Electro, dub ou hip hop : c’est dans l’allégresse que le Peuple de l’herbe mixe cultures alternatives et musiques urbaines ! Que ce soit avec PuppetMastaz, avec une authentique section rythmique, avec JC001 ou avec Sir Jean, ce groupe atypique se régénère à chaque nouvel album. Il évolue dans un format qu’il a lui-même inventé, et défend sur scène une certaine idée des musiques indépendantes. C‘est ainsi que ce groupe aux facettes multiples, qui fait figure de pilier de la turbulente scène lyonnaise depuis 1997, compte désormais parmi les formations alternatives françaises reconnues à l’étranger.

Voici relatée une rencontre décontractée, entre deux concerts du Radio Blood Money Tour, avec deux membres volubiles de ce groupe : dj Pee et Spagg. « There is no escape ! »
Déjà on va se présenter : Dj Pee,
…et Spagg aux basses et aux machines. J’ai remplacé Stani après Cube. Je l’ai un peu remplacé au pied levé. Il a décidé d’arrêter assez promptement. Je fais exactement ce qu’il faisait.

Tu étais dans l’entourage du groupe à ce moment-là ?
Spagg : Oui, j’étais sur le plateau, j’étais sur scène
Dj Pee : Et tu faisais des arrangements de guitare aussi !
Spagg : C’est vrai, sur un morceau, sur Darkside.
La guitare et la basse seraient-ils tes instruments de prédilection ?
Spagg : Non, ce sont les machines. J’en fais depuis pas mal de temps dans divers groupes. Je jouais un peu de basse par loisir personnel. Le groupe m’a demandé de la ramener au local.
Dj Pee : … Ah ça pour la ramener, tu l’as ramenée ! -rires-
Spagg : J’ai aussi joué dans Treponem pal, dans Spore.
Treponem Pal ! C’était quelle période ?
Spagg : Juste après Excess & Overdrive. J’ai tourné exactement de 93 à 95 avec eux.
Aurais-tu influencé ce groupe du point de vue du dub ?
Non, pas tant que ça. Ce n’était pas d’actualité. C’est après qu’ils ont commencé à s’intéresser à ça.
Et Spore, c’était à quelle période ?
Spagg : J’ai fait un peu de No One is Innocent avant, et quand le groupe a splitté… Je faisais le sampleur aussi. En fait je suis arrivé dans No One en même temps que Dantec, pour Utopia. On a fait 6 titres qui figuraient sur Utopia. Mais il semblerait que Dantec ait mal tourné ces derniers temps.
Dj Pee : Quand il est parti à défendre les identitaires de tous poils…

Mais ça n’enlève rien à ses qualités narratives. C’est quand même un génie de l’écriture.
Spagg : Je suis d’accord avec toi.
Dj Pee : C’est comme Louis Ferdinand Céline. Il a un style monstrueux mais pour son antisémitisme… Il faut se demander s’il faut cautionner l’art à n’importe quel prix. Pour Dantec je mets un bémol…
Spagg : Pourtant à l’époque, c’était vraiment intéressant. J’aimais passer du temps avec lui.
Tu l’as cotoyé ?
Spagg : Forcément puisqu’il a participé à tout un tas de titres sur Utopia.
Ils lisaient notamment des extraits de Babylon Babies.
Spagg : Oui, et puis il y a fait d’autres textes tout spécialement qui étaient en backing, derrière, où il parlait et que l’on avait donc samplés pour rejouer sur scène. On faisait des morceaux ensemble : on a passé 15 jours pour écrire les titres et puis 1 semaine pour les enregistrer. Je suis donc arrivé en 96, et ça a dû splitter vers 98.
Te souviens-tu du concert de Thiers au Balthazar, qui aurait pu être le dernier ? Le bassiste n’est d’ailleurs jamais venu.
Spagg : Oui, et c’est même le mec du plateau qui jouait la basse. Ensuite No One a splitté mais on a fait Spore avec le guitariste et le batteur parce que l’on voulait continuer. Après j’ai eu un accident à la main donc je n’ai plus pu jouer pendant pas mal de temps. Eux ont continué pendant quelques concerts puis le groupe s’est arrêté. Je viens donc du rock et de trucs un peu plus durs.
Donc ton apport dans le groupe concerne les parties de machines.
Spagg : A la base oui.
Ce qui me renvoie à ce constat que les deux derniers albums du Peuple de l’Herbe sonnent plus « acoustique« , avec la batterie plus en avant avec moins de beats électro.
Dj Pee : Il y a une volonté du groupe qui s’est affirmée sur le dernier album, avec l’arrivée de Spagg et donc la possibilité d’être pratiquement complètement « organique « sur certains morceaux. Il y avait cet écueil avec Stani qui lui n’avait pas envie de jouer, et de pousser plus loin le jeu, même si il avait aussi fait de la guitare plus jeune. Mais il n’avait pas envie de se remettre à un instrument, et il n’avait pas envie d’explorer cette piste là, qui était assez importante pour nous. C’est clair que l’on avait cette envie depuis le début, puisque depuis le début il y a eu le projet dj + machine, et très vite il y a eu des instruments. L’organique était une envie, donc là avec toute la parenthèse que Spagg a effectuée, cela te situe mieux l’apport qu’il amène. Nous on avait aussi envie de faire un album un peu plus « sérieux « . C’est vrai que sa personnalité musicale nous correspondait. L’album n’est pas devenu industriel post-métal ! On ne peut pas non plus limiter la culture musicale de Spagg à ça. Il écoute d’autres choses, il suit aussi le hip hop depuis des années, il sait ce que l’on fait.
Spagg : Et puis il y a aussi beaucoup de titres où absolument rien n’est joué et où il n’y a que des machines.

