Artiste complet, musicien aguerri, Joe Pilgrim a fait ses preuves aux côtés d’une multitude d’artistes. Outre ses propres projets musicaux, il s’est constamment mis au service des meilleurs producteurs français, ce qui l’a peu à peu révélé auprès du public dub. Ainsi, que ce soit avec Kanka, Kaly Live Dub, Mayd Hubb ou encore Dub Addict (liste non exhaustive), Pilgrim saisit l‘occasion que lui offre chaque featuring pour créer un lyrics qui se distingue du morceau précédemment enregistré. Sa verve et son humilité nous rapproche ainsi de l’esprit créatif des pionniers du roots 70’s.Ainsi, quiconque estime le dub à sa juste valeur doit considérer Joe Pilgrim comme un artiste majeur. C’est un fait, et on ne transigera pas.

Pourrais-tu nous rappeler ton évolution musicale ?
J’ai commencé en sound system avec un collectif qui s’appelle Dub Addict. Par la suite, quelques années plus tard, j’ai monté un groupe avec un collègue de cours. Ce groupe s’appelle Inner Rose. C’est un live band, on était 5 : basse, batterie, clavier, guitare chant percu et les chœurs. J’ai entamé aussi un groupe qui s’appelait The Wounded Lions, où je chantais avec un autre chanteur, Gyovanni, qui est parti aux Etats-Unis maintenant. On a sorti un maxi, ça a bien pris, mais on a splitté. Avec Inner Rose on a sorti un album et un 45 tours. Il s’appelle Rise up, c’était en 2012. Ensuite j’ai rencontré Mayd Hubb avec qui on a collaboré sur l’album Mellowmoon, qu’on a sorti en mars 2012. A côté, je joue en acoustique guitare chant. J’ai un petit set acoustique : Hosanna. Et puis d’autres projets en cours, des collaborations notamment avec un groupe de Tours qui s’appelle The Ligérians, qui joue avec Rod Anton.
Tu as eu plusieurs pseudonymes au fil du temps ?
Oui, ca a été Pilgrim, Brother Joe, Brother Joe Pilgrim, Joe Pilgrim…
Et dorénavant c’est Joe Pilgrim ?
Oui, Joe Pilgrim on le trouve. Les gens m’appellent Pilgrim assez naturellement.
Pourquoi Pilgrim ?
En fait il y a plusieurs histoires… Je l’ai pris parce que je cherchais ce qui pouvait évoquer pour moi la quête spirituelle, de marcher, un peu comme le pèlerin qui va de lieu saint en lieu saint, dans des lieux sacrés, ça me parlais bien.
Ce nom de Pilgrim a une connotation mystique ?
Oui, voilà. Ce n’est pas la connotation puritaine américaine.
Quelles sont tes influences en matière de chant ?
La musique classique indienne, par l’aspect dévotionnel. Les musiques traditionnelles Gnawa, Gnawi, les musiques d’Orient traditionnelles populaires. Surtout ça : des musiques tribales.
Et en matière de reggae ?
En reggae, Culture a été une grosse influence pour moi, avec Joseph Hill. Il y a eu Abyssinians aussi, et puis Israël Vibration aussi. Marley, mais surtout dans l’aspect choriste à l’époque quand ils étaient encore les Wailers. Vraiment, cet aspect trio vocal est celui que je kiffe ! Dennis Brown, Burning Spear, pour la vibe !

Et comme dj ?
Je dirai I-Roy.
Qu’est-ce qui inspire tes compos ? Où puises-tu ton inspiration ?
Tout l’aspect alternatif, les collectifs et leurs actions. Toutes les actions qui apportent une pensée autre. Penser et voir les choses autrement. La décroissance je dirai. Et un gros aspect spirituel, parce c’est aussi lié santé. Pour moi il y a un peu la perte d’un aspect spirituel dans la vie de notre société, ici, en Europe. C’est vraiment un aspect qui me tient à cœur, parce que je sais qu’ici il y a eu la chasse aux sorcières. Il y a eu l’inquisition. Tout l’aspect de la santé rejoint complètement le spirituel. L’aspect mystique, la recherche de soi… Les mystiques orientaux sont une grosse influence pour moi.
Quels sont les morceaux dont tu es le plus fier ?
Avec Mayd Hubb , le morceau Mellowmoon, me transcende, je le kiffe. Holly Light aussi. Against The Wicked avec Roots Massacre de Dub Addict (présent sur l’album Dub Addict Sound System – Showcase Volume 1)
Peux-tu me dire deux mots à propos du morceau Drunkard que tu as fait avec Humanzee ?
Ah oui, il y a long time ! Alors ce morceau, je l’ai bien kiffé ! C’est un peu une histoire… J’habitais sur les pentes de la Croix Rousse. Ca picolait bien. J’ai rien contre, mais c’est juste les débordements… Si tu sais que tu ne peux pas encaisser, essaye de comprendre pourquoi tu bois alors ! Pour moi il y a un truc qui se cache derrière le gars qui est alcoolique et qui se cache derrière… toute autre drogue d’ailleurs. Je parle d’alcool dans ce morceau mais là, je prenais un peu à parti l’alcool parce que c’est un peu une drogue légale.
Qu’est qui te plaît dans le fait de changer régulièrement de style musical, du fait de la variété de producteurs différents avec lesquels tu enregistres ?
Ça a été une grande expérience pour moi, toutes ces années, à ce niveau-là. Ça m’a permis de comprendre ce qui se passe dans le milieu, d’apprendre. Je voyais ça comme une façon de m’adapter, de comprendre comment le producteur crée sa musique. Et du coup comment me placer, comment placer ma voix, par rapport à cette musique. Vraiment je l’ai pris comme un apprentissage. Apprendre à écouter la musique et à s’adapter.

