on a composé en même temps. Donc le jam peut venir d’un texte de Joseph, ou d’accords de guitares joués pendant les balances, d’un after à l’hôtel…
Joseph : On est beaucoup nourris des balances et de ce qui se passe sur la route.
Fabrice :Je te donne un exemple, Riverside, il se met au clavier, il fait 2 accords et se met à chantonner un truc et ça donne la grille d’accords, la musique.
Joseph : Le texte c’était pour la deuxième session, je finissais de l’écrire dans le camion en montant à Angers, pour aller enregistrer…

Fabrice : Et finalement il s’est greffé.

D’ou vient ton inspiration Joseph ?
Joseph : Il y a des morceaux qui naissent comme ça rapidement alors que parfois il me faut du temps. Messenger par exemple est né comme ça, et à l’inverse pour Make you cry le riddim était super, on savait que c’était notre préféré, j’avais fait une petite ébauche. Pour l’enregistrement je n’avais pas encore le texte et il m’a fallu 6-7 mois pour terminer cette chanson parce que pour moi c’était un monument.
Fabrice : Il y a un autre exemple avec Trouble I See, où c’est le premier jet qui a été fait en studio, comme ça avec pas beaucoup de textes, des trucs griffonnés sur un cahier et on a dit c’est bon ça s’arrête là, le travail est fait.

Est-il naturel pour vous de soutenir les messages de Joseph, y a t’il un consensus dans le groupe, vous qui êtes de base des groupes instrumentaux ?
Julien : C’est vrai que Zenzile, comme High Tone on a été des groupes instrumentaux un peu par défaut, on adore le dub  et les musiques instrumentales mais on a jamais trouvé de chanteur. On adore le dub et très vite on s’était dit qu’on allait faire de l’instru mais avant de partir est de devenir ce qu’on était, dans les années 90 on a cherché des chanteurs, mais à l’époque il n’y en avait pas comme ceux des années 2000-2010. A l’époque en France c’était assez complexé par rapport au reggae et au niveau d’anglais, et les quelques chanteurs qu’on essayait freinaient plus le groupe.
Alex : Nous on a eu une chanteuse américaine.

Jamika ? **
Julien : Pareil sans Jamika vous n’auriez pas décidé d’avoir une chanteuse. Nous on avait trop envie de faire des choses mais si t’as un mauvais chanteur c’est fini.

Donc pour Joseph il y a consensus ?
Joseph : Je ne suis pas encore à la porte ! -rires-
Julien : On a tous fait de la musique instrumentale alors on kiffe tous autant la version vocale que le dub. Avec High Tone on a fait venir Puppa Jim à l’époque, Martin Campbell, Shanti D.

Vous aviez aussi fait un featuring à Lamastre en 2004 avec Svinkels !
Julien : Oui Gérard Baste était venu sur la fin d’un morceau hip hop.

Fabrice : Pour en venir à Joseph, oui, il y a consensus artistique, il y a consensus politique et il y a consensus  »dub-mix » puisque Joseph chante mais qu’il a pu aussi s’intégrer. Le groupe est à moitié dub et vocal et on tient, qu’il y ait des vocaux qui virent en dub, des morceaux que dub, des morceaux chantés. On a toutes les configs, et ce qui est bien c’est que Joseph ne disparaît pas de la scène . Il est à 100% avec nous puisqu’il dub beaucoup la batterie et la basse. Il apporte ce petit grain seventies qu’ont développé Bat Records avec leur studio et qui nous convient parfaitement. Voilà pour le double aspect de l’homme.
Joseph : Ce qu’il y a de bien dans le dub c’est que le chanteur ferme sa gueule !
Fabrice : Si la question de base est de savoir si on s’accorde avec les textes de Joseph alors la réponse est oui puisqu’il a des textes politisés et que, au fond, le travail de Bat Records et de Dub Shepherds est un travail indé qui ressemble au travail que l’on a mené au sein de jarring Effects dans la Croix Rousse. C’est le même chemin Do It Yourself, c’est le même chemin antifasciste.