Radio Blood Money semble pourtant moins séquencé, moins programmé !
Spagg & Dj Pee : Pourtant il y en a !
Peut-être Dope beats et Vive la revolucion ?
Dj Pee : Oui, là ce sont des machines !
Est-ce un parti pris d’avoir mis moins de samples dans vos compositions ?
Spagg : Il y en a toujours autant.
Dj Pee : Il n’y en a pas moins, c’est le travail de Cris notre ingénieur du son, qui a lui aussi passé un stade. Nous aussi parce qu’un groupe doit progresser. Lui a réussi la jonction entre les sons machines et organiques, et quand je réécoute je suis parfois surpris.
Spagg : Il y a aussi quelques invités qui ont participé à l’album, comme un percussionniste ou une chanteuse. Il y a aussi une personne en plus dans la section cuivre. Donc plus de gens.
Quand cette section cuivre vous accompagne t-elle sur scène ?
Spagg : C’est assez rare : c’est assez dur à mettre en place.
Elle était présente lors du concert que vous avez fait avec Puppetmastaz à Lyon, au Transbordeur ?
Dj Pee : On en a pas fait qu’un, on a fait une tournée entière ensemble. En France et en Allemagne.
Pour le concert avec Roots Manuva, le public n’était pas chaud, il était à l’envers !
Dj Pee : Mais Lyon c’est chez nous. On y joue à domicile comme on dit au foot. On a une relation avec notre ville qui est très très forte. Autant pour nous et la pression que l’on se met que pour le public, avec tout l’amour qu’il nous donne. Et ça se sent dans ces concerts qui sont magiques. On a fait deux concerts avec Roots Manuva, où on avait rempli le Transbo. Les deux étaient différents, mais aussi magiques l’un que l’autre. Les Puppet on les a rencontrés lorsque l’on a joué à Berlin et, on peut te le dire maintenant : on ne peut pas leur faire confiance ! Ce sont des marionnettes. Je crois qu’ils ont un côté revanchard sur les humains, car il faut bien le dire, ce sont des humains qui les ont faits. Ce sont des marionnettes et ce sont de vrais bad-boys !

