Original Bass Foundation

Dans le dub moderne, un acronyme existe pour désigner l’excellence : OBF. Voilà en effet une bonne décennie que les boss actuels de la bass culture ne laissent personne insensible. Sur la route, l’impression laissée par ce collectif est celle d’un band en tournée, d’un gang poussé par la même énergie, le même désir d’incendier les sonos. Bientôt trop gros pour les sound systems, Original Bass Foundation se mue progressivement en un combo cross over taillé pour les scènes de concert. L’énergie qu’il renvoie se rapproche de celle d’un groupe de hip hop qui virevolte et exulte, si ce n’est qu’OBF louvoie entre stepper compresseur et rub a dub ravageur. On a quitté Rico debout sur un pratos au côté de Charlie P, Senior Wilson et Shanti D pour une last tune face aux massives. On le retrouve pour un entretien en 45rpm.

Rico, tu représentes pour cet entretien tout ton collectif : combien de membres composent OBF ?

Je vais te raconter l’histoire du coup. On a commencé avec Guillaume avec qui on s’est rencontré au lycée. Il était une année au-dessus mais comme on kiffait le reggae on s’est linkés directement.

Shanti D au micro, Rico dans la lumière !

C’était où ?

A Thonon, on habitait à côté d’Annemasse. On collectionnait des vinyles qu’on achetait à Asher Selector, au Raspekt Shop. C’était le shop de reggae à Genève. Asher gérait ça et il y avait toute la famille, Prince Alla, Sylford Walker. On a eu la chance dans cette petite ville d’avoir quand même un acteur culturel reggae militant comme Asher qui a pu nous faire découvrir toute cette scène reggae jamaïcaine. Gregory Isaac, Dennis Brown, Shaka, tous les classiques reggae, Asher s’occupait de les faire venir. C’était à la fin des années 90. On a aussi été bercé par les dances sound systems sessions dans les squats à Genève. A l’époque, à Genève, il y avait énormément de lieux alternatifs. Il y avait des sounds systems, il y avait les Cultural Warriors qui organisaient des sessions. On a pu voir RDK, I-Natural, pas mal de personnes de la scène UK roots dub anglais qui venaient dans ces quelques squats et on a découvert vraiment le sound system là-bas. C’était vraiment diffèrent des ambiances de concerts reggae, c’était dans des petites caves, ultra blindées, pas d’air, fumées et sound system vibes dans l’énergie ! Donc voilà, on s’est rencontrés avec Guillaume, et on allait tout le temps dans ces soirées et dans ces dances. Plus tard Stéphanie nous a rejoints et nous a donné de l’aide pour nous structurer. Elle s’occupe de toute la structure logistique d’OBF. Elle prépare nos dates, elle s’occupe de nous en amont pour que nous, quand on arrive sur une date, tout soit OK. Après on a rencontré Shanti D, avec les potes d’High Tone, et Junior Cony plus tard. Voilà le 4ème membre ! Là, on est avec Wilson, avec Charlie, la famille s’agrandit on a tous nos boxmen. La famille de boxmen, je ne sais pas, il y a peut-être 10 personnes, des anciens boxmen, des nouveaux boxmen.

Quel contingent !

C’est une grande famille ! Il y a au moins 15 personnes en comptant tout le monde, drivers, techniciens du son, operateur, sélecteur !

T’es occupé en permanence ?

Moi, c’est mon travail à temps complet.

Et pour les autres membres ?

Steph est aussi embauchée par OBF presque à temps complet, Shanti est aussi embauché à temps complet avec OBF, pareil pour Wilson et Charlie.

Quels furent les sounds ou les soirées mythiques qui vous ont donné la vocation avec Guillaume ?

Ça a vraiment été des dances avec Cultural Warriors, RdK Hi-Fi et I Natural, dans les caves. Après les soirées mythiques, on allait au début des années 2000 au Subdub à Leeds ou même à Londres avec Steph pour se faires des mini dances, là où Aba faisait des résidences. C’est ça qui nous donnait envie en fait.

Quelle est ta conception du dub : fun ou dirais-je plus éthique ?

Franchement dans la musique qu’on fait il y a quand même une éthique. Le côté militant qu’on essaye de délivrer dans nos messages mais tout en gardant une vibe naturelle avec la famille, et vu que c’est toujours fun avec nous, il y a un côté éthique avec quand même une vibe fun. On n’est pas là pour faire les professeurs, on délivre notre message dans la bonne vibe et tu le prends si tu veux, ou pas !

Dans la manière de te comporter, c’est quelque chose d’important ?

Nous on est assez diy et autonomes dans la façon de faire. Steph s’occupe de notre booking, on n’a pas d’agent externe. On développe notre sound system avec les potes, la famille. On reste diy et autogérés.

