Au contrôle d’une sono mondiale, Zion Train fait danser la planète entière ! Ce collectif que l’on peut véritablement qualifié de groupe s’est acharné depuis 20 ans dans tous les endroits du monde où un sound-system a pu se poser. Grâce à des effets facétieux et à l’extrême musicalité de son dub, Zion Train propulse le reggae dans une dimension digitale et contestatrice. Sa musique propage une positivité et une bonne humeur qui poussent tout le monde dans la dance. Fier et fort d’un dernier album, Live as One, mis à l’honneur en Jamaïque en étant nommé meilleur album dub 2007, Neil Perch, leader emblématique de Zion Train, acceptait de répondre à nos questions lors de sa venue à Tulle en novembre 2007.
Où et quand Zion Train a t-il été fondé ?
Zion Train a été fondé en 1986. A cette époque je vivais à Oxford. Le sound system ne s’appelait pas Zion Train mais The Train. C’était un sound soul hip-hop dub et reggae. Nous nous sommes séparés deux ans après en 1988 de la partie soul et hip hop. The Train est devenu Zion Train Sound System. Nous jouions des disques avec des Mc’s, comme un sound-system « normal. » Deux ans après on est allés à Londres et on a commencé à jouer de la musique et à constituer un studio. Le groupe Zion Train a été formé, qui était fait par moi et un gars qui s’appelait Colin et on a commencé à jouer de la musique ensemble. Très peu de temps après ça un gars qui s’appelait Dave Tench nous a rejoints et nous sommes restés 3 personnes quelque chose comme 2 ans/ 2ans et demi. Durant ce temps on a joué de la musique et on a réalisé un label de disques. Peu de temps après on a rencontré d’autres chanteurs et musiciens comme David Russell et Molara, qui a été longtemps la chanteuse de Zion Train, et Dave Hate qui a été le trompettiste de Crispy Halls et qui joue des cuivres avec Zion Train, et par d’autres musiciens et chanteurs qui ont joué épisodiquement dans Zion Train.
Quels sont les artistes à l’origine de ta vocation ?
Il y en a beaucoup… Tous ceux qui font de la musique avec leur cœur parce qu’ils ont besoin de faire de la musique et de communiquer de cette façon. J’ai une admiration particulière pour des musiciens comme King Tubby, John Coltrane, Nusrat Fat Ali Kahn : un très bon chanteur pakistanais qui est mort maintenant. Ravi Shankar, Sun Râ. Beaucoup de musiciens virtuoses comme Jimy Hendrix, aussi est d’une grand inspiration.
Et en particulier en reggae ou en sound system, as-tu des affinités particulières ?
Jah Shaka ! Une des raisons pour lesquelles Zion train a été fondé était à travers l’inspiration de ce sound system qui jouait à Londres à l’époque où Zion Train commençait aussi à Londres.
Comme Manasseh, Dougie Wardrop et les autres ?
Tous ces gars allaient dans ces dances. On allait tous dans les dances et certaines de ces personnes ont commencé à faire des plates pour ces dances. En réalité Disciple a été le premier à faire des dubplates pour ces dances. Les dubplates de Shaka en Angleterre venaient de Mad Prof et un peu plus tard de Disciples. Ensuite de Alpha et Omega et après ça, ils viennent de Dougie Wardrop et de Manasseh. Les disques de Zion Train sont sortis juste après eux. Jah Warrior a produit également certains trucs de Zion Train mais ce n’était pas sous son nom de Zulu Warrior. Certains de ces gens ont commencé à faire du son, Manasseh a commencé à faire du sound-system et, nous, nous avons fait du sound system un peu plus tard. C’est ce qui a donné naissance à la scène Uk-dub. Cette scène est née dans les sessions de Shaka. Voilà l’origine. Les sound-system ont été transportés dans d’autres régions d’Angleterre parce qu’il y en avait à Nottingham, Manchester, Birmingham, qui jouaient du Shaka, mais en réalité c’est Jah Shaka lui-même qui a porté le mouvement.
D’un point de vue général quel message politique induit votre musique ?
