Autonome et temporaire, Zone Libre est une fulgurance musicale. Side project de musiciens majeurs de l’indé français, ce quintet associe la rappeuse Casey à Hamé (mc de la La Rumeur), Serge Teyssot Gay (guitariste de Noir Desir), Cyril Bilbeaud (l’ancien batteur de Sloy), Marc Sens (guitariste de Yann Tiersen). Dénuée de dj et de partie électronique, Zone Libre agrège la réactivité musicale d’un groupe live à l’attitude d’esprit du hip-hop incarné par deux mc’s incorruptibles. Cette expérience unique, motivée exclusivement par le plaisir de ses membres, se propage tel un écho de la fusion du siècle dernier, comme pour rappeler à ses auditeurs la vocation de mixité des musiques alternatives. Le plus hip hop des groupes de rock, et le plus rock des projets hip-hop n’est pas du business mais une expérience musicale intégrale, un hall of fame musical, un crossover hip hop idéal entre des artistes charismatiques et hors normes.

Quelle elle est l’origine du projet ? Comment vous-êtes-vous retrouvés tous les 5 ?

Serge Teyssot-Gay : On est tous des entités différentes et autonomes en faisant chacun nos productions de notre côté, puis Casey et Hame nous ont proposé de bosser avec eux pour un album avec des instrumentistes. A la base on est un groupe instrumental.

Vous avez déjà sorti un album, mais vous connaissiez-vous déjà avec Casey et Hame ? Comment vous est venue l’idée de collaborer ensemble ?

Serge Teyssot-Gay : On se connaissait par le passé parce que nous écoutions Casey et on écoutait La Rumeur. On s’est rencontrés sur scène avec La Rumeur parce qu’on a fait des concerts ensemble avec Noir Désir. D’année en année comme ça on s’est revus. Ça s’est fait d’une certaine façon naturellement et surtout ça s’est fait de façon super fluide. Quand on s’est mis à bosser on ne s’est pas raconté notre vie. Ca s’est passé tout simplement.

Musicalement vous étiez donc associés à Zone Libre dès 1999 ?

Serge Teyssot-Gay : C’est même plus loin que ça. Zone Libre non, mais Marco et moi on a commencé à bosser avec Lydie Salvayre qui est auteur et on a fait deux livres disques comme ça avec les concerts qui allaient autour et d’un autre côté Marco bossait avec Cyril, le batteur de Zone Libre sur un duo qui s’appelle Scrape Project. Du coup on a monté Zone Libre, en 2005.

Est-ce donc sur ce projet que sont ensuite venus se greffer les lyrics ?

Serge Teyssot-Gay : Tout à fait. Si tu veux, après que Hame et Casey nous aient proposé de bosser ensemble, nous leur avons proposé des instrus. Ils les ont validés, et ça s’est vraiment passé de façon hyper fluide. On s’est retrouvés à enregistrer la musique et eux sont partis avec ça sous le bras, pour se l’approprier et plus tard écrire les textes. On a ensuite enregistré les voix. On a fait ça en deux temps, il y a une histoire d’aller-retour.

C’est en quelque sorte un concours de circonstances. Ils sont venus à votre rencontre alors que vous aviez déjà des productions, puis l’assemblage des deux a créé cet album ?

Serge Teyssot-Gay : Oui, voilà. Mais il n’y a pas de hasard non plus.

Tu avais déjà bossé avec La Rumeur, avec des morceaux sur les deux derniers albums de La Rumeur ?

Serge Teyssot-Gay : Oui, c’était des interventions comme ça, sur scène aussi. C’est comme ça que j’ai découvert Casey.

Vous n’avez que 9 chansons sur l’album. En réservez-vous d’autres pour la scène ?

Serge Teyssot-Gay : Oui, 9 morceaux ce n’est pas assez pour un concert. On a donc adapté des textes existants de Casey et de Hame, à la façon Zone Libre, ce qui nous fait 5 ou 6 morceaux en plus.

