Même si l’état d’esprit présente d’évidentes similitudes, Oaï Star, avec deux des 4 membres de Massillia Sound System, ne se réduit pas à un side project . Gari et Lux B, soutenus par une formation aux intentions rock, jettent les ponts entre grosses guitares et reggae pour mieux faire l’amalgame entre les générations, et créer ainsi leur propre folklore de la zone occitane. L’humour, la gouaille et l’accent de Gari et Lux B suffisent à domestiquer le public, bien souvent acquis à leur cause par leurs facéties et leur sens du spectacle. « Rajoute ! »

Qui compose Oaï Star et d’où vous est provenu le besoin de créer un autre groupe en marge de Massillia ?
Gari : Oaï Star c’est Lux B et Gari, ailier gauche et ailier droit de Massillia. C’est aussi Dj Kayalik qui officie aussi dans Massillia. Plus deux guitaristes, le Baron et Buzz, un bassiste Sylvio et un batteur, Al Bator. Nous avec Lux on était déjà les Oaï Star au sein de Massillia. On est arrivé dans un deuxième temps et le groupe existait déjà on avait même pas de micro. On servait le pastis et on faisait les cons sur scène, on faisait une espèce de relation avec le public. Après de fil en aiguille on est devenu des mc’s, on a commencé à écrire des paroles, à devenir un groupe avec réellement 4 chanteurs. On a toujours eu cette fonction au sein de Massillia de faire monter un peu la sauce pour que les 2 reggae-stars envoient les bonnes paroles. Et le jour où on a eu un peu de temps pour faire autre chose on s’est dit « Allez, on monte un groupe qui s’appelle Oaï Star » et on va faire un truc qui nous tient à coeur, c’est de refaire du rock’n’roll mais avec les codes qu’on a maintenant. On avait essayé de faire du rock’n’roll avant de rencontrer Massillia, on chantait en anglais on s’en sortait pas, ça intéressait degun. (“personne”)
Lux B : On rêvait tous d’aller à Londres, de chanter en anglais et de se dire « Putain c’est super », alors qu’à Marseille, on a déjà une culture…
En fait, votre culture de base est plutôt rock ?
Gari : On vient du rock à la base, comme Tatou de Massillia ! Nous on a découvert le reggae avec les Clash souvent, Marley, tout ça. Après quand on a découvert le reggae on a découvert le ragga et on a tout lâché. On a voulu devenir Mc et prendre le micro parce qu’il y a cette immédiateté de la version sur la platine. T’as pas besoin de répéter, tu fais ton lyrics et ça tue ! le ragga et on a tout lâché. On a voulu
Gari : On vient du rock à la base, comme Tatou de Massillia ! Nous on a découvert le reggae avec les Clash souvent, Marley, tout ça. Après, quand on a découvert le reggae, on a découvert le ragga et on a tout lâché. On a voulu devenir Mc et prendre le micro parce qu’il y a cette immédiateté de la version sur la platine. T’as besoin de répéter, tu fais ton lyrics et ça tue !

Quelque part, Oaï Star est un retour aux sources pour vous ?
Gari : C’est deux Mc’s qui viennent du sound system et qui s’emparent du rock’n’roll pour montrer que ce n’est pas une question de genre musical mais une question de fonction et de pourquoi et de comment tu fais les choses. Notre challenge est de faire, avec du rock’n’roll, un truc qui serait rassembleur, aussi puissant et qui aurait la même fonction qu’un sound system.
Quel est votre avis sur la période et l’esprit punky-reggae des années 80 ?
Gari : C’est super important. Oaï Star ça vient de là et ça par de là. Quand on a décidé de faire Oaï Star on a décidé de revenir sur le moment où les punks se sont mis à écouter du reggae, Bob Marley qui arrive, voit les crêtes et écrit Punky Reggae Party et, où à un moment donné, à mon avis, tu as deux scènes qui fusionnent, qui sont hyper différentes au niveau des styles et des aspects que tu vois au premier abord, mais qui sont complémentaires et qui débouchent sur des trucs artistiques et sociaux super intéressants.
Gari : C’est super important. Oaï Star ça vient de là et ça part de là. Quand on a décidé
C’est curieux ce rapport que vous entretenez par rapport à Londres étant donné que la fusion est déjà là à Marseille, et que les gens sont déjà mélangés ?
Gari : La fusion n’est pas quelque chose qui nous intéresse. On aime quand les choses gardent leurs caractéristiques. C’est vachement important. La fusion, Tatou l’explique vachement bien : si tu prends trois couleurs de pâte à modeler, le rouge, le vert et le jaune. Si tu les mélanges trop ça va devenir noir cradingue, alors que les trois couleurs auraient été plus jolies. On a toujours travaillé comme ça. La world music…
Lux B : Parle plutôt de patchwork.