Comment expliquez-vous qu’il y ait une telle activité musicale et artistique à Lyon ?
Dj Pee : C’est irrationnel !
Spagg : C’est dur à expliquer. Nous ce que l’on voit, ce sont des gens qui ne comptent pas leur énergie. Des gens comme ceux de Jarring, ils créent une dynamique. Un label comme ça qui non seulement fait des disques mais fait aussi des festivals. On a fait le Riddim Collision pour leur donner un petit coup de chapeau. C’est un festival qu’ils font tous les ans à Lyon.
Dj Pee : C’est aussi le nom d’un album de Ruts Dc avec Mad Professor, que je vous conseille. Ruts Dc est un gars de The Ruts, un groupe reggae punk. Après la mort de leur chanteur, ils ont fait un album qui est un des premiers cross-over entre le rock, le reggae et le dub puisque c’est remixé par Mad Professor. D’où le nom du festival et un double clin d’œil puisque cet album est aussi pour nous un classique. Jarring est donc super important. Mais ce que les gens ont tendance à oublier, c’est qu’il y a quand même une culture musicale à Lyon, même si elle n’a pas toujours été émergente, comme Starshooter ou Parkinson Square plus tard. Il y a toujours eu des groupes dans toutes les scènes.
Spagg : Une scène hardcore aussi avec Condense,
Dj Pee : Il y a toujours eu des assos et des fanzines, des magasins et une énergie. Bien entendu, par rapport à sa taille, la ville était petite, mais il y a toujours eu des gens présents. Cette série de groupes comme High Tone, Meï Teï Shô, et nous, sommes arrivés à peu près à la même période avec la même envie, il y avait déjà derrière des structures avec des gens qui avaient déjà expérimenté la musique, expérimenté tout un système alternatif, et une sorte de terreau… Pourquoi les graines sont-elles tombées à cet endroit et à ce moment-là ? On est incapables de répondre à ça. Nous quand on a commencé, on répétait dans le même local que les Crazy, puisque le local qui est devenu le premier studio de Jarring Effects, on l’a construit avec mon frère qui est notre ingé-son, pour y jouer.
Spagg : Rue des fantasques !
Dj Pee : La première compile, c’est la photo des marches, sur laquelle il y a des morceaux qu’on a faits avec Yvon, Psychostic. Je répétais dans ce local je travaillais mes sets de dj’s, à l’époque je squattais, je zonais, je ne pouvais pas poser mes platines… Je n’avais pas vraiment de chez moi donc j’avais ce studio pour travailler.
Tu es vraiment une figure historique…
Dj Pee : Mais Spagg aussi. Nous sommes tous des figures historiques. On vient d’une autre génération qui a toujours suivi les concerts, et les scènes de Lyon.
Spagg : On est toujours restés attachés à notre ville. Pour nous c’est important.

Et puis à Lyon il y a peut-être cette tradition, qui fait que comme les canuts à leur époque, vous avez peut-être un tempérament protestataire, qui a pu favoriser l’émergence de réseau alternatif ?
Dj Pee : C’est clair ! Il y des traces, si tu veux, dans les librairies que l’on fréquente et qui reprennent des auteurs et des éditeurs alternatifs. Quand tu discutes avec ces libraires, ils te racontent les squats des années 70, les mouvements protestataires qu’il y avait déjà sur les pentes ou sur la Croix-Rousse. Lyon est une ville bourgeoise, avec en son centre des quartiers populaires. La ville et La Croix-Rousse, notre quartier, évoluent. Mais nous sommes là et on essaie de défendre des idées que d’autres ont eues. On peut les mettre en perspective des canuts. Il y a toujours eu une révolte contre le pouvoir… Mais pour nous, ce n’est que de la musique !
Spagg : Et comme d’autres villes de province, il y a peut-être une réaction face au parisianisme, puisque tout se passe là-bas. Quand on a débuté, on ne pouvait rien faire sans aller à Paris. Il fallait aller là-bas pour rencontrer les labels…
Dj Pee : Et le fait même de vouloir défendre une scène en restant sur place, les gens pensaient que c’était impossible.
Spagg : Il n’y avait pas moyen de réussir en restant dans sa province.
Pourtant, en lisant les articles qui vous concernent dans la presse mainstream, on constate que la tendance s’est inversée… On a même l’impression que Lyon est devenu le modèle de la scène electro-indée française, avec la dynamique de tous ces groupes qu’il y a derrière High Tone, pour le növö-dub.
Spagg : Les gens ont une vision déformée. Il y a aussi Ez3kiel qui est un groupe qui a beaucoup fait et qui est un groupe de Tours. Mais comme ils sont signés sur Jarring, beaucoup de gens pensent qu’ils viennent de Lyon.
Dj Pee : En même temps ce n’est pas tellement faussé puisqu’il s’agit de Jarring. Ils ont été super importants dans leur volonté d’établir un label alternatif et d’être alternatif dans leur choix de vie ! Nous, nous avons donc fait les choses de nous-mêmes à côté d’eux, puisque l’on voulait avoir un autre label, en les respectant et en respectant leur démarche. On avait pas spécialement envie de le faire avec eux, pour des raisons personnelles et puis parce que l’on avait envie aussi d’avoir notre propre label, Mais ça n’a rien empêché, et au contraire, c’est même devenue une émulation. Après, dire pourquoi à ce moment là, à Lyon, je suis incapable de répondre à ça…
Spagg : Jarring a le mérite de penser vraiment local. Si un groupe de Lyon marche bien, ils leur proposeront un contrat, comme Asian Z, qui n’a pas vraiment grand-chose à voir avec le reste.
Vous êtes donc devenus autonomes, pour la production, de l’enregistrement de votre label ?
Dj Pee : Pour le label, c’est un peu compliqué. On est passé du label, en distribution, à un contrat d’artiste, toujours chez Pias. On a signé un contrat d’artiste pour avoir justement les moyens de financer un studio. On s’est inspirés de ce qu’avaient fait les Beastie Boys, en négociant l’argent de la production de chaque album pour s’en servir pour acheter du matériel. C’est le 4ème album, et on a maintenant un studio qui est super efficace et on peut faire partager ça à d’autres. Donc oui, maintenant nous sommes indépendants.
Spagg : On a la chance d’avoir un ingénieur du son qui nous fait les disques et les concerts, qui est le frère de dj Pee. Ce serait plus compliqué si on n’avait pas cette personne-là pour s’occuper de tout ça.

