En étant plus fidèle que jamais à ses racines reggae, Improvisators Dub a délivré trois hits dans son dernier album. I Refused, Be Yourself et Ready Steady Go ont rythmé l’été passé de riddims innovants et de lyrics conscients. Une tournée enchaînée à la sortie de Wicked permettait de tester live les nouvelles compos, et de croiser la route de ce groupe emblématique du french-stepper. Car après une bonne décennie passée à arpenter les scènes, Improvisators Dub incarne aujourd’hui l’image d’un groupe phare du mouvement, respecté et érigé en modèle par de nombreuses formations récentes. Notre rencontre est allée au-delà des espoirs que nous fondions au préalable, et sans idéaliser la personnalité de ces musiciens, cet entretien hyper passionné nous a confirmé leurs vélléités festives. Rencontres avec Nico (basse), Knarf (batterie), Manutension (guitare) et Yves (sondier), attablés en septembre 2005 aux alentours du festival de Trellins.

En préambule, pouvons-nous faire un point sur l’état actuel de votre line-up, qui a, semble-t-il évolué ?

Nico : Effectivement, Francis a arrêté le groupe. Il faisait le sax, les instruments indiens ce qui est sitar, harmonium, les flûtes et les conques. Et nous avons un nouvel arrivant en la personne de Mike qui fait les claviers. Sinon, pour le reste, rien n’a bougé.

Pouvez-vous nous présenter RAS I et Humble I présents en featurings sur W.I.C.K.E.D. ?

Manu : Tu veux savoir d’où ils viennent ? Asney fait partie de la scéne reggae de Bordeaux depuis un moment et il tourne beaucoup. Il a fait des groupes comme New Deal, qui avant était Raggamuffin Band. C’est une figure emblématique de Bordeaux, il a travaillé aussi avec Positive Roots Band de Toulouse. On a eu envie de le faire participer à notre album. C’est rare que nous fassions des participations avec des chanteurs bordelais. Humble I a déjà travaillé avec moi sur certaines prods pour Manutension. On l’a invité à venir se poser sur les riddims. En ce qui concerne Ras I, c’est une vieille histoire. Il nous connaissait depuis un moment et il y a de ça 6, 7 ans, il avait une cassette de nous. Et un jour, il y a des amis de Bordeaux qui sont allés en Angleterre chez lui et qui ont retrouvé la cassette. Ils ont écouté, il était en train de repeindre son appart’ en écoutant notre son et ils ont dit « Ah, c’est Improvisators Dub, c’est des amis à nous. » Et lui a dit : « Je ne connaissais même pas le nom, mais ça fait longtemps que j’ai cette cassette. Parce que c’était des amis à lui qui lui avaient donnée en Amérique du Sud. Et le comble de tout ça c’est que c’était une cassette que j’avais passé à des potes à l’époque à Christophe et Céline, qui étaient allés en Amérique du Sud. Et elle est revenue à Londres, via Ras I. Après, par le biais de Knarf, le batteur, de Maria, de Pedro et de Léa, ils se sont pris en charge pour le faire venir. C’était indispensable ! Ras I travaillait avec Reggae On Top. Il a travaillé avec Jah Shaka pour la percussion, il a travaillé avec les Skatalites, en Jamaïque, c’est un jamaïcain qui vit à Londres et qui a une cinquantaine d’années. C’est un mec qui écrit depuis long, long, long time… Il a aussi fait un album avec Bush Chemist. C’est une figure emblématique de Londres cette fois-ci. Humble I a travaillé avec Black Steel et Mad Professor.

Etes-vous distribués en Angleterre et si oui comment êtes-vous perçus là-bas ?

Manu : Oui, oui, notre son y est distribué. Déjà, avec la scène anglaise on a d’énormes relations parce que ça fait depuis 13 ans qu’on est organisé. Avant, on les faisait venir et on jouait ensemble par le biais du Jimmy à Bordeaux et d’autres salles avec diverses associations. On a vraiment créé un lien depuis qu’ Improvisators Dub a rencontré des groupes anglais, que ce soit Alpha et Omega, Disciples, Bush Chemist, IrationSteppas, Zion Train, Neil Perch, Mad Professor et ainsi de suite avec les jamaïcains comme Lee Perry. On n’a rien inventé. On aime cette musique et on est là pour la cultiver et la « promotionner ». Comme Jah Shaka disait : « Nous sommes les disciples des disciples de cette musique ».

