C’est quelques semaines après la sortie de Modus Vivendi, leur dernier album, que Zenzile venait à Clermont présenter ses nouveaux titres. Honorés ça et là d’éloges et de commentaires dithyrambiques, Zenzile, grâce à un son qui lui est particulier, rassemble en effet un public mainstream mélangé aux addicts de dub plus massif. Vince et Alex, tous deux affiliés à la section six cordes, nous entrouvrent les secrets de cette formation qui fut à la genèse de la désormais pléthorique scène dub française.
Après 8 ans d’existence et 4 albums, pouvons-nous faire un point sur le line-up actuel de la formation ?
Vincent : Aujourd’hui on joue avec Alex, à la guitare, qui a remplacé Scott. Et pour la scène, on joue avec Dj Moon aux platines.
Cette évolution est donc récente ?
Vincent : Elle date du début de l’année.
Comment s’est passée l’intégration de ces musiciens ?
Vincent : L’année dernière, Scott a décidé d’arrêter, on a donc proposé Alex, que nous connaissions depuis longtemps. On s’est mis à bosser puis nous avons fait quelques dates à l’étranger. On a continué à travailler sur le disque, et surtout Alex qui a dû bosser pas mal de morceaux du répertoire.
Et pour le scratch, ça s’est passé comment ?
Vincent : On avait déjà collaboré avec Moon et on lui a proposé de rebosser avec nous, pour une sorte de changement.
En vous écoutant tout à l’heure et en écoutant l’album, vous sonnez vraiment rock, alors qu’à l’inverse le scratch apporte une touche plus urbaine…
Vincent : Oui, je crois qu’on a toujours sonné rock quand même au niveau de la guitare.

Dans le dub, c’est moins conventionnel que pour d’autres styles ?
Vincent : On est moins attaché à avoir une couleur strictly dub, alors que d’autres groupes sont dans le plus pur dub-style.
Comme Improvisators Dub ?
Vincent : Oui, par exemple. Mais eux sont dans une lignée plus reggae.
Y a-t-il une spécificité liée à Angers au niveau des couleurs musicales ?
Alex : Angers : ville rock comme on dit !
Vincent : C’est plus pour nous au niveau des différents aspects de la musique qu’on peut jouer. On a toujours joué à peu près de la même manière mais on n’a pas essayé de faire sortir les mêmes couleurs sur différents disques. Certains sont plus ambiants, certains un peu plus rock, certains plus dubs. Et celui-là sonne plus rock effectivement. Et le line-up aussi puisqu’on se retrouve parfois à deux guitares et un clavier.
Et est-ce-que ça arrive aussi en concert ?
Vincent : Oui, comme je joue aussi de la guitare et que Raggi joue des claviers.
Au regard de vos précédentes productions, comment jugez-vous Modus Vivendi ?
Alex : C’est le meilleur !
Vincent : Attendons… Nous sommes juges et parties et nous n’avons pas encore assez de recul. En termes d’échos, il n’y en a pas de mauvais..
…et en termes de réverbes ?
Vincent : En termes de réverbes, il n’y en a pas trop de mauvais non plus ! Rires
Comment structurez-vous votre musique : est-ce par rapport à des impros que vous développez…?
Vincent : D’une part oui, et ensuite on établit des structures, des « matrices » dans lesquelles on retrouve souvent un riddim, un beat de batterie, avec une mélodie. Ensuite on les agence. Il y a différentes étapes de création d’un morceau, les structures peuvent aussi bouger au mix… Il y a la manière avec laquelle nous on le joue, et on l’enregistre, et aussi la manière où on le mixe par rapport à ce qu’il y a sur la bande. Parfois le résultat comporte peu de pistes initiales. Il n’y a pas de règles non plus.
Alex : Il n’y a pas vraiment de structures comme pour un groupe rock. Il y a des morceaux qui en comportent. Mais par exemple, un morceau comme Mafate, sur le dernier album. On le joue en concert, on l’a enregistré et on avait les arrangements du début à la fin. On l’a enregistré comme ça, et en fait, au final il sonne plus atmosphérique que quand on le joue sur scène.
Mais vous partez quand même sur une grille précise quand vous attaquez une compo en live ?
Vincent : Tout le temps, après c’est que des apparitions et disparitions. Il y a une structure.
Alex : En général, il y a un drive.
Votre musique comporterait une haute teneur en accords mineurs, comment expliquer ça ?
Alex : Parce qu’on aime ces accords. J’aime plus cette « couleur » mineure que la couleur majeure.
Vincent : Et il y a parfois des accords majeurs dans des grilles mineures. Ce n’est pas délibéré, mais en tout cas c’est un fait.