Il est un peu l’homme de l’ombre. Donc chez vous c’est un peu comme dans le livret de Check your Head des Beastie Boys ?
Dj Pee : Oui. Et partout chacun fait plus ce qu’il a à faire, si c’est pour résumer cette scène. Personne ne se contente du boulot pour lequel il est payé. On ne compte pas nos heures, on fait plein de trucs. Quand on a commencé, c’était avec mon frère, on faisait les pochettes nous-mêmes et on faisait tout du début à la fin. On enregistrait, on masterisait, on faisait tout ! Après on a étoffé l’équipe : c’est aussi un esprit de famille. Spagg était dans notre entourage, il avait joué avec Psychostic, il bossait avec nous, puis il a fait des arrangements de guitares. Quand il a eut un changement, il était là et il voulait servir. On le connaît bien et ça peut mener le groupe aussi dans une autre direction. C’est aussi simple que ça !
Et au-delà de cet engagement dans la musique, est-ce que vous revendiquez un engagement politique particulier ?
Dj Pee : On essaie avec cet album, d’être un peu plus engagés, sans être démago. C’est toujours le problème, la démagogie c’est ce qu’il y a de pire. C’est très facile de faire gueuler les gens et de leur dire « Nique ceci », Ou eux c’est des pourris et eux ce sont des « vilains ». La vie n’est pas noire ou blanche.
Concevez-vous la musique comme un distraction ou souhaitez-vous l’associer à un mode de réflexion ?
Dj Pee : Comme ce que disait Jean tout à l’heure : Edutainment ! On a cette culture qui est assez proche : KRS One, The Clash… il y a des choix qui passent avant d’autres. Quand on a sorti le mini live on l’a appelé Soldat parce qu’on avait signé chez Pias et qu’on était considérés comme des vendus au lieu de continuer notre label. Sauf que nous l’avons continué à côté, et que ça nous a permis de construire notre studio à côté. Et maintenant nous avons encore notre label et un studio qui nous appartient. On a décidé de toucher moins de fric. On était sur un label qui était un label indépendant. C’est qui le vendu ? Elle est où la réflexion ? Si tu t’arrêtes sur « Le Peuple a signé sur un label »-hop, début de la phrase : « Le Peuple a signé sur un label ». Chaque chose tu peux la prendre et essayer de comprendre ce qu’il y a derrière, et pas s’arrêter aux mots. Il faut amener une réflexion à un moment. C’est ce que tu fais avec ton fanzine, et nous, c’est ce qu’on essaye de faire à travers la musique, en toute simplicité. On n’est pas des prophètes, on est des musiciens. On a des engagements personnels. On essaie de les faire passer mais avec subtilité.
Spagg : On ne peut pas forcer les gens non plus ! On pense que tous les gens qui pensent comme nous, s’ils connaissent notre album et qu’ils vont voir le site, ils vont très bien voir de quoi on parle. Maintenant, quelqu’un qui ne voit pas ça comme ça peut très bien se contenter d’écouter la musique.

