Td+ provient de Lyon, et perpétue naturellement une manière de jouer du dub sans paraphraser les tendances qui l’influencent. Ces 4 têtes d’émules du grand High Tone et du puissant Kaly Live dub déclinent leur style avec une réussite qui les place d’ores et déjà comme une valeur sûre en matière de dub lyonnais. Aujourd’hui stabilisé autour de Philippe, ex-batteur de-Babylon Fighter, Td+ dirige ses travaux vers un dub intense tout en prolongeant une vibe fidèle à l’idée que l’on se fait de ce genre. Td+ semble assumer sereinement les différentes évolutions de son line-up pour se stabiliser désormais autour de 4 dubbers invétérés. Une certaine sérénité rythmique émane de leur musique, qui se distingue par ailleurs grâce à une opposition inédite entre scratch et guitare. 

C’est au Club 22, salle de concert à Veyre Monton dans le Puy de dôme, que l’entretien qui suit a eu lieu, au beau milieu de la fête qui suivit leur prestation.

Qui fait quoi dans le groupe et quelle est la signification du groupe ?

Antoine : On en a justement parlé hier en se disant que nous devrions trouver une manière de répondre à cette question en interview. Comme on n’est pas d’accord, on est sensés esquiver.

Pouvez-vous présenter ?

Antoine : Je suis guitariste et je fais partie de la formule actuelle depuis l’été 2006.

Milouz : Moi c’est King Milouz : turntable et effets. Pour présenter Phillipe, il est batteur du groupe, et il est aussi une figure un peu historique musicale française puisqu’il a aussi joué dans Babylon Fighters.

DrCharlz : Docteur Charles, à la basse.

Mais l’origine primaire ?

Antoine : Ça vient de Phillipe.

Philippe : J’étais tout seul, et tout seul, c’est dur.

Et tu faisais ça quand ?

Phillipe : En 2000.

Ton son devait être axé sur la batterie ?

Phillipe : C’était dub. Td +, ce sont les notations en escalade.

Antoine : Comme il était tout seul, c’était mortel dur.

Phillipe : Mais les grimpeurs et les alpinistes captent tout de suite. On en a rencontrés déjà après des concerts qui nous demandent si l’on fait de la grimpe. 

Phillipe, tu faisais donc déjà du son avant 2000 ?

Phillipe : Oui.

Et c’était déjà du dub ?

Phillipe : Oui puisque Babylon Fighter était mon premier groupe de dub en fait !

Tu étais donc batteur, mais faisais-tu de l’électro à cette période ?

Phillipe : Non. L’électro, j’ai commencé à connaître aux alentours de 2000 avec Seven Dub, un groupe de Paris où jouait l’ancien bassiste de Babylon Fighters. Leur actualité était autour des années 99-2000, ça fait 10 ans, et eux était vraiment électro. Ce sont les musiciens de Seven Dub, qui, quand on a fait la première tournée, m’ont imposé l’octopad, en disant : « on sait que t’assures, mais tu ne vas pas faire que de la batterie, tu vas aussi envoyer les samples ». C’est eux qui m’ont acheté l’octopad !

Milouz : T’as rien payé de ta poche ! –rires

Antoine : Faut préciser un truc : ce mec-là a acheté une batterie à 17 ans et depuis, il n’a plus rien acheté. On lui donne tout le matos ! C’est Seven Dub qui lui avait payé ses pads.

Dans ton jeu tu as donc cette approche électronique, en te calant sur les samples que tu programmes ?

Phillipe : Voilà, même si dans Seven Dub ce n’était pas moi.

Vous êtes donc 4 joyeux drilles « très difficiles + ». Que répondriez-vous aux gens qui pensent que le dub est une musique qui a déjà été interprétée et entendue ?

Antoine : Genre que dans le dub français il y a eu 2 ou 3 groupes et que depuis ce n’est que de la réédition ?

Oui, pour vous le dub est-il un mode d’expression ou avez-vous la volonté de repousser ce genre ?