Mais au niveau esthétique, cela n’apporte-t-il pas plus de ‘profondeur’ ?
Vince : Effectivement, je pense que l’on cherche à aller vers quelque chose de sérieux et profond, et moi vers quelque chose de guilleret, ou plus facilement dancehall. Et les harmonies mineures appellent ça : ça peut aller de lugubre à mélancolique, c’est relativement peu guilleret. Mais mineure ou majeure, encore une fois, il n’y a pas de règles.
Pour aborder un autre aspect de votre musique, est-ce-que l’on peut considérer, suite à leurs très nombreux featurings, que Jean Gomis et Jamika font à présent partie de Zenzile ?
Vince : Non, ils ont leurs activités, participent parfois à nos activités. C’est plus souvent le cas pour Jamika que pour Jean, puisqu’elle est vidéaste et qu’elle est plus disponible. Elle n’a pas d’autre groupe. En tout cas, ils font partie d’une certaine forme de famille qu’on a pu former…
Dont fait partie Vincent Ségal ?
Vincent : Exactement ! On a fait un maxi avec lui. Évidemment, on a bien accroché humainement et musicalement. Il est vraiment très très bon. C’est quelqu’un d’agréable et on a la chance de pouvoir collaborer avec lui. C’est un cadeau quand tu rencontres ce gars-là.
Alex : On a rejoué avec lui la semaine dernière à Amiens.
Et dans ce cas de figure, lui servez-vous de backing-band ?
Vincent : Lui vient s’intégrer à nos morceaux. On amène certaines parties. Il écoute, et comme il est super doué, il s’intègre naturellement.
Abordons l’aspect discographique : pourquoi n’êtes-vous plus chez Crash Disques ?
Vincent : Ça fait longtemps que nous ne sommes plus chez Crash Disques. On a fait deux albums et deux maxis. Ensuite, c’était lié à des discordances avec Pias, mais comme Crash était lié avec eux, on n’avait pas la possibilité de rebosser avec eux et d’avoir un autre distributeur. Et puis à l’époque, on a eu une proposition de Tripsichord et de Small Axe pour développer l’album Totem avec plus de moyens et tout en restant à taille correcte. On a fait deux disques avec Tripsichord, puis ils ont coulé. On a perdu quelques sous, on s’est pris ça comme réalité. Et pour cet album-là, on retravaille avec les gens de Small Axe qui ont monté une nouvelle structure qui s’appelle Supersonic et qui est distribué par Discograph. C’est une petite structure, mais c’est plus important pour nous d’être dans une petite structure et de bien travailler, d’être bien soutenu par le label et le distributeur. De toutes façons, il faut pas se voiler la face : à partir du moment où tu mets ta musique sur le marché, elle devient un produit, et donc une marchandise. Après, c’est comment tu travailles ce que tu fais et comment tu l’exposes, et comment ça reste cohérent. Notre première promo c’est la scène. On a quelques échos dans les médias qu’on n’avait pas forcément avant donc cela élargit notre audience.
Qui dans le groupe anime le Zenzile Sound System ?
Alex : On est 4 en fait. Il y a Vince avec ses prods sur multipistes. Raggi qui joue du sax et de la flûte dubbée sur Vince. Moon scratch par-dessus et moi je suis à la guitare.
Vince : Et on a aussi des sélections traditionnelles, qui peuvent être reggae, dub, soul. On fait aussi du Zenzile Sound System avec des prods électroniques et ensuite Matthieu termine avec des sélections breakbeat-jungle qui tabassent.

Étant donné votre statut de groupe précurseur, avez-vous un point de vue particulier à propos de l’émergence de nouveaux groupes au sein de la scène dub ?
Vince : Ça commence à faire plusieurs années que la « scène dub française » est active. Elle reçoit peut-être plus d’échos aujourd’hui dans certains mass-médias ou si elle fait plus de monde, c’est parce qu’elle est constituée par des groupes qui tournent beaucoup et qui s’engagent autour de projets collectifs. Ça se fait de moins en moins aussi…. Mais ces groupes ont une histoire et se bougent le cul, mettent le matos dans le camion et se débrouillent pour que ce soit viable. C’est aujourd’hui plus difficile que d’être deux, de n’avoir que des platines ou de ne faire que des prods-machines. Pour moi, cette scène représente le retour des groupes sur scène.
N’est-ce pas une spécificité française ?
Vince : C’est ce que les gens accrochent : de voir des vrais gus qui jouent de vraies choses.
Cela est peut-être d’autant plus vrai pour un groupe comme Zenzile qui pratique une musique entre plusieurs genres ? N’est-il pas plus gratifiant de jouer d’un instrument ?
Vince : Mais je ne dis pas ça pour l’opposition aux formations électroniques. Il y en a certaines que je trouve top, il y a différentes formules. Mais les gens sont sensibles à ces groupes français qui avancent dans l’autonomie et qui ont une production de disque qui ne faiblit pas et qui arrivent à fédérer autour d’une musique qui a quand même 30 piges, qui est issue du reggae. Nous, on utilise aujourd’hui le dub comme un outil. On n’a pas fait le tour, même si on l’a abordé depuis pas mal d’années. Cet outil on l’utilise pour mettre en valeur des choses différentes, qui peuvent être ambiantes, aujourd’hui hip-hop avec Moon, ou des chansons. Le dub est au centre de ça. Certaines autres formations, comme High Tone, sont plus électroniques, plus modernes voir technos. Chacun y met sa couleur. Les Impros, eux, sont plus folkloriques, dans le sens respectueux du terme. Tous les groupes ont une identité différente de par leur parcours. Nous, on cherche plus à devenir Zenzile, un groupe de musique, plus que Zenzile le groupe de dub français, pionnier du mouvement etc… Même si, de fait il est aussi plaisant de voir que après tout ce temps, ça a pas mal poussé autour jusqu’à arriver à des jeunes de 18-19 ans qui disent que c’est chiant quand il y a du chant… C’est une évolution.
Pour achever cette interview : j’ai toujours été intrigué par la signification de Zenzile…
Alex : Ça vient du nom d’un poète sud-Africain.
Interview réalisée en 2006 à Clermont-Ferrand, la Cooperative de Mai.






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