Cela vous tient-il à cœur d’être les promoteurs de cette vibe ?

Manu : Bien sûr !

Yves : Evidemment sinon on ne jouerait pas ! Ta question franchement…

Manu : Mais non il a raison… Est-ce que tu fais ça parce que c’est ton boulot de faire du son ou est-ce que c’est parce que t’aimes le dub !

Yves : C’est à toi qu’il a posé la question ! Moi, ce que je dis simplement c’est que si ça ne me plaisait pas, je ne le ferais pas. C’est tout !

Et en tant que sondier, as-tu un rôle au niveau de la composition ? Quel est ton rôle au sein du groupe ?

Manu : Il a un travail énorme. Yves est avec nous depuis le début et même si il y a eu des changements, la base est toujours là. Il y a Nico à la basse, Knarf à la batterie, Fouine au son. C’est lui qui vient avec nous en pré-prog, c’est lui qui nous fait le son. On enregistre avec lui il nous fait les prises, il fait aussi le boulot qui fait partie du live. Il y a la création en studio et il y a aussi le live. Et c’est super important, puisque le live est un moment magique et qu’il faut que le son soit bien et que tout le monde soit à l’aise. Yves pour ça est au top !

Joues-tu des effets au niveau de la façade ? Quel est ton rôle en concert ?

Yves (aka la Fouine) : Oui, quelques-uns. Ca ne s’explique pas. Je ne peux pas savoir avant. Mais comme eux, sur scène, ils vont jouer quelque chose. Tout le monde sait à peu près la trame de ce qui va être joué. Alors si ça le fait pour eux, ça le fera pour moi. Chaque concert est différent pour moi. J’ai la trame du son principal, c’est à dire mettre la basse bien, la grosse caisse bien etc… Après, tout le travail d’effets c’est de l’impro. Sauf certains passages qui sont bien précis…

Et justement au niveau de la basse, est-elle retravaillée ou est-ce un clavier synthétique ?

Nico : Ca dépend. Il y a soit une basse classique, soit un clavier monophonique réglé sur fréquence basse classique et tout ce qui est effet de filtre et compagnie, c’est Yves qui les envoie depuis la façade. C’est un Tesco 607. Le clavier a un son que Yves retraite en façade.

Vous sentez-vous proche de l’idéologie rastafarienne ?

Manu : Oui et non… Moi j’approuve Rastafari pour le mouvement « Black People » et pour plein de choses en ce sens-là. Après, reggae n’est pas rasta. Mike et Knarf te le diront mieux que moi. Il ne faut pas jouer avec ça, mais il faut être au courant. Le rastafarisme n’est pas une religion mais une philosophie et une manière de penser qui a été créée par des gens qui sont fils d’esclaves, et pour certains qui ont réussi à s’évader et à gagner les montagnes.

Les Marrons ?

Manu : Oui, les Marrons, mais ils n’y a pas qu’eux. Il y en a partout dans toutes les Caraïbes jusqu’en Amérique du sud. Après, s’il y a bien une philosophie qui doit exister pour chacune des tribus qu’il y a dans le monde entier, et bien oui, j’approuve le rastafarisme, même si je ne suis pas rasta. J’approuve aussi le bouddhisme mais je suis plus agnostique qu’athée. Chacun fait ce qu’il veut. On travaille beaucoup avec des gens, comme Ras I qui se disent Rastafari. Bob Marley était un rasta et dans ses textes, il prêchait par rapport à la bible, et à leur dieu noir. Mais il ne faut pas tout mélanger non plus. On fait une musique qui est le dub, qui vient du reggae mais reggae n’est pas rasta. « Rastafari Music », normalement, c’est les tambours africains. Tout le monde pourra te le dire. Aprés nous sommes tous les messagers de RastafarI. Il y a des groupes de reggae à qui tu pourras poser la question et qui pourront beaucoup plus te dire parce que eux se disent rasta comme beaucoup de groupes de reggae qu’on écoute.