On vous a souvent vus en première partie d’Asian Dub Foundation. Comment avez-vous tissé des liens avec ce groupe anglais ?
Dj Pee : Ca s’est fait par hasard pour Asian Dub. Pour JC ça s’est fait par contact. Mais les deux de la même façon, a travers notre tourneur qui est basé à Lille et qui s’occupait de d’Asian Dub Foundation. Il y avait un groupe français qui devait faire la première partie de toute une tournée. Un groupe de libanais qui mélangeait du rap en arabe, en français, et en anglais. Et 15 jours avant la tournée, alors qu’ils avaient leur album de prêt, et alors que c’était un projet qui était vraiment très bien, ils ont pété les plombs. Le mec est reparti au Liban, et il ne voulait pas sortir le disque qu’il ne trouvait pas assez bien. Donc notre tourneur nous a proposé de les remplacer et ça a été une occasion pour nous de “grandir”, de passer de salles entre 300 et 500 personnes à des salles entre 1000 et 5000 parce que l’on s’est retrouvés aussi à faire des Zéniths. Ca a donc été une super bonne « promotion », une manière de progresser dans le monde de la musique, en jouant dans des conditions beaucoup plus difficiles. On ouvrait pour un groupe qui était connu. Ca s’est fait complètement par hasard. JC on l’a aussi rencontré avec notre tourneur : il faisait des featurings avec Badmarsh&Shri, qui tournait avec Natacha Atlas. On cherchait un mc et quand ils sont passés à Lyon on est allés les voir et on a rencontré JC backstage. Ca c’est super bien passé puisqu’il est avec nous depuis. Ca a été des rencontres et des opportunités.
JC est d’origine anglaise ?
Dj Pee : Oui, il est londonien. Et le lien avec Asian dub est qu’ils ont fréquenté le même lieu. A l’origine Asian Dub est le projet d’un centre social à Londres. Un projet musical dans un quartier défavorisé dans lequel JC a travaillé aussi au tout début. C’était le noyau d’Asian Dub.
Quel liens entretenez-vous avec l’Angleterre ? Y avez-vous déjà joué ?
Dj Pee : On devait jouer une fois, dans un endroit où il n’y avait la place que pour un dj, on a dû annuler. Et on a joué une fois à Londres au Jazz café.
Spagg : On y a joué avec le Lyon Calling Tour.
Comment votre musique est-elle perçue là-bas ? Le public vous connait-il ?
Dj Pee : Non, parce que pour eux nous sommes « franco-français », alors que nous avons joué dans tout le reste de l’Europe. L’Angleterre est un peu spécifique. C’est très compliqué. Il y a un gros circuit de musique hype, dans les clubs. Nous ne sommes pas du tout là-dedans. Il y a énormément de groupes en Angleterre et il est assez difficile de se faire une place. Les conditions sont très difficiles pour jouer en Angleterre. Quand tu commences c’est très très dur. Quand on y a joué avec le Lyon Calling, on a amené tout le matos, parce qu’on savait comment c’était et que l’on voulait faire un coup à Londres. Quand on a joué au Jazzcafé qui est pourtant une référence, c’était un cauchemar le matos. Ca ne marchait pas. En Angleterre , quand tu n’est pas une star, tu n’es pas considéré.
On se croirait dans un film de Ken Loach !
Dj Pee : C’est exactement ça. Il y a deux poids deux mesures ! Quand on avait joué à Londres, on jouait avec des dj’s, des mecs de Next Men qui venaient de remixer Public Enemy, c’était leur deuxième album. Ils deejayaient, bien entendu ils n’étaient pas payés, ils payaient leur consommations et ils avaient amené leurs sandwichs !
Spagg : Cette misère.
Dj Pee : Pour moi c’était une super définition de comment cela s’y passe. Dans ces conditions, tu comprends pourquoi les groupes anglais viennent tourner en France, parce qu’il y a des super salles avec du super bon matos et des super bons techniciens. Et qu’ils sont super bien traités, puisque là-bas c’est “ ferme ta gueule et c’est comme ça !” D’où une certaine dérive de certains qui en Europe ne se comportent pas toujours très bien. Des gens qu’on aime bien sont parfois un peu irrespectueux, parce que c’est un peu trop facile pour eux ici. Chez eux le monde musical est tellement difficile !