Oui, il y a un message politique fort dans notre musique ! Ce n’est pas la politique des partis. Ce n‘est pas la politique que tu vois à la télé. C’est ce que la politique veut vraiment dire, la politique contrôle nos vies. Ce sont les règles qui nous permettent de vivre. Tout le monde est un politicien et tout le monde devrait faire des choix politiques. Tu devrais acheter ce que tu as envie d’acheter, ce que tu as besoin d‘acheter et pas ce qu’ils te disent d’acheter à a télé. Tu devrais voyager de la façon dont tu as envie de voyager, celle qui te paraît la plus raisonnable, pas de la façon dont ils la vendent. Tu devrais regarder de la façon dont tu veux regarder. Tu devrais être comme tu voudrais être. Le seul sillon que tu devrais avoir dans le vie est le respect envers les autres choses vivantes comme du respect envers toi-même. Tel est le message politique de la musique de Zion Train. Vis de la façon dont tu veux vivre, respecte les gens autour de toi et choisis un chemin positif dans la vie et le monde sera un meilleur endroit pour tous. Tel est le message politique de Zion train !
Zion Train fait partie de la culture populaire. Est-ce que l’on peut considérer que Zion Train incarne une sorte de contre-culture globalisée avec des influences mondiales, puisque vous jouez dans le monde entier ?
Je pense qu’il y a réellement une contre-culture globale que l’on voit musicalement. Mais ce sont des gens qui sont musicalement inspirés. La musique est plus comme la bande-originale de leur vie. On a vraiment la chance de voir ce truc. On est des gens privilégiés. Je connais des gens comme par exemple à Kyoto qui sont exactement pareils que des gens de Sao Paulo ou de Bordeaux, et ils ne se connaissent pas. Mais pour moi ils ont exactement la même énergie, ils aiment les mêmes choses et pensent de façon avez similaire. Ce sont des gens très positifs. Il y a beaucoup de gens comme ça autour du monde, et plus ils sont nombreux, plus ils influencent d’autres personnes. Moi on me dit que j’ai la qualité que lorsque je rencontre des gens, je peux leur dire des choses qui vont changer leur vie. Ce n’est pas quelque chose de magique, mais quelque chose de normal, qu’ils n’avaient pas remarqué. Parce que je vis toutes ces courses folles autour du monde. Il y a beaucoup de gens comme ça qui vivent des vies alternatives. Et en vivant ces vies alternatives, ils « infectent » d’autres gens comme un virus. C’est ce qui fait grandir la contre-culture. Dans un sens Zion Train est une forte part de cette contre-culture. Mais en réalité la contre-culture est comme une conscience collective. Il y a seulement une part forte mais il y a également des millions de parties fortes. Cette partie forte c’est la conscience collective et les millions de parties fortes c’est que nous avons tous le pouvoir d’agir de notre propre façon. Chaque personne posséde cette pensée indépendante, et il y en des millions. C’est quelque chose de très spécial.
Comment juges-tu le mouvement dub en France ?
C’est très-très fort pour moi. C’est un des plus forts mouvements dans le monde. Principalement parce que les groupes français prennent leur inspiration dans le Royaume-Uni et en Jamaïque. Et aussi parce que ces groupes ont leur propre saveur. C’est assez étrange parce que le business de la musique est très fort en France. Je n’aime pas vraiment le business de la musique. La scène dub française a beaucoup de business dedans. Mais elle recèle de très bons dub-band comme ce soir il va y avoir Zenzile. Au tout début, ils avaient ouvert pour nous au Chabada à Angers il y a 8 ou 10 ans. Ils étaient très bons lors je suis très intéressé de voir où ils en sont maintenant. Brain Damage et High Tone sont aussi très bons. Kaly n’est pas vraiment un groupe de dub , Kaly est un « space-group »! Je pense que Kaly est comme un groupe de rock de l’espace. Quand je les écoute je pense rock de l’espace. J’adore leurs concerts je suis fan de leur très bon « space-rock ». J’ai fait de nombreux concerts avec eux. Ce qui est intéressant pour moi c’est que les influences dans le dub français sont très larges, ce qui est très positif pour moi. Néanmoins l’appellation « dub » est employée à tort et à travers mais ce n’est pas très important, c’est seulement une appellation. C’est une forte influence musicale.
Quelque part Zion Tain pourrait être un groupe de dub français puisque vous êtes atypique par rapport aux standarts du dub anglais ?
