Peu d’ego trip, ni de flingues ni de fric à Amytiville. A l’orée de la vague submersive du succès de masse du rap, un message iconoclaste se confronta à une bande son groove et facétieuse sur un album cool et paisible, 3 Feet High and Rising. Vincent Brunner poursuit ses investigations musicales et nous convie ici à passer en revue l’époque des pionniers du bidouillage musical à l’aube de leur succès planétaire.
Fils légitime des Cold Cush Brothers, Cash Crew et Sugarhill Gang, le rap mutant de De La Soul pourvoyait en 1989 le fun en l’accolant à la paix et l’unité du mouvement hip hop. Au même moment, un contingent autodidacte apprit à donner une âme et une texture unique à leurs compos en expérimentant sur du matériel rudimentaire. Le paradoxe est tel que pour se démarquer de leurs contemporains, les producteurs piochèrent sans vergogne dans le répertoire de leurs aînés pour sampler dans leurs vinyles les échantillons constituant leurs propres instrumentations. Pour cela, les surdoués de De La Soul constituent un sujet hors norme. De par leur audace dans l’art du sampling et leur liberté de ton, leur vision artistique a provoqué un changement de posture définitif du hip hop. En contrepoint de l’éloquence virulente de Public Enemy ou de Krs One, Kelvin Mercer, David Jude Jolicoeur et Vincent Mason Rap ont signé des partitions ambitieuses fondées sur l’originalité, où des interludes fantaisistes précipitent des instrus irrésistibles.
Leur autodérision et leur énergie positive a ainsi ouvert la voie à une tendance du rap ouverte d’esprit et instruite. Pour habiller son art, De la soul a mis du fluo et des smileys là où les symboles ne supportaient aucune équivoque. Le genre allait se renouveler à leur côté avec la concomitance du succès des Beasty Boys, Jungles Brothers ou Tribe Called Quests. Après une décennie d’émulations undergrounds, la déflagration serait irrémédiablement perçue dans le monde entier et faciliterait la popularité du rap.
Ce livre ne constitue pas tant une biographie du trio de rappeurs d’Amytiville qu’un document intégrant les éléments de compréhension de leur œuvre. Leur conception du hip hop et de ce qui la structure, la nature de ses musiciens et de leurs inspirations sont entrecoupées d’interludes. Vincent Brunner semble donc avoir édifié ce livre sur le modèle de la structure d’un album façon Prince Paul, l’architecte sonore de De la Soul. Dans ces apartés aux allures de featurings, l’auteur invite Coldcut, Rubin Steiner et l’éminent Dj Sims à livrer leur analyse. Cet ouvrage facilite ainsi la compréhension de la redéfinition des codes du hip hop engendré par De la Soul. Vincent Brunner revisite par ailleurs l’émulsion du early hip hop, époque de tous les possibles techniques avant que la législation ne s’empare du no man’s land des droits d’auteurs impliqués dans l’échantillonnage et le collage des samples.
Eloge du sampling argumenté avec brio, ce documentaire propose une relecture d’une période ultra fructueuse du hip hop. Honoré par une entrée à la bibliothèque du Congrès des Etats Unis, rien n’a plus jamais été pareil dans le rap suite à la parution de 3 Feet High and Rising. La créativité de cet album a donné le tempo à l’expression musicale d’une génération entière.
De la Soul et le sampling : deux sujets valent mieux qu’un.






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