Marcel Bellucci, Quartet non conventionnel, s’approprie les techniques d’expression musicale pour développer un style hybride entre la culture du sound-system et celle des musiques improvisées. De fait, cet autre groupe de furieux lyonnais ne ressemble en rien à d’autres formations ! Car derrière ce blaze énigmatique apparait, entre jazz et jungle, dancehall et drumn’bass, l’un des projets musicaux parmi les plus exaltant du moment. Servie par une rythmique rigoureuse, tout aussi imaginative que communicative, émerge une véritable interface sonore et visuelle. C’est ainsi que cette jeune formation dévie et oriente l’esprit de la pratique du sound system, qu’il met à la disposition de l’inspiration de Marcel Bellucci, aka Yann Costes, batteur de très grand talent. De plus, notre quatuor de « jungle-soldiers « alterne dans les tempos, sans jamais forcer sur la linéarité et la profusion de beat d’un mix de dj. A l’inverse, ils savent installer dans leurs sets survoltés les ambiances requises pour mieux diffuser des émotions, instillées aussi grâce au charisme de leur « frontman », à l’aspect mystiques et au flow ravageur !

Rencontre avec Marcel Bellucci, aka Yann Costes, batteur de son état, Razamike, le Mc multi-instrumentiste du crew, et les Dj’s Didydee et SwitcH. « I.R.I.E…! »

Comment le groupe s’est-il agencé ?

Razamike : L’histoire de Marcel Bellucci est comparable à l’effervescence qu’il peut y avoir dans le jazz, d’un point de vue général. T’as un lieu, comme un café concert, où dans le cadre de soirées électro t’as principalement un dj. Ludo faisait partie d’un collectif qui avait une résidence là bas, dont faisait aussi partie Didydee qui jouait autant sur la scène hip-hop que drumn’bass, puisqu’il y a des correspondances. Moi, parallèlement je faisais déjà pas mal d’impros avec pas mal de gens. Et puis j’avais une vieille histoire avec cet endroit que l’on appelle le Bistroy.

Yann Costes : Moi j’ai rencontré Ludo alors que ça faisait pas mal de temps que je cherchais un dj pour faire de la batterie par-dessus. 

Mais qui est l’instigateur du projet ?

Razamike : On va dire que quelque part c’est Ludo, mais par rapport à ce lieu où l’on se retrouvait…. Un jour, Ludo est venu me dire : « J’ai rencontré un batteur c’est une tuerie. Je fais des cuts, il est dedans ! » Si tu veux, nous, en fait on venait jouer avec Ludo, et puis lorsqu’il a rencontré un batteur, on s’est retrouvé tous les quatres ensemble.

Yann Costes : Pendant 5 ans on ne jouait qu’à Lyon. On se retrouvait l’après-midi et quand on avait des concerts on s’appelait !

Razamike : On jouait tous les 6 mois ! Chaque fois qu’on jouait, jusqu’à il y a à peine un an, on ne savait jamais la prochaine date.

Yann Costes : A la base on jouait sur le mix de Ludo, on jouait sur des disques qui ne sont pas nos productions. On se voyait, on écoutait tout ça, et puis on jouait !

Vous improvisiez sur du mix ?

Razamike : C’est pour ça que je compare ça à du jazz !

L’aspect jazz est évident dans ton jeu de batterie ?

Razamike : C’est plus dans l’attitude que dans la musique en elle-même. Dans Marcel Bellucci, il y a eu cette phase dans le café concert, puis à un moment en 2001, où on nous a programmés à la fête de la musique. On n’avait jamais répété jusqu’à il y a à peine un an. On arrive sur la scène de la musique, on joue et les gens trouvent ça mortel. Ils nous demandent depuis quand on joue ensemble, et on dit « Je ne sais pas, ça fait un mois ! » Les gens pensaient qu’on jouait ensemble depuis 10 ans… Mais justement, comme on ne répétait pas, on s’écoutait et le fait est que, sur un mix drumn’bass il y a des structures, il y a déjà un morceau qui existe et qui est remixé. Ludo ne se contente pas de se faire plaisir sur le truc, il le joue vraiment. Dans le mix il y a beaucoup de cuts… Didydee était guitariste avant, et je jouais aussi dans des trucs de groupes plus rockn’roll. On a tous l’habitude d’être dans des trucs de profil de groupe, de s’écouter, et de jouer les uns avec les autres. C’est aussi en ça que je compare avec le jazz.

Vous possédez une grosse base technique ?