Julien : A propos d’antifasciste il y a un message que m’a envoyé notre ancien manager pour me dire qu’il aurait aimé qu’High Tone ait été les Berrurier Noir du dub. En réalité, nous sommes de la génération des Bérurier Noir et de leurs messages très explicites, comme  »la jeunesse emmerde le Front National ». On est arrivés ensuite dans une génération electro, techno où on pensait que ce n’était plus la peine, qu’on était tous plus au moins d’accord et qu’il n’y avait pas de jeunes qui s’affichaient clairement FN. On avait des messages indirects où il suffisait de mettre de la musique ethnique, avec un son futuriste et ça parlait. On a un peu oublié mais avec ce qui se passe actuellement, cette remontée purulente et puante qui ne cesse de monter, on est contents pour le coup de remettre des messages simples et clairs, et à redire des choses qui nous paraissaient évidentes et qu’on pensait ne plus avoir à défendre comme l’avait fait les Bérurier Noir. C’est important pour nous de porter de nouveau des messages de base.

Finalement on peut considérer que vous avez franchi le cap du reggae, là c’est officiel ?

Joseph : Ils ont essayé d’en faire pendant 25 ans et maintenant je suis leur caution !

Fabrice : Tu veux dire franchir le cap du reggae mais pour nous c’est revenir au reggae.

D’ailleurs, vous aviez eu Stephane de Kaly comme chanteur ?

Julien: Oui il y a eu Uzul, dans Kaly comme pour High Tone.

Joseph : J’ai des frissons quand j’entends ça. -rire général-

Julien : Il s’est assez vite tourné vers le sampleur finalement, ce qui l’a mené au sein de Kaly.

Fabrice : Pour moi en tous cas c’est un retour au reggae. Avec High Tone je ne prenais plus la basse électrique au profit du synthé là c’est un grand retour au reggae, carrément.

Julien : Avec quand même un morceau majeur sur l’album

Joseph : Lequel ?

Julien : Take a draw.

Joseph : L’enregistrement de Take a draw ils étaient là et ils voulaient faire des accords mineurs, mais j’ai dit non, accords majeurs ! Je leur ai dit qu’on pouvait le faire !

Fabrice : Et oui, un morceau majeur, première fois de ma vie !

On s’aperçoit que votre musique comporte toujours plus de nuances et le même équilibre. Est-ce qu’en 30 ans de pratique collective on peut encore progresser musicalement ?

Vincent : Tu peux toujours progresser dans la vie !

Alex : Progresser je ne sais pas mais en tous cas on a toujours des choses à dire.

Julien : Peut-être en rencontrant d’autres musiciens !

Alex : Le truc de Zenzile c’est qu’il n’y a pas vraiment de recette si ce n’est que nous sommes souvent tous les 5 et qu’on a souvent fait des trucs comme High Tone a fait aussi, des choses un peu différentes, en allant voir ailleurs. Ca fait un moment quand même que nous sommes revenus dans le reggae-dub on va dire, et c’est ce qui va aussi bien avec Zentone. On va sûrement préparer le prochain et je ne sais pas où on ira. Peut-être qu’on fera de la rumba !