Antoine : De fait, dans Td+, il y a un mélange d’influences, ne serait-ce que par la différence d’âge. Moi j’ai été élevé à la sauce High Tone et Kaly. J’avais 17 ans et j’allais les voir au Bistroy à Lyon. J’étais comme un fou, et j’ai presque découvert le reggae et en tout cas le dub jamaïcain comme King Tubby par ce biais là. 

Tu as donc vu High Tone dès le début du groupe ? Comme la scène dub d’ailleurs !

Antoine : Il l’a vu naitre !

Et le fait d’avoir traversé ces périodes doit forcément apporter un truc ?

Phillipe : Je suis hyper influençable. Donc un truc qui me fait kiffer me donne envie de le refaire. J’aime produire les machines et les programmations qui me plaisent : je les refais à la batterie.

Comment conçois-tu ta fonction de batteur ?

Phillipe : Dans le dub, ce que tu fais à la batterie, ce sont des riddims pour lesquels tu dois muter les pistes. Donc d’un coup tu mutes le charley, tu mutes le kick ou la caisse claire, en gardant le reste. Ce sont tes choix en fait, tu choisis ce que tu veux, et ça c’est un côté électro. Quand tu commences à faire ça, t’es dans le truc !

Tu as une sacrée énergie : quels sont tes modèles de batteur ?

Phillipe : Je m’enrichis de tout ce que j’entends.

Tu as une telle variété de beats différents, avec notamment l’aspect syncopé du reggae. Comment axez-vous vos compositions ? Partez-vous de tes rythmes ? Phillipe, ton rôle est-il prédominant ?

Phillipe : Tu me dis des trucs dont je ne suis pas au courant !

Antoine : C’est freestyle !

Milouz : On part beaucoup des samples en fait. Il y a des idées de samples comme par exemple un violon, une flûte ou une idée de nappes.

Que tu amènes ?

Milouz : Non, ce sont eux qui les amènent. Moi je n’ai aucune idée de samples, pour le moment.

Antoine : Comme sur le morceau Weather Underground, qui est une sorte de faction d’extrême gauche américaine des années 70, à l’époque des freaks et de la guerre du Vietnam. Mais c’était une sorte de mouvement politisé plus à gauche, qui a eu plein de phases, dont l’une avec une grosse tendance terroriste. Après, ca a évolué…

Milouz : Il y a eu un documentaire de fait là-dessus sur lequel on a récupéré des samples issus de ce documentaire et puis ensuite on a composé autour.

Phillipe : On est un peu gauchistes sur les bords !

Antoine : On n’est pas sensés parler de politique : on n’est pas d’accord !

Phillipe : On peut quand même dire que l’on est un peu gauchistes !

Votre musique n’est donc pas principalement orientée sur la rythmique ?

Antoine : Non. Là, le film, on l’a maté parce que ça nous intéresse, et il y a une ambiance qui se crée, et à partir de ça on joue !

Phillipe : Voilà, la guitare démarre, et tout s’enchaîne 

Et dans ce morceau en particulier, quelle était l’idée : de heurter la conscience ? Quel est son effet sur le public ?

Antoine : Il est oppressant ! Il n’y a pas spécialement d’idée, mais je pense que ce qui en résulte, c’est qu’il est oppressant, comme dans l’ambiance du Weather Underground.

Milouz : L’autre réponse à la question de base c’est que lorsque l’on répète, on fait tourner des riddims, et parfois certains morceaux sont issus de boeufs que l’on a enregistrés, et dont on se dit « Tiens c’est pas mal ce que l’on a fait », et donc on se demande comment on pourrait mieux l’utiliser.

Antoine : C’est vrai que l’on fonctionne vachement comme ça. On s’est fait une configuration au local comme un studio. On s’enregistre énormément et ça nous fait kiffer. Et il y a des plans qui nous mettent à l’envers !

Vous synthétisez ces moments-là puis vous les structurez ?

Antoine : Voilà, séparément, genre à deux puis on va chercher les autres.

Si vous deviez me convaincre, en quoi votre musique se singularise t’elle de celle des autres formations ?