Si on se replonge dans votre évolution, pourrais-tu évoquer la première release que vous avez sortie?

La première release vinyle c’était il n’y a pas longtemps, c’était en 2009.

Et celle avec Dubateers ?

Le remix de Dubateers c’était 2007 ou 2008.

L’ascendance d’OBF est- elle plutôt dub ou reggae ?

Franchement, le reggae, c’est les bases du dub. C’était les gens qui mixaient le reggae qui faisaient le dub. Nous, on a vraiment une influence reggae et rub a dub dans nos morceaux, mais dans notre façon de mixer, c’est vraiment dub ! Tout ce qu’on prend, rub a dub, uk dub, et parfois nos influences un peu plus nouvelles, genre hip hop, c’est mixé dub. Même dans la façon de la composer : skank, one drop, la façon dont on les fait groover, le comment je le pense.

OBF est-il fidèle, selon toi à l’interprétation des racines de cette musique avec ses livity et ses principes ?

En tout cas moi j’ai ce mode de vie là. Bon, Je mange de la viande de temps en temps.

C’est pas une question à charge Rico !

Bien sûr pas de soucis. Ça m’arrive de boire aussi mais après j’essaie vraiment de respecter mon corps, de respecter l’environnement, de respecter les gens autour de moi. On ne prône pas les drogues dures, après ça fait partie, dans le monde dans lequel on va, dans les festivals où on va, dans les soirées où on va, des gens qu’on croise dans la rue, il y a peu de gens qui y échappent. Après je pense qu’il faut rester fort contre toute cette société consumériste, de ne pas prendre de drogue : maintenant on te l’amène vraiment sur un plateau, ça fait partie du système capitaliste, consumériste. C’est un peu le supermarché tu vois ?

Sans être fondamentaliste, chacun a la conception qu’il veut et chacun a son appréciation: le roots avait une attitude vraiment forte, il y a des gens qui s’en rapprochent, mais d’autres peuvent avoir une conception du dub qui…

… nous, on n’essaie pas de se rapprocher d’une attitude rasta, on fait vraiment nos choses. Tu vois ce que je veux dire ?

OBF, c’est OBF !

Voilà !

C’est exactement comme pour votre dernier album, tu as fait l’amalgame de ce qui t’entoure… Pour terminer avec le roots, j’ai un super souvenir d’un warm up à Bagnols, où quand tu as allumé le système à 17 heures, tu as enchainé des cuts magnifiques : quels sont tes maitres en matière de roots ? Là, tu fais une selecta, tu nous joues quoi ?

Franchement je suis un fan inconditionnel de Roots Radics donc je choisirais Flabba et Style Scott. J’aime bien le Roots Radics style ! C’est vraiment le type de riddim que je kiffe ! Après dessus, un mix de Scientist ou Tubby’s. Et pour les chanteurs, Johnny Osbourne, Johnny clarke, tous les classiques comme ça à l’ancienne qui ont vraiment une voix et une âme. On écoutait tout à l’heure Burning Spear, je suis un grand fan, comme de Black Uhuru ! Sly & Robbie, Blak Uhuru, ça fait partie de la musique que j’apprécie !

Et en digital, tes grandes influences ?

En digit’, Augustus Pablo, comme producteur… Le digital ça reste vraiment vague. Firehouse, tous les King Tubby. Et après, tout ce qui est anglais, avec Jah Tubby’s cette fois-ci. Toute l’époque de Little Clarky. Tout ce qui est new-yorkais. Il y a tellement de choses qui sortent, je ne peux pas avoir quelque chose de vraiment préféré.

Par conséquent, les sets d’OBF, c’est de l’impro ou bien ça relève de la sélection scientifique du morceau adéquat ?

J’essaie toujours de penser au premier morceau. Je me demande toujours ce que je vais mettre comme premier morceau. C’est celui qui te fait démarrer la dance, démarrer ton set. C’est le premier morceau pour moi qui fait tout. Une fois que j’ai joué le premier morceau, après c’est que de l’impro. Je pense juste au premier morceau.

Quelles sont tes méthodes d’écritures pour les compos d’OBF ?

A la vibe. Ou je m’inspire d’un morceau que j’ai écouté, ou alors je vibe avec Charlie, Shanti et Wilson, avec un lyrics ou une mélodie. Dans la voiture, ou alors je suis chez moi. Je le construis comme j’aime bien droper un morceau en soirée avec une mélodie qui commence, le skank qui arrive, avec la drum.

La patte OBF !

Je suis progressif dans la composition. Je construis le morceau comme je le drop en soirée. C’est ça qui donne la vibe. (Rico entame une impro à capella)

Par rapport à ce que tu entends dans l’atmosphère ambiante, penses-tu que tu influences avec ta vibe les productions actuelles ?