Que deviendra cette collaboration avec Casey et Hame ? Vous réunissez-vous ponctuellement pour cet album et cette tournée ou existe-t-il déjà des projets pour l’avenir ?

Serge Teyssot-Gay : On ne sait pas encore mais on a envie déjà de vivre ce que l’on a à vivre, et puis on verra où nous portent ces concerts. On s’éclate ! Ça donne envie de continuer.

On sent un état d’esprit très fort. Quelle est la vocation de ce projet ? Est-ce plutôt la force du lyrics ou alors le plaisir que vous prenez entre musiciens ?

Serge Teyssot-Gay : C’est un ensemble.

Vous sentez-vous investis d’un rôle particulier quant à le teneur très forte qui se dégage des compos ?

Serge Teyssot-Gay : On fait ce qu’on fait… On réagit à ce qui nous entoure par ces textes et par cette musique-là. C’est tout ce que l’on peut dire.

Comment vos différentes provenances ont nourri le projet ?

Serge Teyssot-Gay : On s’apporte des choses, des énergies.

Hame : Il faut qu’ils se convertissent à l’Islam -rires- ensuite on a travaillé ensemble. On avait envie de rapper sur du rock, et ils avaient envie de rocker sur du rap.

Serge Teyssot-Gay : C’est simple !

Hame : Tu peux chercher une signification sociologique mais nous nous sommes juste contenté de nous retrouver sur le même projet dans le même studio, et sur la même scène. Pourquoi à un moment as-tu envie de tenter une expérience ? Pourquoi aller brouter l’herbe de la colline d’à côté, pas nécessairement parce qu’elle est plus verte. Pour avoir d’autres sensations. C’est un projet électrique, on le vit réellement, et c’est sur scène où il prend toute son ampleur et où on s’exprime vraiment. Ce n’est pas une reconversion, ça va de soit.

La mixité intégrale : homme, femme, rock, hip hop. Cela ne revêt-il pas quelque part une valeur de symbole ?

Hame : Ce n’est pas à nous de le dire. Si on y trouve du symbole parce qu’en cherchant bien ou en étirant les trucs… Déjà c’est la rencontre entre le rock et le rap. C’est la rencontre entre des expériences assez radicales qui se connectent et qui font des étincelles. Voilà ce qui se passe ! On a pas théorisé. Pour Casey et moi, c’est un truc sanguin et animal.

Quels sont les thèmes qui se dégagent de vos lyrics ?

Hame : Ce sont les noeuds et les contradictions que l’on a l’habitude d’aborder depuis plus de 10 ans. Ce sont des constats qui ont rapport à l’environnement dans lequel on gravite, et des constats sur le désordre environnant, et sur une sorte de désordre intime et comment on peut l’articuler. Quand tu regardes, il s’avère que je suis rebeu, que Casey est martiniquaise. On a une histoire bien particulière. On vient de milieux et de quartiers populaires. On charrie tout ça.

Comment s’est passée l’écriture des textes ?

Hame : Trés simplement, on s’est partagé les 9 morceaux en 3 tiers. Ça a été très rapide, chacun est parti de son côté on s’est revu. On a écrit le tout en 3 semaines. On s’est vite retrouvés en studio pour enregistrer, faire les voix, et pour mixer. C’est allé très vite, on a rien jeté, c’est assez rare.

Avec l’envie directe d’aller sur scène ?

Hame : Pour moi c’est clair !

Comment as-tu ressenti le contact avec le public ? Un des premiers moments a été les Transmusicales à Rennes au festival off ?

Hame : Jusque-là c’est vraiment super. Qui kiffe ce projet, qui vient au concert, qui achète son billet, qui vient voir l’Angle Mort, qui vient Zone Libre, Casey, Hame… On a ce sentiment : ce ne sont pas des gens qui arrivent par hasard et ça se confirme de plus en plus.

