Voilà une quinzaine d’annéesque la musique de Khoe–Wa épouse les contours du dub français. Ayant enchainés plusieurs expériences protéiformes, ce duo, issu de la Loire et de sa foisonnante scène stéphanoise, a su évoluer et se régénérer au fil du temps. Actuellement dévoué à propager un dub savamment relevé d’épices musicales indiennes, Khoe Wa s’insère dans le mouvement actuel avec sa solide base stepper. Comme sur son album Dub’n diy, son sitar et ses beats électros évoquent les plus belles heures de l’ethno dub et de l’asian beat. Khoe Wa nous précipite ainsi dans la luxuriance musicale du début du millénaire où la pluralité des influences de toutes les musiques du monde déversait sur l’underground des créations ouvertes et métissées.
Voici retranscrites une magnifique rencontre avec Olivier (batterie-machine) et Cédric (sitar et programmation) le taulier, qui nous enchantent autant en live, sur disque qu’avec leur sono, le Yes Hi-Fi Sound System.
Pouvez-vous en préambule vous présenter et nous relater votre parcours ?
Cédric : L’historique est assez long ,finalement, puisqu’on a attaqué en 2004.
Olivier : Et oui, 2004 déjà.
Cédric : En 2004 on était 3.
Olivier : La formation de base à l’époque c’était guitare-sitar déjà.
Cédric : C’était le principe en fait : faire du dub avec le sitar.
Olivier : Moi je jouais de la batterie acoustique, j’avais un petit sampler, et il y avait Loïs avec nous qui jouait de la basse.
Cédric : On a attaqué comme ça ! Très acoustique et avec ce principe qu’on a essayé de garder tout le long de beaucoup improviser.
Olivier : Ca a toujours été notre méthode.
Cédric : Et donc avec tous ces instruments, sitar, batterie acoustiques et basse. Et lui il avait quelques pads avec des samples, nos voix, c’était à la batterie qu’il envoyait.

Cet aspect improvisation, c’était en live ou aussi sur vos enregistrements ?
Olivier : Ça marchait aussi.
Cédric : Si parce que l’album c’est un moment M, telle version était faite et c’est celle-ci qu’on met en boite.
Olivier : En fait, on s’est monté en 2003, et notre première date on l’a fait moins d’un an après.
Cédric : On a eu de la chance pour notre premier concert est bien tombé en fait il y avait 500 personnes.
Olivier : C’était un grand n’importe quoi, c’était un pari qu’on s’était fait. Tous les potes ont répondu présents, plus d’autres gens.
Cédric : Ce qui fait qu’on a fait des salles assez conséquentes avec du monde.
Depuis 2004, vous êtes à combien de concerts ?
Cédric : Disons une moyenne d’une quinzaine par an.
Au niveau de la discographie ?
Cédric : On a sorti un premier album, un deuxième, deux ep, et un cinquième album.
Olivier : Ça fait 5 sorties.
Cédric : Si tu veux l’historique un petit peu plus, comment ça se fait qu’on arrive maintenant, juste un sitar et des machines..
En évoluant de trois à deux musicien, vous avez suivi le même processus que Mahom en quelque sorte ?
Olivier : Ca ressemble un peu à ça
D’où est venue l’idée de mélanger sitar et tabla sur une base UK dub ?
Cédric : Historiquement on a attaqué à 3, après on eu un percussionniste. En fait, on est sur le mélange ! Il y avait pas mal de rock même au départ dans nos sonorités.
Olivier : On avait chacun un peu notre univers. On avait le côté gratteux bien rock, moi j’avais celui plutôt musique techno.
Et le reggae ?
Cédric : Oui, toujours, on en a toujours écouté.
Olivier : On avait ces influences-là, on avait surtout ces grosses influences dub. On avait tous envie d’en faire !
Cédric : Mais pas tant le reggae, quand même ce qu’on a aimé dans le dub, c’est le côté mélange, avec tout ce dont tu as envie. Et donc on a joué avec un percussionniste japonais qui faisait ses propres percus. On a joué avec une chanteuse jazz qui nous a fait un déplacé vers le trip hop. On a un ep qui est quand même assez trip hop.Le premier était plus rock. Vu qu’on a pris plein de styles avec du jazz… Un moment, d’ailleurs, c’est ce qui a dû nous faire partir dans l’électro. Olivier a arrêté un moment, un an ou deux à peu près.
Olivier : Ce qui fait que le pc est entré dans le groupe.
