A lui seul, Pilah incarne la richesse et la mixité des tendances du dub français. Ce personnage charismatique de l’underground lyonnais, a vécu toutes les aventures musicales qui se proposaient à lui avec une réussite systématique. Kaly Live Dub et Dub Addict étant ses partenaires de prédilection Pilah poursuit sa carrière de créateur de riddims en perfectionnant son mode d’expression sur son premier album. Sa musique, à la fois personnelle et intransigeante, se montre aussi novatrice en bien des aspects. Pilah ne transige pas avec ses envies et les courants qu’il insuffle à sa musique. Cet album métamorphose en dub l’électronique avec l’esprit du reggae personnifie par les chanteurs. Pilah lâche sa console, pose sa six-cordes sur son trépied et répond sans détours à ces questions.

A quoi rêvais-tu quand tu étais enfant, pensais- tu devenir musicien et réaliser ce que tu fais ?

Je me souviens avoir aimé la musique assez tôt, et être rentré assez rapidement dans cette dimension parallèle vers 4 ou 5 ans. J’ai été élevé à la platine vinyle, mettre des disques sur la stéréo des parents était un plaisir. Je me rappelle que j’avais le droit. Vers mes huit, dix ans j’ai été transcendé sans m’en rendre compte par Sly et Robbie, sur l’album de Gainsbourg Aux armes. Je kiffais leur groove sans savoir ce que groove voulait dire. Le reste a suivi, j’ai commencé à pratiquer des instruments et c’est devenu de plus en plus clair dans ma tête.

Pilah, de dos et Ivan Jah en session

Comment s’est développé ton esprit d’indépendance ?

Dans les années 80 et 90, il y avait des groupes comme Ludwig et les Bérus qui m’ont ouvert les yeux et m’ont amené à réfléchir sur pas mal de sujets au niveau politique et social. Ensuite les rencontres et le hasard influencent aussi les choix, les positionnements, mais les affinités via les similitudes se créent naturellement au bout d’un moment, et les choses se mettent à devenir concrètes et guidées par une idéologie de base.

Quel est le processus qui amène à la création de tes propres morceaux ?

Il n’y en a pas, ça va, ça vient, je n’ai aucune régularité ni méthode.

Tu mélanges beaucoup d’influences dans ta musique. Vers quel style dans le dub penses-tu évoluer ?

Vers quelque chose qui me surprendra, du moins je l’espère, parfois c’est long avant de retrouver de l’intérêt.

Comment se fait-il que The Good, The Bad, and The Addict ne soit que le premier album que tu sortes ? Le format de l’album a-t-il une exigence particulière pour toi ?

Je pense que je n’étais pas prêt pour le réaliser, ça ne m’est pas venu à l’esprit avant en tout cas, et il se trouve que j’ai eu du temps pour m’y consacrer. Oui, pour moi l’album ne doit pas être une compile mais une pièce entière, qui ait du sens quand on l’écoute d’une traite.

L’as-tu imaginé comme un concept ou s’agit-il de plusieurs morceaux différents ?

Je ne l’ai pas imaginé au préalable, je suis toujours en train de composer ou d’attendre que ça vienne, et il se trouve qu’à cette époque, j’ai été inspiré, et les morceaux qui tombaient formaient quelque chose de cohérent, j’ai donc poussé jusqu’à la réalisation d’un album.

Son artworck est plein de symboles et de références ? Peux-tu nous décrire le concept de la pochette, est-il en lien avec celui de l’album ?

Il y a du vrai sur cette tof, c’est un peu brut de décoffrage, c’est AntiBypass, le graphiste de Dub Addict à ses heures qui a eu cette idée, le titre et le visu, en plus il se trouve qu’on a toujours kiffé Sergio Léone et Ennio Morricone que je pille régulièrement, j’adore ces ambiances et c’est une mine d’or pour les samples, donc ça colle vraiment bien, en tout cas c’est assumé à tous les niveaux .

Que te procure le fait d’appartenir au label Hammerbass ?