Yann Costes : A force de jouer, même seulement tous les 6 mois, on a fini par apprendre à se connaître et à se laisser la place. On a fini des concerts ou des fois on sortait et on ne trouvait pas ça terrible. D’autres fois où on étaient super contents, et le fait de laisser gentiment avancer les choses a permis qu’on se trouve. Le gros déclencheur a été les sélections pour le Printemps de Bourges, au mois de décembre 2005, où on a posé un dossier, et où on a été retenu pour ces pré-sélections, et où on a été retenu pour jouer là-bas. Dans la foulée on a trouvé un tourneur et on a fait des concerts où il y a eu tout de suite du monde. Mais quand même quand on est sorti de Lyon quand on est allé jouer à Châlon, à Dijon, on a eu du monde.

Razamike : On ne s’est pas retrouvé derrière une table ou derrière un bar pour former le groupe en se disant que ça allait être mortel. C’est plus la musique qui nous a réunis et on a décidé d’assumer ça. A la limite Bourges c’est ça ! On a une autre particularité dans Marcel Bellucci, c’est qu’on joue tous dans d’autres formations. On veut garder ça et ça fait partie de notre truc. Quand on joue ensemble c’est la récré même si maintenant on va plus structurer ce qu’on fait. Pareil dans le cadre d’assumer notre passé musical. Ca fait 4-5 ans que l’on joue ensemble, il y a d’autres formations hybrides qui nous servent d’expériences. Avec Ludo, on avait une autre formation qui s’appelait Futur Funky Break, qui était déjà un mélange entre machine-disque-voix et ce côté groupe électro, toujours en impro. On a utilisé les diverses expériences, quand on a dû faire un set de 30 minutes parce que c’était les données par rapport à Bourges. C’était excellent parce que ça correspond à une époque de maturité par rapport au groupe. On a pas mal improvisé, donc pas mal de choses qui sont arrivées, et qui ont commencé à revenir, comme au niveau des breaks, des voix et des plans de scratchs. Maintenant qu’on a trouvé pas mal de trucs en impro, ce serait bien de les mettre en place, de mettre des cadres, pour improviser, mais à un autre niveau. 

De franchir une étape ?

Razamike : Ca nous a permis, et presque obligé, de faire ça, parce qu’il y a une autre étape qu’il faut que l’on franchisse, et dont Bourges nous a permis de faire le premier cran, c’est aussi l’enregistrement, parce que l’on n’a pas de répertoire…

Vous avez pourtant deux supports enregistrés ? (interview réalisée le 29 septembre 2006)

Yann Costes : On a Bacalhao, et le premier, qui est un live.

Razamike : Le premier support est un live, enregistré d’une traite dans un local de répète. Moi, après je suis passé en studio et j’ai enregistré la voix sans m’arrêter.

Comment élaborez-vous le son de basse ?

Razamike : Elles sont sur les morceaux, en fait, les lignes de basse.

SwitcH : C’est moi qui les envoie sur VX. Ce sont des platines cd avec le même touché que des platines vinyles, sauf que tu peux faire des effets, et faire aussi des boucles.

Mais elles proviennent d’où ?

Yann Costes : Je les construis sur Cubase.

Ca y est, on est dans le troisième millénaire !

Yann Costes : Tu crées ta musique et peux la mixer toi-même. La « cdx » c’est devenu obligatoire, parce qu’au début, on jouait sur des vinyles ce n’était jamais des trucs à nous. Le fait d’arriver et d’avoir composé des trucs à nous, on s’est dit qu’il fallait les jouer sur scène et les intégrer à notre mix. Marcel Bellucci, c’est comme un gros sound-system. Il y a des morceaux à nous au milieu mais il y a plein de titres d’artistes différents que l’on remixe. A partir du moment où on voulait jouer sur nos titres et qu’on voulait que ce soit aussi maniable que du vinyle, il fallait que l’on passe par cette technologie.

Razamike : En gros on a inversé la tendance. Avant c’était 75% de mix de musique qui venait d’ailleurs à laquelle on incorporait 25% de notre truc. On est passé du vinyle au cd, ce qui nous permet de jouer nos morceaux, et on va de plus en plus intégrer les machines pour faire les morceaux en live. Mais là c’est la troisième mouture qu’on est en train de préparer parce qu’on va devoir plancher sur « Qu’est-ce que c’est Marcel Bellucci avec un album « . Mais ca ne va pas être ce qu’on joue sur scène, puisque sur scène, on n’est pas dans l’optique de jouer un répertoire. Par contre ce qu’on va faire, c’est des morceaux en version studio que l’on rejouera. En fait, on va remplacer le back qui était à l’origine, un mix de dj, par de la musique originale. C’est ce qui inversera la tendance de faire 75% de musique originale, mais tout en gardant le côté quand même intéressant de la musique électronique, qui est de faire écouter des morceaux qui viennent de sortir, ou de passer un vieux morceau.