Le public est-il lui aussi représentatif de la diversité que vous représentez ?

Hame : Oui, complètement.

Justement, n’auriez-vous pas le sentiment que Zone Libre puisse être le prolongement du split entre Kabal et Lofofora, enregistré il y a prés de 10 ans ?

Ciryl Bilbeaud : Je ne sais pas qui sont Kabal.

C’était un groupe de hip hop emblématique des 90’s, avec notamment D’. Leur split avec Lofofora était à base de double pédale de grosse caisse !

Serge Teyssot-Gay : Je n’ai jamais écouté. Je connais bien les premiers albums de Lofofora.

Ciryl Bilbeaud : Si tu vas par là, il y a aussi No One is Innocent qui avait fait un ep avec Timide et sans complexe. Il y a eu des exemples déjà, mais nous nous sommes un vrai projet. C’est le même principe. On ne dénigre pas Kabal&Lofo mais on ne connait pas. Je connais Kabal, je connais Lofofora, mais pas les deux ensembles. Il y eu aussi Bodycount…

Vos lyrics ne sont ni transparents, ni anodins, par rapport à votre engagement qui se traduit dans votre musique, quelle est votre implication dans la vie « civile » ?

Hame : Notre engagement est sur le disque, il est sur scène, il est dans notre démarche de mc et de musicien. Notre engagement est là : on a pas besoin de passer à l’étape d’un engagement actif, militant associatif pour acquérir une espèce de pureté artistico-miltante et une sorte de crédibilté. Notre engagement est inscrit dans nos textes et sur le fait de faire vivre cette musique et de tenter ce genre expérience : il est là notre engagement. Il ne faut pas aller le chercher ailleurs.

Fondamentalement Hame, quelle est ta démarche : t’exprimer ou foutre le feu ?

Je ne sais pas si ça fout le feu.

Mais quand on connait les évènements que tu as subis avec La rumeur on constate de fait ton influence ? Tu dois donc avoir quelque chose de profond qui motive ta démarche ?

Hame : Il faudrait me psychanalyser. Pourquoi j’écris ce que j’écris, pourquoi je fais ce que je fais : c’est trop existentiel.

En tous cas c’est politique !

Hame : Peut-être un petit peu. J’ai envie de secouer les choses et de vivre un truc que j’ai dans le ventre. C’est d’abord le bide, c’est d’abord le corps et après c’est la tête. Ce truc-là j’essaie d’en faire quelque chose et de le donner d’une manière pas trop dégueulasse. Avec ce qu’on dit et ce qu’on raconte depuis plus de 10 ans, je n’ai pas l’impression de cacher des choses ou d’avoir un double discours.

Ça ne concerne que toi. Si tu es capable d’assumer ton attitude par rapport à ce que tu es vraiment, n’est-ce pas l’essentiel finalement ?

Hame : A la rigueur ça ne m’intéresse pas ce que sont les artistes en réalité. Les artistes sont de grands menteurs et tant mieux. C’est leur rôle de mentir et de manipuler de la matière esthétique, de l’image… Tu es tout le temps dans la représentation quand tu fais ce métier et moi ce qui m’intéresse c’est ce qui est animé, ce qui est sur le disque. Le reste… Si le mec a une vie de débauche alors qu’il prêche la vertu, si il le prêche bien, je prends. Franchement je m’en fous, je ne vais pas faire une enquête de probité sur l’individu pour dire j’acquiesce, je suis preneur. Si c’est bon et que ça me parle, même si il y a un gros subterfuge en dessous… Ce n’est pas de l’eau pure. Je n’attends pas d’un artiste l’exemplarité dans sa vie. Je m’en fous. Ce qui m’intéresse c’est le film, c’est le disque, c’est le tableau.

Donc tes lyrics, à quel degré dois-je les prendre ?