La fête est-elle alors une préoccupation ?
Gari : La fête ? Nous, on parle du quotidien, on est la voix de la communauté et nos paroles sont des choses qui se passent tous les jours. On chronique le quotidien et on essaie de faire danser les gens.
Lux B : Tu vas quand même pas les faire pleurer les gens ! Quand tu es sur scène, que tu es là, et qu’un gars qui a payé 15 euros, pleure à la fin… T’as pas envie d’être romantique dans ton coin. Nous on a envie qu’ils aient la banane qu’ils aient transpiré et qu’ils soient cool !
Gari : Comme dans un sound-system. C’est ça qui est bien quand on fait des sounds et qu’il y a des dj’s et des mc’s, les gens ne sont pas là tout le long à les regarder. Il se passe des trucs, ça se connecte, ça réagit, ça prend le micro. C’est pas le théâtre.
Lux B : C’est pas le spectacle !
Gari : Le théâtre est autant dans le public que sur scène. Si le public est bidon le concert est bidon de toute façon. Tu veux que je te dise ? Avec le meilleur groupe du monde, si le public n’est pas en phase, n’a pas envie de rentrer dans le truc, ça ne le fait pas. Mais des fois il rentre dans le truc par fanatisme et tout ça.
Et si vous vous retrouvez devant un tel public, c’est quoi votre truc ? Qu’est ce que vous faites dans ce cas-là ?
Gari : On se remue, on essaie de trouver des trucs.
Lux B : On essaie de capter les gens, de leur parler comme si on parlait à chacun.

N’importe quel public ?
Lux B : Il y a des gamins qui viennent avec leurs parents. C’est ça qui est grand. Là on a gagné !
Gari : Massillia et Oaï Star, ça a ce truc, c’est que l’amplitude des âges est vachement grande. C’est même important pour nous dès l’écriture des morceaux. On fait en sorte que ça parle, peut-être à des degrés divers. C’est évident que quand on fait des morceaux « pogos », devant il n’y a que des youths et des gens qui mettent le feu. Mais on fait en sorte que quand même ça interpelle et ça parle à tout le monde. Que le morceau parle à ma maman, à ma femme, à nos petits enfants. C’est ça qui est cool. On s’est rendu compte d’un truc avec Massillia, on analyse nos trucs, avant il n’y avait que des bboys, des rude boys, et maintenant il y a des papas et des mamans. Massillia ça a 20 ans donc il y a des mecs qui ont des enfants qui viennent avec leur petit de 12 ans voir Massillia. T’imagines moi à 12 ans avec mes parents, jamais je n’allais voir de concerts ou des trucs comme ça. Qu’on arrive à générer ça…
Lux B : C’est ce qu’il y avait avant par rapport au Balletti. Quand Paris a dit faut pas de trucs qui dansent dans les petits pays, dans les régions, c’est ringard. Nous on a dit non, c’est quoi cette histoire ! De faire la farandole et de danser un peu c’est ringard ! Mais comment ? Allez amuse-toi !
Gari : C’est cette confusion sur le mot et le concept de folklore aussi, c’est super important. Nous on essaie d’être des chanteurs folkloriques.
Vous créez le folklore alors ?
Lux B : Tout à fait ! C’est ça, on crée le folklore !
Gari : Qu’est-ce que c’est les chansons qu’on a en commun à part « A la claire fontaine » ou je ne sais quoi. Tu vas en Italie dans n’importe quel bar de n’importe quelle région, les mecs reprennent des chansons traditionnelles et il y a un fond qui a été éradiqué en France. On ne nous a jamais appris à l’école qu’à Marseille au XIXème siècle on ne parlait pas français, et qu’en France il y avait plein de langues.
Gari : On essaie toujours d’écrire cette chanson qui rassemble, qui parle du quotidien, et sur scène on est là pour faire passer un bon moment aux gens. Après c’est presque de l’honnêteté intellectuelle. Nous on est là sur scène, on a notre fonction qui est de faire passer une bonne soirée aux gens.
N’est-ce pas en contradiction d’assimiler une notion de folklore à celle de grosses guitares?
Gari : Tu as un thème de chanson. Là on décide de faire Le destructeur d’horodateurs. Ça peut être ou ne pas être une ballade. On voit un truc avec un tempo échevelé avec des grosses guitares. T’es au service du thème et du texte quand tu fais un arrangement. Nous avec Oaï Star on décide de faire du rock’n’roll. Tu as vu qu’il y a des morceaux qui nécessitent un bpm plus important. On voit les choses comme ça mais après c’est subjectif. C’est nous qui pensons ça à ce moment -là. Peut-être que demain on aurait fait un dub avec Le destructeur d’horodateurs. Après on se laisse aller. Ce disque on l’a fait assez speed, un coup de poing ! D’habitude on prenait plus de temps pour éditer et produire le tout. Là on a mis les musiciens ensemble, on a enregistré tout le monde ensemble.
Lux B : L’urgence !
Gari : La musique on l’a captée presque live. On l’a un peu cleanée après dans le « Pro-tools » mais pas trop. On n’a pas fait un truc…