Cédric : Notre histoire est qu’on joue beaucoup avec des connaissances. Nos feats, c’est qu’on a eu un lien amical avec telle personne. On aime pas vraiment demander à telle personne, à tel artiste jamaïcain « tu veux nous faire un truc », alors qu’on ne le connaît ni en noir ni en blanc.
Olivier : Parce qu’il est sur tous les skeuds des autres…
Cédric : On joue sur des liens amicaux.

Du coup l’aspect plus stepper, c’est plus récent dans votre évolution . Dans votre dernier tape, il y a un beat…
Cédric : C’est venu justement quand Olivier a arrêté, on n’avait plus de batterie acoustique, on n’avait pas de batteurs et puis même pas trop l’envie, Tu n’étais pas parti en disant « la musique ça me fait chier j’arrête tout « . Il y avait quand même des chances pour qu’il revienne un jour.
Olivier : j’ai beaucoup apprécié d’ailleurs !
Cédric : On l’a remplacé par une MPC dans un premier temps, et donc une MPC te crée déjà des beats beaucoup plus steppers. C’est là que nous sommes devenus beaucoup plus électro. Apres j’ai été un peu trop vite enfermé dans la MPC, donc après on est passé à l’ordinateur avec Live que j’ai bien travaillé. Pour l’histoire c’est quand même moi qui suis au centre du truc niveau écriture et après chacun vient y mettre sa patte.
Olivier : Cédric est celui qui est le plus musicien de nous tous.
La pratique du sitar étant particulièrement spécifique, êtes-vous autodidacte ou avez-vous bénéficié d’un enseignement approprié ?
Cédric : J’étais autodidacte, j’ai commencé guitariste. J’ai attaqué à 15 ans je crois guitare classique puis électrique et sur un coup de tête j’ai acheté un sitar. J’ai été autodidacte pendant un an ou deux et j’ai eu la chance de trouver un stage dans le Sud de la France avec Brigitte Menon qui était sitariste de Mukta, un groupe de jazz indien pendant un moment. J’ai fait deux stages à 6 mois d’intervalle de 4 jours. J’étais bien autodidacte, on avait bien attaqué avec Khoe Wa mais je saturais un peu quand même niveau technique. Donc,grâce à ces deux stages, j’ai vu un peu quels étaient les objectifs de travail pour m’améliorer.
Tu écris les instrus par rapport au sitar ?
Cédric : Pas forcément, il ya un peu de tout.
Olivier : Notre façon de composer est vraiment particulière.
Cédric : Au tout début c’étaitdes samples
Vos tablas ce sont des samples ou vous les jouez ?
Cédric : Alors ce n’est pas joué en acoustique mais souvent c’est de la récup en sample boucle mais la plupart sont joués en midi. On doit avoir une douzaine de sons de tablas et on se les retape… On a gardé la MPC pour faire les progs de batterie et de percu.
Du coup Olivier, en live, tu joues de quoi ?
Olivier : Moi je joue à la MPC et puis j’ai une table en fait où je peux faire des cuts sur chaque piste, tout en séparé, les skanks, les voix, la batterie, tout est séparé. Grosso modo je gère tout ce qui est cut et puis lancer les boucles de batterie. Après Cédric lui, il a ses machines aussi, il peut intervenir sur Live en direct avec un contrôleur.
Cédric : Mais pas sur les batteries !
Olivier : Il s’occupe de tout ce qui est mélodique, et du sitar en live.

Quel regard portiez-vous sur la scène dub live du début du mouvement français notamment avec Improvisators Dub du début qui incluait un sitar ?
Olivier : Moi ce n’était pas forcément Impro Dub qui m’inspirait le plus.
Cédric : C’est venu presque un peu en même temps, la première fois que je les ai vus c’était dans un petit bled en 2003 je crois. C’était plus le côté impro que le côté sitar. Dans ImproDub, c’est en plus d’ailleurs Francis qui jouait un peu de tout, du sax en priorité, des percus, de la flûte et de tout un tas de trucs. En fait moi je suis vraiment un amoureux de la musique indienne et donc on ne rajoute pas que le sitar dans nos prods, on a le tempura, les tablas, des voix. Le tempura, ce sont des cordes qui font un bourdon continu. Sur la moitié de nos titres il y a des voix indiennes
Olivier : On a vraiment mis l’accent dessus.