Penses-tu avoir fait le tour des styles musicaux ou il y a t-il des styles que tu souhaites explorer ?
Dans ma façon de travailler, personnellement, je suis roots. Au niveau de mes influences, si je monte un groupe, si je joue en groupe, vraiment c’est roots. Définitivement. Après dans ma collaboration avec les uns ou les autres je ne me restreins pas. J’aime partager la vibe. Si je sens vraiment le côté organique… Même avec l’électronique digitale, la façon qu’a le producteur de mener son instru, son riddim. Comment il l’a construit. Notamment Pilah, de Dub Addict, avec nos derniers morceaux qui sont sortis, Juggler ou Cure Dem. Ça sonne dubstep dans sa façon d’utiliser les sons. Dans sa façon de produire des sons, il aime aller chercher loin, ce côté organique en fait, avec le « bubble », le » wowowowowowo » , tout le son qui te ramène… ce coté « step, » ce coté dubstep en fait. Je kiffe sa façon de travailler, au niveau du rythme ce n’est pas dubstep ! Ca a été lui qui m’a initié au dub, qui m’a amené au sound system. C’est par Pillah et Dub Addict que j’ai fait ma culture dub.
As-tu une activité de prédilection parmi tous tes projets musicaux ?
Oui : il y a une notion de plaisir avec Mayd hubb !
Tu ne dis pas ça parce qu’il est à côté ?
Je dis ça parce que notre relation, on travaille ensemble, est carrément humaine, artistique et spirituelle. C’est vraiment une rencontre à ce niveau-là. Après, musicalement, je kiffe de bosser avec Antibypass de Dub Addict. Je kiffe ses productions roots ! Là je suis en réflexion pour le vinyle que je veux sortir avec The Ligerians, qui sera vraiment roots.
Quel souvenir gardes-tu de votre concert au Garance Reggae Festival avec Inner Rose ? N’était ce pas une forme d’accomplissement pour vous ?
Oui, c’est un début, c’est une très bonne marche. Tu vois, t’arrives à un col et on va dire qu’il est à 1200, 1300 mètres. Tu es content de l’avoir fait, tu arrives au refuge et tu es content : tu as une belle vue en plus ! Mais… On avait gagné le tremplin Young Lions organisé par l’association Korrodjo d’Avignon en partenariat avec le Garance Reggae Festival. Du coup ils ont organisé ça, on a participé en préparant un set roots, avec des productions d’Inner Rose et de K-Records, le label lyonnais roots. On a travaillé là-dessus avec tous les morceaux originaux, tous les chants originaux que j’ai créés.

Quel est ton rapport au rastafarisme ?
Sur beaucoup de plans, je me retrouve dans certains principes, surtout le côté nyabinghi. Après j’ai une éducation catholique donc je peux comprendre l’aspect bobo ashanti, et cet aspect spirituel et mystique. Dans l’aspect religieux monastique, un petit peu moins. Je ne parle pas Jah qui est un des 10000 noms donnés par les hommes à l’énergie de vie, à l’énergie universelle. Je le vois de façon mystique, pas comme un gars trônant sur un nuage…
Question un peu délicate : tu n’as pas d’arrière-pensées par rapport à ça ? Il n’y a aucune volonté pour toi de capter le public avec cette facilité-là : clamer le rastafarisme de manière opportune ?
Disons que je ne vais jamais chanter « rastafari » : il n’y a aucune productions où je le chante. Ca connote un rapport à Sellassié, homme que je respecte dans tous ses aspects politiques, spirituels, et sa démarche humaine intérieure, mais après je ne me sens pas comme disciple du mouvement rastafariste. Je parle de Jah comme d’un nom.






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