Hame : C’est toi qui vois. Une fois que l’ai écrit, que je le mets sur disque ou que je le fais sur scène, il ne m’appartient plus. Une fois que tu réceptionnes, tu en fais ce que tu veux. Tu l’interprètes en fonction de choses personnelles et tu peux trouver des degrés que je n’ai pas eu nécessairement l’intention quand je l’ai fabriqué. Il y a des choses que je n’ai pas forcément insufflé dans mes textes mais qui évoquent des choses.

Mais quand tu cites par exemple Franz Fanon, as-tu conscience que tu vas ouvrir des pistes de réflexion chez des gens qui sont de l’ordre de la subversion. Ce n’est pas innocent ?

Hame : -hésitation- oui.

Que penses-tu du retour de NTM ?

Hame : NTM ça fait longtemps, ça fait depuis le 3ème album que ça sent le moisi. NTM ça fait plus de 10 ans que je n’attends plus rien. C’est de l’imposture : la date de péremption, c’est 1995 ! Personnellement je ne marche plus. Ils on fait leur part du boulot, mais au bout d’un moment…

Casey : Je suis désolée, tu ne peux pas toujours mélanger la politique et la musique. NTM ça avait de la gueule. Effectivement si toi ton seul degré de lecture est politique, la vérité, c’est que ça peut être très chiant ! Pour moi la musique c’est une énergie aussi, il faut que ça s’imbrique, il faut qu’il y ait du fond, de la forme, de l’attitude !

Hame : Soit tu juges un disque et un projet artistique par rapport à ce qu’il t’évoque et par rapport a ce que ça stimule chez toi ou bien tu es dans une autre démarche. Une démarche ou il faudrait que l’artiste, la Rumeur, Casey, l’Angle Mort, soit capable demain de prendre le maquis. Il faut qu’il soit capable d’être dans la rue et de passer à l’action. Tu vois ce que je veux dire ?

Casey : C’est en filigrane, c’est ce qu’on entend derrière. Il ne faut pas perdre de vue que l’on est pas des tribuns, que l’on ne fait pas un meeting politique mais de la musique. La forme, c’est tout aussi important et c’est peut-être pour ça que tu reçois aussi bien le fond. La forme est importante, la rugosité, la façon dont on travaille les sons dont on les interprête est aussi importante. Sinon franchement je t’écris tout ça, tu prends le bouquin et tu pars avec.

Et pourquoi pas ?

Du coup ca ne m’intéresse plus !

Vous assumez quand même vos propos ?

Casey : Ce que je suis en train de te dire c’est que l’on est pas des prophètes ! On est que des êtres humains, on ne va pas aller sauver la terre. La musique est aussi un espace d’échange avec des gens, c’est une plateforme. On fait un disque que d’autres reçoivent, comme toi, et c’est une manière d’échanger. Mais de là à croire que l’on prétend sauver le monde et aller retourner des têtes, il faut se calmer tout de suite ! On écrit des choses parce que l’on a des préoccupations personnelles, et d’autres qui ne tournent pas seulement autour de notre nombril. Mais parce qu’on a ces préoccupations-là il faudrait que nous allions sauver la terre ? Pose-toi déjà la question de secouer la branche de ceux qui disent rien plutôt que de mettre la pression à ceux qui disent « faites plus ». Déjà ce que l’on fait dans l’industrie de la musique, c’est une guerre en soit, on a pas le temps d’aller militer dehors. Faire ce que l’on fait et faire en sorte que ces disques existent dans les bacs aujourd’hui c’est déjà une guerre dont t’as pas idée. Notre militantisme est déjà là et je te jure que c’est énorme ! C’est beaucoup. Pose la question aux 99% qui donnent leur cul ! Donc si tu veux savoir si on a des couilles et qu’on est des guerriers, fais ce que l’on fait dans la musique tu verras que l’on est des guerriers. Tu verras que l’on est des gros soldats !