La France semble plus pragmatique du point de vue des structures qui sont organisées alors que l’Angleterre apparaît comme le berceau de la créativité.
Dj Pee : Les anglais on eu Thatcher et 20 ans de libéralisme forcenés. Ils sont beaucoup plus en avance… Je suis allé à l’hôpital à Londres et c’est une expérience que je te déconseille… Le fait d’avoir revendiqué une exception culturelle, de l’avoir financée et d’avoir choisi de financer le régime d’intermittence par les salariés à travers l’UNEDIC. Même si ce n’est pas très juste parce que toutes les professions libérales ne cotisent pas, ça a permis de faire cotiser à l’ensemble des salariés pour la culture. Le budget que cela a pu dégager est énorme. On se rend bien compte de l’importance de ce statut. Ca a été diffusé et déformé par les médias de masse mais pour tout ce qui est théâtre et musique, c’est énorme !
Spagg : Il y a aussi des aides aux salles de musique, qui ne seraient pas gérables sans aides de l’Etat. Du coup on a des structures qui marchent super bien, avec des gens qui savent les faire fonctionner, donc les groupes jouent mieux, et tout est tiré vers le haut.
Quelle relation avez-vous avec Virginie Despentes, pour qui vous avez réalisé 2 titres pour la BO de son film Baise-moi ?
Spagg : C’est une copine, à la base elle a habité à Lyon.
Avez-vous l’impression d’appartenir à un mouvement populaire ou un courant d’avant-garde ?
Dj Pee : Les deux ne sont pas incompatibles !
Spagg : C’est dur de juger soi-même.
Dj Pee : Populaire, ce n’est pas péjoratif, sans aller dans le putassier, chercher à être populaire, sans être élitiste, ne signifie pas forcément faire une musique « facile ».
Spagg : On est populaires parmi les petits, il y a quand même un fossé avant de dire qu’on est des artistes populaires, avant de passer à la télé et de vendre des millions de disques.
Dj Pee : On est populaires dans un microcosme. Dans un monde où les gens s’informent…
Spagg : Dans un monde où les gens sortent, vont aux concerts et qui s’intéressent à ce milieu-là. Mais je pense que dans une famille normale personne ne connait «Le peuple de l’herbe».

Quel est le secret du sample idéal, tel que vous nous avez habitués ?
Spagg : Ca arrive toujours par hasard de tomber dessus ! Il n’y a pas de recette au-dessus des autres. C’est toujours le fruit du hasard. Ca peut aussi être un coup de chance, une erreur, de trouver un truc incroyable
Quelle est votre part d’improvisation en concert ?
Dj Pee : Il n’y a pas d’impros comme dans le jazz.
Spagg : Il y en a peu, mais tous les concerts sont différents. On joue donc ça ne peut jamais être pareil. On ne sera jamais tous à 100%. Il n’y a pas de concerts parfaits, mais il y a des soirs où le public et tout le monde va se sentir bien. Et là, comme par hasard, ça va donner un concert mémorable.
D’ailleurs, quels sont les temps forts de votre carrière, de votre histoire ?
Dj Pee : Il y en a pas mal. On a la chance de faire ce que l’on aime et de faire encore des bons concerts. Si on en faisait pas on aurait arrêté de toute façon. Il y a une grande notion de plaisir dans ce que l’on fait. Comme disait Spagg, on est portés par le public. On a la chance d’avoir des gens qui nous suivent et qui je pense comprennent ce que l’on fait, et au moins comprennent notre démarche. Il y a quelque chose qui les attire et tant pis si c’est juste le nom Peuple de l’herbe. La plupart du temps les gens cherchent un peu plus loin que ça et voient qu’il y a 2 ou 3 idées derrière. Il y a plein d’endroit, comme Lyon, où beaucoup de copains viennent.
Spagg : Dans l’ensemble ça va bien. Tant que les gens suivent, mais on ne se pose pas de questions.
Et à Clermont, comment ça se passe ?
Dj Pee : C’est difficile mais quand ça se passe bien, c’est super bien ! Ca n’a pas toujours été évident. On a aussi joué une fois à saint Amant Roche-Savine, en 2001.
En 2001, avec Brain Damage !
Dj Pee : Oui, Saint Amant c’est des potes !
La base de Jarring en quelque sorte ! Mais quelles particularités retrouvez-vous dans le public auvergnat ?
Dj Pee : Même si on parle beaucoup de notre ville on n’aime pas bien les régionalismes. C’est-à-dire que nous sommes les premiers à ne pas trop la ramener sur Lyon parce qu’on ne se sent pas meilleur que les autres. A Clermont, c’est évident qu’il y a des radios, il y a Dr Vince… On a plein de copains qui sont venus s’installer à Lyon pour leurs études. A l’inverse j’ai aussi des copains qui sont aussi venus s’installer à Clermont avec leurs enfants et pour leurs opportunités de boulot.
Clermont est donc une maison de retraite. Il y a un exode de la créativité. Tout ceux qui font des groupes s’en vont et il ne reste plus que nous !
Dj Pee : Mais non, ça marche dans les deux sens !

Photos : Jean Cerezal Callizo





Laisser un commentaire