Yves : Tout le monde s’en fout mais je vais donner ma réponse. Sur l’album, il y a écrit « Dub is reggae, reggae is dub » et il n’y a pas écrit « dub is Jah et reggae is Jah », donc moi ça s’arrête là.

Knarf : La philosophie rasta à la base est une philosophie de l’ouverture, dans l’ouverture. Ca dépend ce que tu entends par Rastafari. Rastafari est grand. J’aurai du mal à répondre à ta question. Si tu me parles de Rastafari Bobo ou Dread en Jamaïque, si tu me parles des rastas ouverts, punks en Angleterre, si tu me parles d’autres guerriers, le mouvement Rasta n’est pas étendu à une idéologie. C’est relatif. A l’heure actuelle, le mouvement est tellement étendu et tellement pris en compte par tous différemment… T’as des rastas en Jamaïque qui vont te répondre que le Rasta, c’est le Ital. Ital, c’est quoi ? C’est vital, donc c’est la vie. Après tu l’interprètes comme tu en as envie… Mais un mec qui va te dire que rasta c’est la bible, c’est autre chose qu’un gars qui te dit que rasta c’est Ital. Et un mec qui va te dire que rasta c’est l’ouverture, c’est autre chose que quelqu’un qui va te dire que rasta c’est Ital ou rasta c’est la bible. Donc c’est grand ! C’est intéressant, j’adore ce mouvement, et nous on y baigne dedans. Et qu’on le soit ou non, ce n’est pas un problème. Nous sommes tous différents dans le groupe et on fait une unité dans la musique, mais chacun de nous est complètement différent. Mike est rasta, c’est un vrai dread. A partir du moment où tu es Dreadlocks et un minimum Ital, tu es rasta. Après le synonyme de rasta n’est ni religion, ni intégrisme et ne veut pas dire « Peace& love et fumeur de joints ». Je crois que sur la planète c’est l’un des mouvements philosophiques prônant la paix et le brassage. Ca a vaiment un intérêt parce que c’est ouvert.

Et les principes de bon sens et de bien-être vous les adaptez au quotidien ?

Knarf : C’est à dire ?

R.E.S.P.A.C.T. KNARF

Tu me parlais d’Ital ?

Knarf : Il y a un vrai problème, t’arrêtes pas de poser des questions genre « l’unité ». T’as pas compris. Là tu poses des questions sur l’individu propre. On est tous différents. Si tu me poses la question, tu n’auras pas la réponse d’Improvisators Dub. Sois plus précis sinon c’est l’embrouille…

Knarf, pour dépassionner cet entretien, abordons l’aspect technique de ton jeu : quels sont tes modèles de batteurs ?

Knarf : A la base c’était Dunbar.

Et ça ne l’est plus ?

Knarf : Au départ, j’ai découvert le reggae et le dub par Gainsbourg. Et c’était Sly& Robbie qui l’accompagnaient. Et puis les Wailers avec Carlton Barrett. Mais c’est un autre style, c’est le drop, c’est le feeling. Tu as Santa Davis qui est exceptionnel en batteur aussi. Il y a énormément de batteurs jamaïcains qui m’inspirent. Mais ce qu’il y a, c’est que je viens du post-punk. J’ai pratiqué du hard-core punk avant de passer au dub. D’ailleurs je suis plus venu au dub directement qu’au reggae. D’ailleurs j’ai acheté les versions reggae pour le dub. J’étais connu pour ça à Toulouse, chez Black Roots. Cédric me connaissait pour ça et disait : « Eh les gars il n’achète que les versions, il n’écoute pas les faces chantées ! » Ils hallucinaient… J’ai dû me lâcher dans ce que j’étais moi, et à un moment j’ai eu le choix de faire un truc vraiment culturel reggae-dub et donc d’être hyper influencé par ce que j’écoute. J’adore ça comme nous tous dans le groupe. On est tous passionnés dans le groupe, sinon on ne serait pas là. On est tous différents.

Dites-moi comment vous vous êtes rencontrés. Il y a une légende qui dit que ça aurait été devant un disquaire, pour une fête de la musique ?