Serge, te retrouves-tu dans la teneur des propos de tes mc’s ?

Serge Teyssot-Gay : Oui, je ne serais pas avec eux sinon ! Évidemment ! On s’y retrouve tous !

Vous constituez un sacré amalgame, puisque vous associez deux des esprits les plus pertinents du rap français et vous réunissez une sorte de Hall of Fame musical. Vous associez donc le fond et la forme d’une manière quasi-parfaite ?

Serge Teyssot-Gay : -évasif- Si tu penses ça c’est super. C’est très bien….

Comment avez-vous procédé pour vous auto produire ?

Hame : C’est T-Rec et la Rumeur Records qui produit. Il y a deux labels représentés.

Ciryl Bilbeaud : T-Rec c’est Serge et moi. On a fait les choses nous-même parce que comme le dit si bien Casey, sortir des disques comme ça à l’heure actuelle c’est très difficile. Pour la distribution on bosse aussi avec un indépendant parce que sinon on ne peut pas exister.

Votre mode de vie n’est pas à vendre !

-rires de Casey-

Ciryl Bilbeaud : On a envie défendre autres choses. Il y en a beaucoup des groupes engagés en France en ce moment ?

Dans le rap oui !

Ciryl Bilbeaud : Dans le rap peut-être mais moi qui suis dans le rock, si je me retrouve dans une histoire avec Casey et Hame c’est parce que dans le rock je n’en croise pas des groupes engagés. Ça fait plaisir d’entendre des gens comme nous avec un tel discours, parce que je suis désolé mais dans le rock je n’entends pas ça.

Cela vient peut-être des milieux que vous côtoyez, qui ne sont peut-être pas aussi abrasifs que d’autres ?

Ciryl Bilbeaud : Je ne sais pas.

Hame : On a pas besoin de côtoyer certains milieux particuliers. On est pas comme un groupe qui s’est monté il y a 6 mois et qui pour se faire plaisir brûle toutes les effigies bourgeoises. Quand on parle de groupes engagés on parle de groupes qui dans un moyen terme ont fait la démonstration que quelque chose qui avait de la gueule et qui était alternatif pouvait être viable. C’est de s’inscrire à contre-courant mais dans la durée aussi ! C’est lorsque tu dures que tu fais la démonstration que quelque chose est possible en dehors des formats habituels, en dehors des canaux de grandes maisons de disques, ou des indés qui tapinent. Ce n’est pas une étiquette qui engage la vertu, le fait d’être indé. Il y a des indés dont le seul souhait est de devenir une petite major et de fonctionner de la même manière.

Tu as des exemples ?

Hame : Non, je ne vais pas t’en citer.

Mais de quelle mouvance peut se rapprocher Zone Libre ?

Hame : Je ne sais pas. J’ai l’impression que le rock s’est pacifié et qu’il ne se passe plus rien . Je n’ai pas l’impression qu’il y ait des trucs un peu punchy et à rebrousse-poil, des trucs électriques qui se passent. Le rock s’est variétisé.

Casey : Il y a des trucs qui se fédèrent aussi, des gens de différents publics de différents

Hame : Cite-moi des gens dans le rock ! Qu’est-ce qui dans le rock a une envergure et dimension nationale, avec une réflexion et un truc qui se passe, depuis 5 ou 10 ans ?

Voilà votre vocation alors !

Casey : Peut-être !

Ciryl Bilbeaud : Nous à la base on avait juste envie de faire de la musique !

Hame : …et que ça veuille dire quelque chose. Ce n’est pas un truc du dimanche, ça veut dire quelque chose ! On a simplement accordé nos violons et chacun fait ce qu’il sait faire.

Musicalement, avez-vous votre l’ambition de repousser les limites du genre que vous pratiquez ?

Serge Teyssot-Gay : Tu intellectualises trop. Ça ne se passe pas comme ça !

Hame : T’es enthousiaste, c’est bien !