Antoine : Sur le dub français, et de faire de la « redite » ? Tu as dans Td+ Phil qui vient du reggae, Charly qui est entre les deux et qui est pas mal branché année 80 avec des groupes comme Aswad, Milouze qui a animé la Dub Action sur Radio Canut pendant 12 ans, d’où sa grosse-grosse culture reggae dub. On n’a donc pas tous rencontré le dub par le même point de vue et je pense que de fait ca se ressent dans notre zique, et je pense que l’intérêt du groupe vient de là. Après on essaie de faire coller toutes ces ambiances, qu’elles soient roots…

Milouz : Il n’y a pas que du dub. On a une base un peu reggae dub instrumental, mais parfois on part en rock. Des potes m’ont dit qu’il y avait même un passage « trans », et à un moment la batterie part en punk, avec le guitariste qui se lâche et qui part dans le public ! Il y a une autre énergie que dans le dub, dont on essaie de se démarquer.

Quelle est votre opinion à propos du UK dub ?

Milouz : Je suis à fond ! Et bien je pense que les Anglais sont la succursale jamaïcaine en Europe. Le reggae est passé en Angleterre avant de venir en France, et il y a tout un mouvement qui est super intéressant parce qu’il est un peu plus moderne, un peu plus urbain. La société anglaise est une société moderne. il y a eu la première partie dub,  le növö-dub que faisaient Disciples, Jah Shakka et les gens comme ça. Après il y a eu le stepper, qui est vraiment le truc de sound system, qui est aussi beaucoup développé. Big respect ! Je suis allé en Angleterre plein de fois pour le carnaval de Notting Hill et c’est une explosion pour les oreilles. Les sound-systems sont magnifiques à vivre.

Dans la facette d’influences inhérentes a Td+, est-ce toi, Milouz, qui assimile cette tendance ?

Milouz : Oui, sûrement, mais pour moi Td+ est un groupe assez original et je ne pense pas qu’il soit catalogué dans le dub français ou dans une image précise, même si dans le dub français il y a un peu de tout. High Tone par exemple a fait du stepper et part aujourd’hui sur du breakbeat, et des trucs délires. Après tu as Kaly qui par dans sa lignée, ou aussi Zenzile… On est tous différents !

C’est en ça que vous représentez le dub français puisque vous incarnez ces styles-là..

Milouz : …mais nous ne sommes pas directement inspirés par High Tone ou par toute la scène française ! Il y a maintenant une étiquette un peu dub comme il y a dans le rock. Il y a plein de styles particuliers, et il y a des manières de faire et des approches différentes avec des traitements spéciaux. Et chaque mélanges sonores sont particuliers, selon les compos, la formule du groupe. Mais on peut dire quand même que l’on fait de l’électro-dub français !

Et étant de Lyon, que vous apporte le fait de côtoyer au plus près les membres de Kaly, ou d’autres groupes experts du dub ?

Milouz : C’est cool,on se dit bonjour, on est voisins de local de répét’ ! Ils sont de l’autre côté de la rue. On se croise quand on ouvre les portes du local et que l’on charge le camion !

Mais le fait d’être à Lyon ?

Milouz : Ca ne nous sert pas, mais ne nous dessert pas forcément non plus ! A Lyon, il y a surtout un label qui s’appelle Jarring Effects qui a fait un travail énorme au niveau musical, entre dub, breakbeat, musiques expérimentales. Depuis 10-15 ans ils ont posé en France un truc qui est énorme, où sont passé High Tone et consort ! Kaly, eux ont grandi en parallèle et on monté leur propre structure. Nous, nous les connaissons, et eux aussi nous connaissent, mais nous ne sommes pas partie prenante de tout ce qui fait sur Lyon. Il est assez difficile de jouer à Lyon, même quand on est Lyonnais. Si on n’est pas programmé par des organisateurs, alors il faut organiser sa soirée, et ce n’est pas si facile ! Il n’y a pas tant de lieux que ça en plus à Lyon.

Mais le fait d’habiter à Lyon vous donne t-il l’impression d’appartenir au mouvement, du fait que les structures et les groupes « historiques » soient là-bas ?

DrCharlz : Non.