Vincent : Zenzile ça fait un moment qu’on a pas sorti un disque, depuis 2019 je crois, mais on en a fait pas mal. Il y a beaucoup de morceaux, avec des biens et des moins biens et évidemment tout ce qui nous réunis, Zenzile, High Tone et Joseph, c’est que l’on aime bien faire ce que l’on fait. A partir du moment où tout le monde a de la place pour s’exprimer, là c’est un collectif encore plus large, mais c’est exactement ce que disait Fabio, ce sont aussi les inspirations, et l’inspiration vient du mouvement, de l’écoute, de modus operandi différents. Fab et Julien, au-delà d’être jumeaux ont aussi une vie mutuelle de groupe, et Joseph avec tout son parcours de multi instrumentiste, chanteur et producteur. Nous on porte l’Histoire de Zenzile et ce qui fonctionne c’est que ça fait un nouveau temps zéro. C’est frais, on est pas fatigués, on a aussi des attitudes collectives qui sont nourries de nos expériences passées de collectivité donc ce que j’apprécie beaucoup c’est que c’est très peaceful, très respectueux. Dans la mesure où tout le monde peut s’exprimer, même Tanguy qui est au son qui est heureux de manipuler un groupe qui envoie un signal qui se tient. Pour les lumières c’est pareil, même Bastien au plateau. Tout le monde est à fond, et ça c’est le résultat de tout Zenzile, d’High Tone et de Joseph.

Ce sont donc vos qualités humaines qui forgent votre stabilité et votre longévité ?

Alex : T’as pas le choix.

Julien : Evidemment, les groupes s’entretuent en général au bout de 4-5 ans de tournée intensive…

Vous expliquez donc comme ça vos 30 ans de carrière ?

Fab : Oui par l’amitié.

Julien : La capacité à se pardonner, à ne pas faire exploser nos égos.

Vincent : Et puis nous sommes des groupes qui avons fait de la musique instrumentale et nous n’avons pas personnifié notre musique. C’est une extension de ce qu’on peut être. On a un côté vraiment underground dans le sens où on est pas avide. Evidemment on est contents d’avoir du succès quand on en a, et d’avoir eu e succès qu’on a eu, à la hauteur de ce qu’il est.

Alex : Ce n’est pas une quête.

Vincent : Ce n’est pas une recherche absolue de succès à tout va. C’est plus une recette humaine, d’imbrication qui fonctionne. C’est comme ça que moi je le ressens, et il n’y a pas de frustrations non plus.

Julien : Ca ressemble au dub finalement, le dub n’a jamais été mainstream comme certains mouvements qui ont eu un gros pic et qui sont retombés. Nous on a duré dans le temps comme le dub a duré dans le temps, comme l’exemple de Bat Records qui fait du dub comme il a été fait dans les années 70.

Il y a quand même un paradoxe. Joseph, c’est toi qui a fait l’artworck ? Quel est ce culte de la personnalité, pourquoi es-tu en photo sur un projet d’humilité, où les personnalités semblent s’effacer ?

Joseph : J’ai proposé plusieurs trucs et celle-là c’était une blague que j’avais glissée dedans, je la trouvais graphique mais je la trouvais trop  »Moi je ».

Julien : C’est pas du tout la bonne réponse, la bonne réponse c’est que pour être chanteur il faut une dose d’orgueil sinon tu ne peux pas être un bon chanteur.

Fabrice : Non ce n’est pas la bonne réponse. La bonne réponse c’est que cet album-là contrairement aux autre albums, il se tourne vers le retour au vocal, au texte, et vers la voix. On avait envie d’intégrer Joseph, que ce ne soit pas le petit feat comme sur le disque d’avant et donc c’est un positionnement qui peut nourrir un ego.

Vincent : Un petit feat de Clermont.

Fabrice : Il ne pensait pas que ça finirait en pochette mais on pensait que le graphisme était fort, et finalement il représente bien ce qu’on voulait dire sur ce disque.

Vous êtes tout le temps en tournée, mais Joseph imagine ton visage collé sur les murs,…

Joseph : C’est hyper chiant !

Julien Il ne le refera peut être pas

Joseph : Non, ce qui est sûr c’est que je ne le referai pas.

Vincent : Il est là Zentone ?

Joseph : Franchement sortir, amener mes filles à l’école le matin et tomber sur ma gueule, ça m’a saoûlé.

Pourrait-il y avoir d’autres groupes avec lesquels vous pourriez créer un autre split ?

Fabrice : Avec High Tone on en a fait pas mal, mais des nouveaux…

Vincent : On va continuer à splitter entre nous.