Mais vous êtes une élite : si vous n’avez pas cette exigence de vouloir créer, de vouloir innover…

Hame : …. ce que tu veux nous entendre dire, c’est que l’on est l’avant-garde incarnée, la branche artistique de l’insurrection qui vient. C’est un peu ça que tu veux nous faire dire.

Casey : Mais ça va pas ? Tu nous vois en train de dire des conneries pareilles ? « Je suis l’avant-garde le l’élite… »

Hame : Il y a 9 titres sur le disque. On ne va pas en 9 titres révolutionner 30 ans de fusion rock et rap. De dépasser ou de lui donner un nouveau souffle.

C’est selon l’approche artistique…

Casey : Même par rapport à la musique, je comprends que tu aies envie que l’on puisse expliquer et disséquer tout ça mais tu ne peux pas être dedans et dehors. Toi tu es à l’extérieur donc tu as du recul par rapport à ce que l’on fait. Mais nous être assis là et te dire et t’expliquer des choses qui sont parfois inconscientes, te dire d’où vient notre inspiration et pourquoi et écrire sur tel sujet plutôt qu’un autre, ce sont des choses que l’on ne maîtrise pas toujours. Et tu veux qu’on t’explique ? C’est difficile. C’est super compliqué. Tu vois ce n’est pas du désintérêt ou le fait de ne pas assumer, c’est que c’est compliqué. Moi ça m’a toujours halluciné les gens qui arrivent à expliquer ce qu’ils font. (sur un ton décalé) : « Tu vois telle phrase j’ai écrit ça, je signifiais que c’était la symbolique… » Qu’est ce que c’est que cette branlette ?! J’ai du mal avec ça. Mais je veux bien avec toi chercher des pistes et dire que peut-être c’est ça mais je peux difficilement affirmer que c’est ce que j’ai voulu écrire. Ce que j’ai voulu dire, ou lui ce qu’il a exprimé en jouant de la guitare ce sont des choses qui sont super compliquées et qui sont de l’ordre de l’inconscient. Comment tu peux tout expliquer ?

Hame : Et puis ça ne nous appartient pas de dire comment on se souviendra de nous. « Je veux que l’on se souvienne de moi avec ces mots-là »

Casey : Les gens qui reçoivent en font à peu près ce qu’ils veulent. Toi tu peux les diriger sur une piste, en leur disant par exemple « Lisez ce livre de telle manière… » mais non, ma liberté est aussi ma liberté lorsque j’écoute un disque ou que je lis un bouquin. C’est ma propre liberté et mon rapport avec. Qu’est-ce que tu veux que l’on dise là-dessus ? Par contre on peut te donner des pistes, mais en te disant toujours peut-être, parce que dans le fond je ne sais pas. Tu comprends ce que je veux dire ? Franchement il n’y a que les cons et les trous du cul notoires pour te dire : « Je suis sûr de ça, j’en suis sûr, ce que j’ai fait c’est terrible c’est mortel, je suis l’élite ! » C’est compliqué de dire ça. Mais on peut chercher des pistes. Toi tu poses des questions et on rebondit dessus en se disant peut-être que c’est vrai, ou peut-être pas. Il y a des choses que l’on ne sait pas. Là le disque on est dedans et on a pas le recul nécessaire. On doit être à la vingtième date, le disque est sorti il y a 2-3 mois et les textes ont moins d’un an. Ça c’est frais, ce n’est pas digéré, on ne peut pas avoir de recul. Le recul je l’aurai peut-être dans 20 ans tu vois ! Dans un rocking chair, en disant ça, ça correspond à telle époque, c’est à peu près ce que l’on voulait dire à cette période-là de notre vie et voilà comment on l’a perçu. Mais là tout de suite c’est difficile d’avoir le recul et d’être en même temps dedans.

Et d’un point de vue musical ?