Il y a 1 chose : les mecs qui jouent du dub anglais ne sont pas des musiciens : ce sont des producteurs, des djs : des gars de Sound System. Ce sont de très-très bons gars de sound system. Ce sont des djs et c’est différent que de former un groupe. Quand ils font une scène c’est cool mais c’est un dj avec deux musiciens. Les gens m’appellent « dj Perch » mais je n’utilise pas de disques ou de lecteurs cd’s. J’utilise la technologie de studios. De la même façon King Tubby l’utilisait en live sur la scène. Personne d’autre ne fait ça à part Mad Professor. Mad Professor a commencé à le faire après m’avoir vu le faire, c’est ma conception. Ça ne vient pas d’Angleterre, ça vient de Zion Train de mixer sur la scène comme ça. Ce n’est pas mieux ou moins bien, c’est une chose différente, c’est une chose à part c’est une chose du son et les choses du live sont différentes (en français). Pour les groupes de live c’est différent. Je travaille avec des musiciens qui peuvent répondre à des changements musicaux. C’est une situation dynamique. Quand Conscious Sounds, Vibronics, Iration Steppas, Disciple, Alpha et Omega, Manasseh ou Jah Warrior jouent en live, ils jouent de la musique faite en studio. Ils ne peuvent pas la changer dynamiquement, ce qui fait que les musiciens ne peuvent pas répondre, même si ce sont de très bons musiciens comme Earl 16. Les groupes français sont des groupes avec basse-batterie qui peuvent faire ce qu’ils veulent… Ils ont une dynamique musicale comme c’est possible avec de la musique live. Zion Train est ouvert musicalement. On aime la musique dub mais nous ne sommes pas limités qu’à la musique dub. Evidemment nous écoutons d’autres musiques. Et évidemment ça influence ce que l’on fait. Evidemment que si l’on écoute des musiciens fantastiques qui jouent du flamenco on se dit « Ah faisons du flamenco dans notre dub par exemple ». C’est évidemment naturel, ça l’est tout autant pour les musiciens français. C’est naturel lorsque tu viens de la musique à proprement parler, plutôt que du Sound System.
En particulier pour Zion Train, quel est votre processus de création ?
Ca dépend. De beaucoup de façons différentes. Ca part toujours d’une idée simple que l’on développe et développe. Mais l’idée simple pourrait commencer avec moi dans un studio. Ça peut aussi être le chanteur qui chante un truc dans la voiture quand on va au concert . Ca peut également commencer avec quelque chose que David joue sur scène à la trompette sur scène, parce que la trompette est improvisée. Il y a beaucoup de chansons qui commencent sur la scène. Quelqu’un fait quelque chose et autre lui répond, c’est la première idée pour que la chanson se fasse. On doit seulement le capturer dans le studio. C’est comme ça parfois. Ça change et ça dépend. Après ça on va dans mon studio, on l’arrange, on enregistre la voix, on s’assoie et on y pense.
Es-tu satisfait du dernier album ?
Oui, jusqu’à maintenant je suis satisfait. Le problème est que je ne suis jamais satisfait avec notre musique. Peut-être que c’est un bon problème. J’en fais toujours plus.
Jusqu’où espères-tu aller ?
J’ai beaucoup de travail pour « Bassi « (Abassi All Star), mon side project. Parce que cette année je travaille seulement pour Zion Train c’est très bon pour moi. J’ai 20 chansons enregistrées pour beaucoup de chanteurs je vais les finir, j’ai mon nouveau studio à finir chez moi. Quand je déménage je dois le remonter. Peut-être qu’après ça j’aurai d’autres idées pour Zion train. Normalement je vais commencer à enregistrer plus comme un groupe je pense. Plus comme un groupe normal enregistre chaque piste de batterie/basse/guitare. Je n’ai pas fait le dernier comme ça mais j’ai fait 4 ou 5 albums avec d’autres groupes exactement de cette façon. J’aime travailler comme ça. Je l’ai fait avec un groupe français, les Dubians pour leur 1er album. Ils ont joué comme ça.
Pourquoi Molara ne fait-elle plus partie du groupe ?
Pour la musique. Elle a voulu se concentrer sur son projet solo qui s’appelle Molara comme elle se nomme, et elle voudrait travailler avec beaucoup de musiciens sur scène. Avec Zion Train, ce n’est pas exactement comme ça. C’est moi avec de l’électronique et des musiciens. C’est une autre chose musicalement. Je peux comprendre ça c’est très fort et j’espère que le nouveau travail quelle fait lui apportera satisfaction.
novembre 2007





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