Julien : Avec Zentone c’est déjà un split mais pour en faire un nouveau, si High Tone continuait actuellement, j’irais voir mon pote Rico d’OBF et je ferais un album avec lui, avec Stand High j’aurais bien envie, même avec Panda qui habite à Lyon avec qui on s’apprécie énormément. Vu qu’on a fait le tour des anciens j’irais voir du sang neuf avec THK, des gens comme ça.

Joseph : J’aurais pas du tout envie d’écouter cet album.

Julien : C’est pour ça que High Tone s’est arrêté pour éviter que Joseph…

Fabrice : Avec High Tone on a splitté avec tous les amis qu’on a rencontrés sur la route, qu’on appréciait humainement et musicalement. C’est vrai que musicalement il nous manque OBF même si il nous a fait des remixs parce qu’on a beaucoup rencontré Rico et Guillaume sur des tournées et qu’on est très potes, et également aussi avec Stand High. C’est vrai qu’on a jamais eu le temps de faire ses splits. High Tone est en standby donc à priori on ne les fera pas.

Julien : Pour Zentone on est déjà 8 sur scène donc pour faire un split de Zentone avec un autre groupe ce serait compliqué.

Fabrice : On a toujours envie de partager ces choses avec d’autres musiciens.

Et vous Zenzile vous auriez des projets de splits, de collaborations ?

Alex : On avait bossé avec un pote africain Andra Kouyaté avec qui on a fait pas mal de morceaux, et ça avait bien avancé. Il joue avec Tiken Jah en ce moment.

Fabrice : Il y a un certain nombre de familles de musiciens au Mali, et les Kouyaté font partie.

Zentone va se pérenniser au-delà d’une tournée estivale, il y aura le Zentone 4, le 5, le 6 ?

Fabrice : On est déjà en train de travailler sur le 4.

Vincent : Comme Led Zep : 1,2,3 après on mettra un titre !

Julien : Ca fait un peu peur parce que la carrière de Led Zep n’est pas si longue que ça.

Qu’est-il possible de vous souhaiter pour l’avenir ?

Joseph : La mort du fascisme.

Julien : A nous pas grand-chose, à la société …

Fabrice : Ce qu’on peut nous souhaiter, c’est que le Front National ne passe jamais en France parce que ce serait un désastre pour la culture. Je pense que la moitié des musiciens comme nous disparaitrait.

Julien : Malheureusement même avec des salles pleines l’équilibre financier est déjà précaire et arrive à un peu moins de zéro, mais avec l’aide de subventions et l’Etat qui est encore derrière la culture qui nous soutient. Si demain il y a le Front National ces aides discographiques et à la tournée vont partir et pour nous ça va être un drame.

Fabrice : C’est pas les labels indépendants, c’est pas la musique amplifiée, c’est pas les petits festivals avec des valeurs qui vont rester.

Julien : C’est les premiers qui vont sauter donc on va se battre encore plus avec les armes qu’on aura, faire ce qu’on peut, mais ce sera plus dur.

Alex : Mais sinon positivement si on peut aller jouer dans le monde entier, on veut bien.

Joseph : Devenir des stars internationales, c’est ça le projet, conquérir le monde !

Vincent : Si on ne peut plus jouer en France, de toute façon à un moment…

Alex : Ce qu’il y a de bien c’est qu’avec le dub il n’y a pas de barrière de langage !

* les photos de l’interview d’Improvisators Dub, dispos sur le site, ont été prises ce soir là.

** interview de Jamika à lire sur le site.

Entretien réalisé avec Julien (guitare, synthé / HighTone), Fabrice (basse et synthé / HighTone), Vincent (organ et synthé / Zenzile) et Alex (guitare / Zenzile), à Clermont-Ferrand, La Coopérative de Mai, le 26 mars 2026.

Photos réalisées par Christophe Habrial. http://www.christophehabrial.com

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