Il s’agit donc de votre troisième album ?
Gari : Le premier, on ne l’a fait que pour l’association, pour la Chourmo, et il n’est sorti que dans l’asso. Mais il est parti partout, on en a fait 2000. Les deux derniers sont sortis chez Wagram, voilà ça roule.
Est-ce qu’il vous arrive encore de jouer des morceaux du premier ?
Gari : De temps en temps quand on fait des concerts d’une heure et demie. On change souvent la playlist, déjà pour améliorer le truc. On s’adapte au moment. Par exemple pour un concert gratuit on ne chante pas Smoke marijuana every day, parce qu’il y a des minots ou des gens qui n’ont pas décidé d’écouter Oaï Star et qui pourraient être choqués.
Lux B : Quand ça va trop pogoter, tu calmes un peu.
Gari : Faut être conscient !
Comment ça se passe quand vous n’êtes plus en terrain conquis et que vous ne jouez plus à domicile ? Dans le nord de la France par exemple ?
Gari : On ne joue jamais à domicile.

Lux B : On joue une fois par an à Marseille ! On vient tchatcher, dans les sound-systems, dans les Ballettis.
Gari : Dans le nord c’est pareil.
Lux B : Au contraire, ils sont contents de nous voir.
Gari : Il n’y a pas de limites géographiques à la réception.
Lux B : Tu as vu les Magics Fans ? Ils étaient à fond. Tu sais pourquoi ? Parce qu’on les respecte.
Gari : C’est un groupe de supporters de Saint-Etienne hyper anti Marseillais.
Lux B : Ils sont à fond ! « Avec votre discours, vous m’avez changé la vie », il y en a un qui m’a dit.
Justement, on aborde l’aspect du foot. En ce moment c’est le consensus partout en France comment trouvez-vous cette période d’un point de vue politique ?
Gari : Je pense que les gens ne sont pas dupes, que les minots qui étaient dans la rue, je pense qu’il y en a plein qui vont prendre leur carte d’électeur et que ça va se sentir. Tant que les jeunes vont voter au lieu de ne rien faire. Nous on incite à rien. On refuse de parler officiellement de ces trucs-là, parce qu’on n’est pas là pour ça. Mais quand on discute avec des jeunes, si on en parle je leur dis ce que j’en pense. Mais on ne va pas signer des trucs en soutien…
Donc prendre sa carte d’électeur à votre sens c’est quelque chose de constructif ?
Lux B : Evidemment, tu es citoyen !
Gari : La marginalité à l’extrême, ça ne sert à rien. Il faut être dans le truc, établir des contre-pouvoirs, monter des assos. Sinon ça ne sert à rien de tout refuser, de vouloir tout niquer… Autant se tailler les veines.
Les Dupain nous ont expliqués, en interview, que, en soi, former un groupe est un acte politique.
Gari : Bien sûr ! Surtout dans notre optique de chroniques du quotidien. On parle de ce qu’il se passe dans la rue.
Justement, quelles sont les thématiques que vous préférez répercuter ?
Gari : Une chanson, c’est un truc qui te tombe dessus.
Lux B : Des fois ça part d’une connerie, ça peut être dans le bus… Tout nous inspire !






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