Manu : Comme Knarf te disait, on était tous dans des trucs différents et on s’est rencontrés à Bordeaux. J’ai rencontré Nico un peu avant Knarf. Ca faisait un an que je prenais la tête à Nico. Ils faisaient tous les deux partie d’un groupe qui s’appelait Flegmatic Rasta Front et c’était un mélange de punk hardcore avec des intonations reggae. Ca le faisait leur délire et on les avait fait jouer au bar le Wilson. Nico, Knarf, Yves, moi, et au début il y avait Tony, on répétait comme ça des trucs juste pour rigoler devant le magasin à Yves. Ca a commencé comme ça. On faisait du dub et des rythmiques reggae.

Aviez-vous des modèles par rapport à des groupes dub ?

Manu : Oui, Augustus Pablo, King Tubby.

Et en France, aviez-vous conscience qu’il n’y avait pas d’autres groupes ?

Manu : Bien sûr, oui…

Et vous avez tout de suite pris conscience que vous pouviez ouvrir une voie ?

Manu : Bien sûr, pour ma part, j’écoutais du reggae depuis l’âge de 15 ans et avant Improvisators Dub j’avais rencontré Mike au Noir & Blanc et je lui disais « je veux faire un truc roots-dub ! » Et avec Titus mon pote à la percussion on faisait pareil en région parisienne et quand je suis arrivé que j’ai rencontré Nico, Knarf et Yves ça l’a fait ! Moi j’avais des disques et eux aussi donc on a fait ce que chacun de nous aimions. Notre trajet a fait qu’on s’est rencontrés. Nico va t’expliquer le rap, moi j’écoutais du keupon et à 15 ans j’écoutais Bob Marley au walkman.

Pas les Dragonnaires de Byron Lee en tout cas !

Nico : C’était un groupe qui jouait dans les hôtels, mais ils n’y vivaient pas. Le colonialisme c’est ça aussi.

Lloyd Bradley raconte dans Bass Culture qu’ils ont été préférés, à tort selon l’avis général, aux Skatalites pour représenter la culture Jamaïcaine à l’exposition Universelle de New York en 1966.

Nico : C’est la vision colonialiste du bon noir, gentil, qui travaille pour le blanc et qui ne conteste rien. Mais il ne faut jamais oublier que c’est les noirs qui ont vendu les noirs aux blancs et que ce n’est pas les blancs qui allaient les chasser dans la brousse : ce sont les noirs qui allaient les chasser pour les vendre. L’esclavage existe depuis si longtemps… Le problème est celui de la ségrégation comme il y a eu aux Etats-Unis. Une fois que les noirs ont été sur place et libérés, on aurait dû repartir de zéro mais il y a eu la ségrégation et une forme d’esclavage moderne et ce qu’il se passe aussi avec le néocolonialisme. Même en Afrique il y a la continuation de l’exploitation par le blanc. Il faut arréter de se rabattre toujours l’esclavage : il faut se relever du colonialisme !

Knarf : Ta question était con, de savoir s’il y avait du militantisme dans le dub !

Nico : On est bien d’accord sur ce qu’il s’est passé sur l’esclavage, mais c’est de toujours dire que c’est le mauvais blanc qui a fait le truc au bon noir, c’est un petit peu…

Manu : Il y a eu ça, arrête de délirer aussi !

Nico : Je ne dis pas qu’il n’y a pas eu ça, mais je dis que les noirs aussi ont été des salauds à une certaine époque, que les arabes aussi, que les asiatiques aussi quand les japonais ont envahi la Chine. Il faut arrêter de dire que c’est le blanc la cause de tous les maux. Tu restes toi même : il n’y a pas plus subversif.

Nico : Le reggae est le punk de la société noire. Il y a vraiment un parallèle entre les gens qui ont fait le reggae pour les sociétés noires et les blancs qui ont fait…

Knarf : Le punk jamaïcain c’est le ska !

Manu : Et le Rocksteady ? Tout ça pour eux, c’est contestataire !

Nico : C’est les classes ouvrières blanches qui ont fait le punk et en Jamaïque c’étaient les pauvres, les planteurs. Il y a vraiment un paralléle. Ca dépend de quel côté et de quel point de vue tu te places.