Vous respectez des règles par rapport à la drumn’bass, comme la quantification rythmique, le nombre de mesures ?

Razamike : C’est ce qui nous permet de nous retrouver parce que l’on sait qu’il y a des blocs de 16 mesures. On ne se force pas !

SwitcH : C’est un truc dancefloor !

Yann Costes : C’est un truc qui est là pour faire la teuf ! On a envie que les gens de devant aient la banane. C’est dans ce but là : c’est vraiment une grosse fiesta.

Existe t-il, à votre connaissance, des groupes de drumn’bass acoustique similaires au votre ?

Razamike : Il y en a un, qui sert de pilier à la scène drumn’bass, c’est Cosmik Connection. Après il y en a pas mal qui commencent à se former. J’ai un pote sur Valence qui monte un truc avec un batteur. Ca commence à venir.

Yann Costes : On en voit de plus en plus de trucs instrumentaux. Ca demande d’avoir quand même un peu de niveau technique. 

Razamike : Ca demande aussi un peu de travail, et il y a peu de batteur comme Yann. Il faut avoir de l’énergie.

Il y a certaines parties chez le Peuple de l’herbe où le batteur s’adapte aussi très bien aux rythmiques drumn’bass.

Razamike : C’est vrai, je n’y avais pas pensé. Mais ce n’est pas tout à fait le même principe. Ce n’est pas à donf tout le temps.

Yann Costes : Cosmik sont plus jazz dans l’esprit. Le dernier album est super bon…

Razamike : C’est des jazzeux à la base, mais en même temps, c’est plus hardcore.

Yann Costes : Après t’as aussi Roni Size, Reprazent. On a tous regardé et on a tous fait « On peut le faire ! »

Il y a aussi certaines productions jazz, comme certaines de Eric Truffaz où au niveau du batteur…

Yann Costes : … c’est le même batteur, Pippon c’est le batteur de Cosmik ! Il a fait deux formations, et là c’est Truffaz, Pippon à la batterie, un contrebassiste et un gratteux. Philippe « Pippon » Garcia.

Razamike : Cosmic Connection, si tu ne connais pas du tout, tes oreilles vont tomber !

Faut dire qu’avec vous, elles ont déjà été bien mises à mal.

Switch : Le 2ème est bon… 

Yann Costes : Cosmik avec Galactik Orchestra !

Quel est votre regard par rapport à l’évolution de la scène de Lyon ?

Razamike : En ce moment il y a une bonne effervescence ! Depuis quelques années, surtout dans notre entourage, il y a beaucoup de collaborations entre les différents groupes, et du coup il y a une émulsion positive. On se tire plus dans les pattes !

A ton sens, il y avait des animosités ?

Razamike : Comme dans toutes les scènes ! 

Yann Costes : De par ce qu’ont fait Jarring et High Tone, le mouvement électro à Lyon a quand même fait dire aux gens qu’ils pouvaient aussi faire ce que faisaient leurs potes.

Razamike : Lyon est une ville idéale ! C’est assez structuré, t’as un peu le beurre et l’argent du beurre. T’as des structures, des salles, grosses et petites pour jouer, sur du gros son à proximité du public, et tu as des structures, même si dans la musique électronique on a appris à faire sans label, de manière indépendante. Et en même temps, ce n’est pas une ville avec une grosse pression. Tu as le temps de travailler, de faire des échanges ! A Paris, il y a vraiment la pression, même si je ne sais pas d’où ça vient puisque je n’y ai pas trop passé de temps. T’as une pression qui fait que les gens sont peut-être plus pro qu’à Lyon, mais ne se donnent pas vraiment le temps aussi de vraiment prendre du plaisir entre eux, de construire des trucs… Il y a un bon équilibre à Lyon entre l’aspect sérieux et l’aspect « on a quand même du temps ». Il y a aussi les loyers, pour le local. Il y a  plein d’éléments qui font ça a mon avis. J’imagine que quand t’as un loyer qui coûte super cher, t’as ce stress et t’as envie que rapidement ton truc fonctionne alors qu’à Lyon, t’as plus le temps. En même temps, comme il y a pas mal de groupe, t’avances puisqu’il y a une stimulation. Et puis il y a du mélange entre les différentes scènes. La drumn’bass, justement est vraiment une musique de fusion qui permet de mélanger.