Quel est votre regard sur d’autres artistes empreints de culture indienne, je pense aux artistes d’asian vibe comme Bally Sagoo, Nithin Sawney, Talvin Singh, voire Madlib et ses Beats Kondukta ?
Olivier : J’ai suivi ! D’ailleurs ils ne font plus grand chose. Les Talvin Singh, Nitin Sawhney, Jah Wobble, il y avait des trucs intéressants, en musique ethnique plus qu’en dub. En musique indienne, en fait, j’aime bien écouter le classique, les grands sitaristes.
Olivier : Et puis c’est dur d’écouter quelque chose qui ressemble à ce que tu fais.
Cédric : On peut avoir peur de ressembler. On veut que ça vienne vraiment de nous. Tu vois, si tu écoutes trop du style qui est proche de toi, même inconsciemment, je suis sûr que tu vas avoir tendance à t’en rapprocher, vu que tes oreilles baignent dedans. Tandis que quand on se retrouve tous les deux, d’ailleurs en répète on est limites vierges d’écoute de la journée. On a notre sample, on fait tourner, qu’est ce qui nous vient, « tiens un truc comme ça, ce serait trop classe et on monte le truc le plus personnel possible. »
Olivier : On veut se démarquer de tout ce qui se fait. Le dub a gonflé depuis quelques années, plein de groupes se sont créés, des mecs tout seuls qui envoient du bon son. On a vraiment envie de se démarquer de tout ça.
La distinction avec les groupes d’asian vibes que je vous ai cités, c’est tout de même qu’ils jouaient sur une base drumn’bass.
Cédric : Ah oui, d’ailleurs Badmarsh & Shri j’ai vraiment adoré, fin 90 ! Il y avait plein de compiles.
Aimeriez-vous jouer votre musique en Inde ?
Olivier : Oh là ! Vu la tendance qu’on a, jouer là-bas ça parait compliqué !
Cédric : Oui après pourquoi pas.
Olivier : On a ce côté un peu « on aime bien traîner du matos ».
Cédric : C’est vrai qu’il y a ça, jouer loin ça parait compliqué.
Olivier : On a notre pote Fedayi.
Cédric : Face B ils y sont allés, l’Entourloop aussi.
Comment ça se passe à Sainté avec les autres artistes, il ya une bonne émulation ?
Olivier : Il y a Brain Damage, Kobe ça fait aussi longtemps qu’il bourlingue là-dedans et qu’il sait comment faire sonner un album, avec Martin de Brain Damage. Il a fait le son de beaucoup de prods
Cédric : Oui il nous a fait de l’aide au mix sur les deux derniers disques, le mastering. Fedayi nous a fait un remix. On a joué du sitar avec lui. On s’est fait plusieurs dates ensemble. Avec Architect et l’Entourloop on est proches aussi. Il y a aussi Green Tingz que l’on voit un peu, parce que maintenant on a notre sound system et chaque fois on essaie d’inviter des locaux.
Cédric : Jouer sur du sound system, c’est quelque chose qui me titillait depuis des années et des années. On avait eu quelques expériences en live où c’était des free parties ou on essayait de s’inviter sur le truc. Le peu de choses qu’on nous avait proposé ne nous avait jamais fait vraiment plaisir. C’est bizarre mais le fait d’avoir des instruments acoustiques et du matos, les gens, quand ils ont un sound system ils veulent des dj sets, ils ne veulent pas s’emmerder avec des mecs qui ont des trucs et des machins. Il n’y a pas si longtemps que ça qu’on arrive à jouer sur des sound systems. On a fait du OBF, du Legal Shot. C’est très récent, c’est la 3 ou 4ème fois qu’on joue vraiment sur des sound systems.
Cédric : Techniquement, on était obligés de s’adapter, on a fait en sorte de pouvoir jouer sur des sound systems.
Vous avez donc modifié votre configuration ?
Cedric : On a essayé de faire le moins de compromis possibles, mais on a surtout compacté les trucs.
Olivier : Par exemple une batterie acoustique sur un sound system, ce n’est pas possible. Quand je suis revenu dans le groupe j’étais sur une batterie électronique donc en fait l’ordi qui gérait tout ce qui était batterie, moi je suis venu remplacer ça avec mon jeu live mais sur une batterie électronique qui commandait l’ordi. Du coup on a fait quelques dates, ça a relancé l’histoire de Khoe-Wa mais on avait l’impression de passer à côté de certaines choses, de se dire qu’on loupait des dates. On voyait évoluer le mouvement vers du sound system, ça commençait à être des grosses soirées comme les Dub Station.