Antoine : Je ne crois pas. Par contre, si je n’avais jamais entendu High Tone, je ne sais pas si je ferai ça aujourd’hui… J’ai énormément de respect pour eux, comme pour Kaly ! Je joue d’ailleurs dans un groupe avec un ancien membre de Kaly, qui faisait leur clavier.

Quel est ce groupe ?

Antoine : Humanzee. On a eu un titre sur une compile Dubzone, il y a un petit moment. On freestyle… On a l’impression d’être dans l’univers lyonnais mais après je l’ai plus vécu en tant que spectateur que musicien. J’étais le petit jeune de Lyon qui kiffe sur cette zique là ! Dans le cadre de Td+, on fait notre truc. On se connait, on se croise, on rigole bien mais voilà c’est tout.

Ca doit faciliter les contacts tout de même de côtoyer dans sa ville des membres de label, comme Jarring par exemple ?

Milouz : Tu sais, finalement, on est surtout proches d’une structure, Carotte Production, qui est sur Sainté !

Pouvez-vous nous parler de votre configuration sound-system ?

Milouz: Ce n’est plus trop d’actualité, puisqu’il a fallu bosser un album et un set live.

Antoine : Ca a été une expérience que l’on a eu envie d’avoir et que l’on a kiffée. On a fait une soirée (au Paquebot, avec Swaraj) où ça a été freestyle grave et où on a déliré. Et là ca fait 5-6 mois que l’on bosse avec Carotte Production, avec qui il y a un manager-tourneur. Donc là, on essaie de développer vraiment le groupe. On a fait l’album donc on a bossé des pré-prods, et on a fait des résidences, puis l’enregistrement dans l’été et le mixe début septembre. On a ensuite refait une résidence pour faire les lights. Donc c’est vrai que le sound-system est un peu en silence, mais c’est un super kif ! Par exemple, on a pu mixer l’album grâce à Carotte sur une console 32 pistes, où on a travaillé en analogique. Le mix est un truc qui nous fait kiffer, donc l’approche du sound-system…

Cette approche justement permet de bien vous cerner selon vos propres tendances musicales. La manière dont vous vous exprimez en sound-system nous permet de bien comprendre Td+ !

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Millouz : Mais le sound-system, c’est quelque chose de super important. On devrait se repencher sur ce chantier. C’est une formule cool qui donne plein de libertés, et quand tu fais du dub, cette notion de sound system est super importante. De pouvoir jouer un live machine sur des gros caissons : c’est possible sur un gros mur de sound-system.

Antoine : Du coup ca montre comment chacun aborde le dub. La formule que l’on avait faite était constituée de nos projets persos que l’on avait additionnés dans la formule sound-sytem. C’est intéressant aussi. Ca aussi passait par de la galette avec du mix à l’ancienne avec des effets.

Evoquons à présent votre avenir…

Antoine : Là on a une activité brûlante, avec ce fameux album que l’on a enregistré.

Comment s’appellera-t-il ?

-brouhaha- Milouz : C’est en phase de gestation…On est que 4 dans le groupe, et pour prendre des décisions…

Phillippe: C’est collégial.

Milouz : C’est souvent ça : 2 contre 2. Et dans 1 an on sera sous les cocotiers…

Pour finir : pourriez-vous nous relater un souvenir de live ?

Antoine : Il y en a un qui est « mortel mythique sa mère ». C’était en septembre 2007, où il commençait a faire bien froid. On a fait 2 festivals d’affilée, dont le premier était à Orléans, et pour le second nous devions revenir par ici en Auvergne. A Orléans c’était « La vache folle », et en gros, on devait jouer en dernier avec un maxi retard. Et à 4 heures du matin, les organisateurs avaient une grosse mauvaise nouvelle : on ne pouvait pas jouer ! Alors qu’on avait fait deux jours de trajet, avec une étape. Le lendemain, on arrive sur le deuxième site, où à 20 heures les balances n’étaient pas terminées. Niveau timing, on sentait venir le coup. On se disait : « Hier on s’est fait planter, alors ce soir, il faut que l’on joue ! » Et là, on est partis pour une nuit où il faisait super froid…

Milouz : … et on a joué à 6 heures du matin, au lever du soleil !

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