Je sais que j’avais un style que je fais de moins en moins, vraiment le OBF style.

C’est vrai que maintenant, si on se fie à l’album avec Charlie, ça risque d’être vraiment dur de te copier !

Avant le style OBF, le Wicked Haffi Run ou Kenny Knots United we stand, ce style, la patte OBF, c’est vrai je l’ai entendu vraiment beaucoup de fois, et là du coup j’essaie de m’éloigner un peu de ça, toujours de m’influencer de cette même vibe mais de m’éloigner un peu, en compliquant un peu et en m’inspirant d’autres musiques.

Tu le ressens comment ce fait-là ?

Je suis très content d’écouter des morceaux qui me ressemblent, des trucs qui ressemblent à ma façon de construire des morceaux.

Une question me taraude, le 7’’ OBF Records avec Mr Williamz, en hommage à Nelson Mandela , c’est bien un recut de Sugar Minott sur Black Solidarity ?

Oui, c’est bien ça, un recut de Sugar Minott, Letter to Nelson Mandela.

Donc là, on fait une séquence aveu pour cette reprise ?

Non, on l’a dit ! Pour moi, ça ne coule pas de source, mais… En fait ce morceau on l’a joué et on l’a rejoué, et en fait pour l’anniversaire de la mort de Nelson Mandela on a fait un dubplate spécial. En fait c’est parti d’une dubplate qu’on a faite avec Mister Williamz donc pour faire une dédicace à Nelson Mandela j’ai voulu reprendre le riddim de Letter to Nelson Mandela.

C’était approprié !

C’était bonne vibe ! J’aimais bien ce morceau. C’est vraiment une tribute jusqu’au bout. De la composition du riddim jusqu’au lyrics.

Du coup il a été remixé ?

Oui il a été remixé par Fede, Krak in Dub. Elle sortira en édition limitée, vinyle gravé et tout !

De quel artiste pourrais-tu refaire un recut ?

Burning Spear ou Johnny Osbourne ! J’aime bien !

Un petit Johnny Clarke ?

Oui ! Johnny Osbourne et Johnny Clarke je les ai enregistrés plusieurs fois déjà mais ce n’est jamais sorti, il faut un peu de money !

Niveau voyage, quel est le top de tes souvenirs ?

Là, on revient du Canada et des USA où on était avec Wilson. C’est un super souvenir parce que c’est une scène très fresh, on a posé le drapeau ! L’étendard OBF et Senior Wilson, on l’a posé au Canada et aux States avec Wilson donc on était très très contents ! Et du coup, après, on est partis en Colombie pour la première fois, au Brésil, et au Pérou pour la deuxième fois. C’était une super expérience, il y a 4 mois. Ça, c’est des moments inoubliables, quand tu arrives dans un pays où tu n’as jamais joué et où tu es à 10000 kilomètres de chez toi et tu joues tes morceaux que les gens connaissent !

Le public connaît vos productions aussi là-bas, le Mandela, les gens le connaissent?

Oui, bien sûr. Mandela, Sixteen Tons (Of Pressure).

C’est quoi votre rapport avec la Jamaïque?

J’y suis allé il y a 2 ans. Je suis resté là-bas un petit moment. J’y suis allé avec un pote français qui allait souvent en Jamaïque. Il m’a vraiment mis dans la mood, fait découvrir les bonnes personnes. Après j’ai rencontré à travers d’autres potes des potes jamaïcains maintenant avec qui on va collaborer, on va faire un album de dub poetry, en fin d’année.

Avec qui ?

Avec un nouvel artiste, t’inquiète ! C’est encore secret pour l’instant. Donc la Jamaïque, oui, le lien est fort! Je parle souvent avec mes potes jamaïcains, je leur fait faire des dubplates. C’est vraiment la reggae life là-bas ! La vie du reggae. Tu te lèves le matin, c’est reggae, tu vas au shop, c’est reggae. C’est reggae partout ! C’est la vibe partout !

T’as fait des sound systems là-bas?

Oui, j’ai fais des sound systems.

Un petit message pour les lecteurs de Version ? Qu’est-ce que tu peux leur déclarer pour conclure ?

Total support à un magazine qui est prix libre. Ici, actuellement dans l’état dans lequel on vit, ça fait plaisir de voir quelqu’un qui n’est pas là pour se faire de l’argent mais plutôt pour parler de la musique avant tout. Avec un prix abordable, si tu le souhaites, ou pas ? (rires) Juste ça : continuez à supporter et à montrer votre soutien aux personnes qui s’organisent pour pouvoir promouvoir le reggae music, le dub !

interview réalisée au Foreztival’2018

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