On a l’impression qu’il y a eu une grosse effervescence au niveau du dub et des infrabassses, mais que depuis quelques temps il y a pas mal de productions électro hip hop super dark ?

Yann Costes : Comme Grosso Gadgetto ? Didydee joue dedans.

On constate qu’il y a eu une musique avec un côté ethnique jusqu’à il ya 3-4 ans alors que depuis quelques temps… 

Yann Costes : … ça se renouvelle !

Avez-vous eu des contacts ou l’opportunité pour aller jouer en Angleterre ?

Yann Costes : Avec Myspace oui, mais on n’a pas fait plus d’envois que ça.

Razamike : C’est un peu chaud ! Parallèlement, je fais partie d’un collectif sur Besançon où ils ont eu l’occasion d’y aller dans le cadre d’un jumelage entre deux villes. Après, on en a parlé mais avant que ça se mette en place, c’est un peu délicat.

La vérité, c’est que vous êtes des Bristoliens !

Yann Costes : En plus, chaque fois qu’on a joué avec Technical Inch, le mec nous a dit : « Venez, ça va cartonner ! » Après, si l’on part, ce n’est pas pour une date ! L’intérêt serait de partir pour se faire une semaine de concerts, dans des conditions qui soient autres que… J’ai des potes qui font du hardcore, qui sont partis là-bas et qui dormaient dans les camions. Je sais que les plans camions je les ai fait avec des groupes de hardcore, si je pars avec Marcel B., je veux bien avoir juste un petit hôtel.

D’où vient votre blaze ? Il y a un sacré décalage

Yann Costes : En fait je suis le cousin germain de Monica Bellucci ! Marcel B, c’est moi !

Razamike : A l’époque, au Bistroy, comme on faisait tous partie d’autres trucs, on avait déliré sur nos noms, mais Yann n’avait pas de surnoms. Et là quelqu’un est arrivé en balançant « Marcel Bellucci » à Yann ! Justement comme ça a une connotation un peu groupe de jazz, on est resté un peu dans le décalage entre ce côté groupe de jazz avec une écriture hard rock complètement dépassés, et le chien.

Yann Costes : Un patchwork de plein de trucs un peu barrés. Il ne faut pas se prendre au sérieux !

Razamike : Et puis un côté assez ludique. 

Lubrique ?

Yann Costes : Non, non ! On est plutôt gentil pour l’instant !

Quelles sont tes influences par rapport au chant ? 

Yann Costes : Guy Béard ! 

Razamike : En tant que Mc, je suis un peu l’électron libre dans la plupart des trucs. Des fois même si ce n’est pas vraiment ma personnalité mais qu’il y a vraiment une grosse ambiance, je vais faire l’animateur je ne vais pas aller chercher les gens mais je vais faire le style anglais de base. Sinon je suis vachement influencé par le ragga, pour l’aspect festif et improvisé. Le côté anglophone et aussi musical du truc. Je ne suis pas trop branché sur les textes, c’est plus comme, par exemple, si j’étais un sax.

Tu as en tout cas une grosse influence par rapport aux productions anglophones : j’ai aussi retrouvé du Badmarsh & Shri dans tes lyrics.

Razamike : Oui, il y a un moment où je vais amener un décalage avec un aspect plus ethno. Ca va vraiment dépendre du morceau et du truc. On est dans la fusion. Il y a un moment où je vais faire du hip-hop, un autre moment où je vais faire du parlé, d’autres du ragga… Je travaille dans l’idée, où, en fonction du morceau, je vais en faire un remix, poser comme un a capella. C’est en fait, la voix que j’entends dans le disque : ça va vraiment dépendre du morceau. Je n’ai pas vraiment mon style que je pose sur le truc. J’essaie de moduler et de faire la voix que j’ai envie d’entendre sur tel morceau, et quelle voix j’entends sur le morceau même, puisque il y a des harmonies ou des choses comme ça, une rythmique qui me donne, une voix qui ressort de ça.

En fait, tu crées la synthèse de tout ce que tu kiffes, ce qui compose ton propre style ?

Razamike : Si tu veux, je suis venu au chant comme un musicien. Je n’ai pas de styles particuliers que je viens imposer mais plutôt ce que j’aimerais entendre comme voix, et au lieu de le faire au clavier ou à la guitare, je le sors avec la voix.

interview réalisée le 29 septembre 2006 à la Cooperative de Mai, Clermont-FerrandPhotos Jean Cerezal Callizo.

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