En premier lieu, une oreille extérieure précieuse me guide dans mes choix artistiques et aide à préserver mon intégrité. Ensuite il y a un travail de promotion et de visibilité que je ne suis pas en mesure de faire, et c’est important d’être épaulé à ce niveau-là.

Comment vois-tu l’évolution de la scène dub française ? Pensais-tu au début des années 2000 que le courant UK qui en était à ses balbutiements supplanterait un jour le dub joué par des groupes ?

Les choses bougent, stagnent, s’emballent, des fois on ne comprend pas pourquoi et des fois on le sent venir. Prédire l’avenir ? Pas facile !

Cette tendance de groupes de live peut-elle revenir, à ton avis ?

On n’est pas à l’abri d’une vague, quoique…

En quelles mesures penses-tu suivre l’influence de Kaly dans tes propres créations ? L’expérience des side projets de tes camarades est-elle un apport pour toi ?

Aucune idée, je n’y pense pas… Oui, mes camarades sont une très grande source d’inspiration et de partages.

Tu es l’instigateur d’un nouveau concept de soirées, peux-tu nous présenter le concept des Dub Master Clash ?

On a mis ça sur pied avec mes deux compères Matt et Félipe, et tous les artistes qui ont adhéré au projet. Le leit motiv principal était de présenter un nouveau concept de soirées dub/sound system, en le faisant évoluer vers quelque chose de différent de ce que l’on a l’habitude de voir en ce moment. Les artistes se partagent leurs multipistes en amont et effectuent des remixes en live de leurs adversaires « amicaux « choisis pour la soirée, et inversement. Le tout est animé par un mc qui drive la soirée et qui chante sur certaines versions. C’est innovant par rapport à ce qui se passe dans les sounds ces dernières années, et ça a créé des connections excellentes parmi les différents acteurs du collectif. On a choisi un système particulier et non traditionnel pour sonoriser ces soirées mais non pas moins efficace, quand c’est possible on sort des 4 points en double stéréo, contrairement aux sonos qui marchent souvent en mono et équipées avec des scoops pour les bass. Soyons clair : j’adore les scoops, mais je suis également ravi de pouvoir jouer et entendre du clear sound qui convient tout à fait au style de musique que l’on fait. On est également dans un système de fonctionnement où tout le monde est responsable et a du poids dans les décisions, ça peut paraître impossible et destiné au « bordel, « mais on s’aperçoit assez vite que quand l’humain est traité d’égal à égal et qu’il est responsabilisé , il va de l’avant pour servir l’intérêt général et tout se passe sereinement. C’est étrange non ? On a pas besoin de chef suprême en fait, le bon sens est là pour ça, et bien présent chez beaucoup de gens. Il y donc une dimension sociale importante au cœur de ce projet

Nous connaissons bien évidemment tous Joe Pilgrim, Peux-tu nous présenter Ivan Jah lui aussi présent sur ton album et lors des Dub Master Clash ?

Je mixais l’album de Jolion quand j’ai entendu sa voix sur un de ses titres. Ca m’a tout de suite plu et il m’a mis en contact avec lui. Je l’ai invité à la maison, on a fait quelques prises et ça complétait vraiment bien la voix de Joe, ça coulait de source…

Tu es rompu de sessions sound system, quels sont les cuts de roots et de dub qui te transcendent en soirée lorsqu’ils sont joués ? T’es plutôt roots ou dub en soirée ?

J’ai un petit penchant pour le roots et le dub des années 70, mais ce que je trouve le plus important est la qualité d’une sélection dans son ensemble, ou l’habileté à compiler ses morceaux et à les mixer pour un live en multipistes. En général je ne suis pas très fan des morceaux trop axés sur la puissance et l’efficacité « boite de nuit « et qui laissent de côté l’aspect mystique du reggae. Ça peut être moderne et mystique, rien n’empêche…

Quels sont tes projets à venir ? Que peut-on te souhaiter de mieux ?

Développer les Dub Master Clash, peut être entamer un deuxième album aussi, continuer les sounds avec Dub Addict et développer la sono en essayant de la rendre le plus unique possible. Pour ce que l’on peut me souhaiter de mieux, ce serait que tout ça continue de me faire bouffer pour que je puisse le faire le mieux possible !

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