Marc Sens : C’est exactement ce que l’on essaie d’éviter le côté intello. Cela se passe instinctivement, il n’y a aucune démarche, à se poser des questions…

Casey : Il n’y aucune prétention. Les rappeurs et les rockeurs qui se mettent ensemble pour faire un boeuf, Ça existe toutes les secondes dans les studios sur la planète. On a rien inventé !

Ciryl Bilbeaud : Ce n’est pas notre faute si certains journalistes diront « première fusion rock-rap française ». Nous on avait juste envie de jouer ensemble !

Hame : Il faut parler de passion.

Que vous le vouliez ou non, vous repoussez les limites de ce qui a déjà été fait.

Ciryl Bilbeaud : Tant mieux. Il y a une part inconsciente.

Hame : Ce n’est pas à nous de l’expliciter. Demande-nous comment on s’est organisé pour l’écrire, comment les musiques ont été faites. Ça on peut t’en parler et te raconter comment on s’est rencontrés et les étapes et ce que l’on a essayé un peu d’y mettre. Après, comment on aimerait que notre nom reste gravé dans le marbre de l’histoire de la musique, ou du mouvement social.

Serge : C’est des conneries !

Hame : Tu ne décides pas ça. c’est d’une grande vanité, et c’est d’une stupidité. Ce n’est pas à toi de décider et de toutes façons on ne fait pas ça pour ça, pour dire dans des interviews : « Voilà, il va falloir se mettre dans la tête que nous sommes l’avant-garde artistique et que l’on prépare le prochain soulèvement populaire. C’est un cheval de Troie la musique. Dans la guitare il y a une Kalashnikof ! Dès que le prochain parti révolutionnaire nous fait signe on descend dans la rue et on tire ! -rire général- C’est stupide ! Ce que je viens de dire c’est justement un signe qu’il ne faut pas nous prendre au sérieux.

Et si la fête de l’huma vous programme, vous y allez ou pas ?

-rire général-

Casey : Tu veux savoir si on choisit les endroits où l’on joue ? On joue à peu près partout, sauf au Paquebot à Saint Cloud. Pour jouer on ne demande pas les statuts de l’organisateur, de savoir qui a des parts majoritaires. A priori on joue partout.

Votre rapport au média ?

Casey : Très agité.

Vous êtes passés sur France 3 dans l’émission « Ce soir ou jamais » de Taddéï ?

Ciryl Bilbeaud : C’est plutôt rassurant de passer dans des médias comme ça. On ne peut pas dire que l’on soit dans une période de libre parole. Et Taddéï, quand tu vois que le live à la télé aujourd’hui c’est Taratata ça fait flipper.

Hame : Taratata, c’est la garden-party de l’Elysée ! Carla Bruni, Laurent Voulzy et Julien Clerc…

Et un duo avec Carla Bruni à Taratata vous le feriez ?

Casey : Sois sérieux : c’est quoi le contexte ? Ça veut dire quoi : on est dans la même émission, on est dans la même loge, on est dans le même lit ? Si on vient et que l’on fait 4 morceaux, qu’est-ce-que j’en ai à branler qu’elle soit dans la loge d’à côte. On fait de la musique, maintenant si c’est pour venir chanter sur notre prochain disque, quelle s’égorge tout de suite. C’est quoi le problème ? Marcher sur la même planète que des enculés ? On n’est pas si naïfs que ça : ça nous arrive toute la journée. Je vais pas m’arrêter de faire de la musique parce qu’elle est là. Je viens, je fais mon morceau !

Après la tournée, que seront vos profets ?

Casey : Je sors mon album qui s’appelle Libérez la bête.

Hame : Un quatrième album avec La Rumeur pour 2010.

Serge Teyssot-Gay : Pareil avec Noir Dez’, on prépare un album… On bosse et je n’ai rien à dire de plus.

Un scoop !

Casey : T’es un maquisard, pas un journaliste !

Interview réalisée en 2009

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