Cédric : Notre son s’adaptait, et à cette époque-là on avait une basse, je jouais de la guitare et du sitar, je jonglais entre les deux, Olivier avait sa batterie et on avait une chanteuse donc ce n’était pas jouable en sound system.

Du coup quelle est la vocation de votre propre sound system, vous exprimer dessus… ?
Cédric : Comme tu as pu remarquer, on n’est pas très égocentriques donc ça dépend des opportunités.
Olivier : On est toujours sur l’impro, c’est parti d’un délire, le dub system. Il y avait cette mpc qui trainait dans le fin fond de la salle de repet’.
Olivier : Notre bassiste en voyage…
Cédric : La chanteuse un peu prise avec d’autres projets.
Olivier : Et on s’est dit « Et si on s’essayait de faire un peu de prog sur cette MPC » et c’est parti comme ça.
Cédric : Le son c’est pareil. Moi je suis, un peu contrairement à ce que disait Olivier, un peu plus sérieusement dans la musique, j’ai de moins en moins de trucs à côté, je ne fais pratiquement plus que ça on peut presque dire. Donc l’année dernière il y a Yes High Tech avec qui on bosse. C’est une boite de prestations à Sainté, qui a un label en parallèle et qui fait aussi du portage salarial et de la presta, tout ce qu’il y a autour de l’artistique et donc on bosse avec eux depuis tout le temps.
Cédric : C’est la boite de Sainté qui loue du son, qui a un studio d’enregistrements, c’est là où on avait fait notre Ep qui s’appelle E.P. Life. C’est une super équipe, un super collectif.
Cédric J’ai donc bossé pas mal là-bas l’année dernière et il y avait leur premier matos. Ils m’ont donné comme mission de le remettre en état.
Olivier : C’est comme ça qu’est né le Yes High Fi !
Cédric : Les vieilles enceintes des années 80 qu’on a remises en état avec Pierre Claude Bernard. On a remis tout ça en état, on a récupéré les amplis, changé les haut-parleurs qui ne marchaient plus, les filtres. Et maintenant on a ce son à disposition.

Du coup vous jouez dans vos propres soirées ?
Cédric : On les appelle les Sainté Dub Club, et c’est plus face B notre booker-manager qui produit aussi des soirées sur Sainté. C’est toute une famille !
Quelles sont vos affinités en France, de qui vous vous sentez proches ?
Cédric : On en a plein, tu parlais de Mahom mais ils ont fait leur premier concert avec nous !
Olivier : Ils sont fans de Khoe-Wa !
Cédric : Et c’est par hasard en plus, on était allé jouer a Dieulefit et ils sont originaires de là-bas et ils ont fait notre première partie.
Olivier : C’était en 2006. On a fait les débuts de Mahom, c’était il ya plus de 10 ans et on se croise tout le temps.
Cédric : Il y a Ashkadad avec qui on est en lien, on a joué à Avignon et Bastien nous avait invités. Ils nous ont fait un remix d’ailleurs. Et il y a tous les groupes de Sainté !
Olivier : Et sur ODG il y a Tiburk !
Cédric : Il y a Mayd Hubb depuis longtemps, et Panda. Avant qu’il ne tourne beaucoup, il était assez actif dans une asso entre Lyon et Villeurbanne. Il faisait souvent des premières parties de soirées, et c’est comme ça qu’on l’avait croisé la première fois.
Olivier : il y aussi Pilgrim !
Quelle suite allez-vous donner à votre excellent Dubn’diy ?
Cédric : Comme je disais Ashkabad a fait un remix du morceau Spoken et on aimerait bien avoir d’autres remix d’autres gens. Nous aussi on a fait quelques remixs. Il y en a un de l’Entourloop.
Olivier : Il y a le projet Yes Hi-Fi et du coup il faudrait qu’on produise des choses pour développer et avoir une vraie identité sound system.
Des vinyles ?
Olivier : A ça des vinyles, ça fait un bail qu’on nous en réclame…
Cédric : Des vinyles et des versions moins improvisées, on va sûrement travailler un peu ça.
Olivier : Oui, essayer d’avoir des prods plus sound systems, plus carrées !
Est-ce que vous envisagez de reprendre des thèmes reggae, comme le Cus Cus riddim sur votre morceau Vie ?
Cédric : On t’a expliqué notre façon de faire : si quand on travaille un nouveau titre ça nous vient en tête, pourquoi pas ?






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