Et justement, en étant de Bordeaux, vous voyez les séquelles architecturales du commerce triangulaire. Cette ville s’est enrichie avec ses armateurs…

Knarf : On vient de Bordeaux, mais on n’est pas des bordelais-machins !

Manu : Je suis de la région parisienne, Knarf est du Gers, Mike est de Guyane et Nico de Guadeloupe. Yves est de Brives…

Quelles ont été vos inspirations pour le dernier album ?

Manu : Tout ce qu’on écoute autour. Chacun de nous apporte des idées par rapport à son style et par rapport aux échanges entre nous et par rapport au dub qu’on écoute. L’idée nous vient spontanément, autant en studio qu’en pré-prod. En prod, on y va, les morceaux nous viennent comme ça, comme des fois en balance on en trouve un, et comme dit Nico, on part sur un riddim : 2, 3 accords, et la basse. Là on a un frangin, un nouveau, Mike, qui vient avec nous depuis le début de l’année mais qui ne remplace pas Francis.

Mike : Je suis au clavier depuis quelques temps et ça va.

Manu : Et maintenant, il fait partie du groupe. Il devait rentrer dans la section déjà pour cet album parce qu’on avait fait pas mal de choses en studio. En studio, il faut en profiter et ne pas avoir peur non plus de se dire : « On ne pourra pas les refaire en live ». Le live est autre chose. Le studio est une prod, c’est un disque, ça s’écoutera à vie. Un live est un moment donc c’est forcément différent. You know ? You can see what I mean ? Yes, I see t’as bonne mine.

N’est-il pas paradoxal que vous ayez débuté par une musique métissée pour vous recentrer aujourd’hui sur le stepper ?

Manu : Tu verras, le prochain sera ultra-stepper !

Knarf : C’est vrai qu’avec Francis et tous ses instruments du monde, il y a avait un côté world qui prenait le dessus. Ca dépend de chacun dans le groupe, mais je sais qu’à la base, j’essayais de faire du deep-mystique, bien dub au taquet mais en même temps libre et créatif voir simple, voir punk. J’aime bien le côté ghéttoïsant sans artifices, comme ce qu’on a fait sur le dernier album.

Manu : C’est pas parce qu’on a commencé stepper qu’on arrêtera ! On fait des cool-riddim en ce moment et dans ce qu’on a fait dans les deux derniers albums, il y a autant de « cool-riddims » que de speed. C’est beaucoup plus proche du reggae et de la rencontre dub&vocal. Ce que je pense, c’est qu’on fait des bons dubs à partir de bons vocals. Donc si on ne chante pas avant un petit air dans la tête… Ce sont les vocaux a cappella qui t’influencent le plus. On n’arrêtera jamais : le dub est né de ça, il est né de versions reggae-chantées et donc les projets albums continueront dans le délire stepper. C’est vrai qu’au début on était les marqueurs de ça, avec Hybrid et Dub & Mixture. Tout ça fait partie d’un historique, où on aurait envie de marquer avec un timbre-puzzle. Pas un lion avec un soleil, c’est une image : l’image naïve et la force du dub, U know ?

Ne jugez-vous pas que ce symbole du lion soit un symbole trop aristocratique ? On dit d’une société qu’elle est léonine lorsqu’un seul individu détient le pouvoir. Ce symbole étant repris constamment, n’y a t-il pas là un paradoxe ?

Nico : C’est très intéressant…

Manu : Pas du tout. Le symbolisme existe dans tous les styles de musique. Dans tous les trucs de keupons, t’as des trucs hyper-paradoxaux, pour se faire voir et entendre, par provocation. Les symboles existent pour représenter quelque chose et l’image naïve de cet album est par rapport à l’Afrique.

Knarf : Notre lion n’est pas encarté ! Il n’a pas de drapeau, il n’est pas couronné, il n’a pas de médailles…

Manu : Après, il faut faire la différence entre les animaux et notre société.

Knarf : Sur le drapeau ghanéen t’as le python royal…

Pouvez-vous présenter vos projets parallèles ?

Nico : Maintenant que le Tour de France est fini, c’est mort.

Knarf : J’ai bossé avec Uzinadub. J’étais invité récemment encore. J’ai fait 2-3 sessions. J’achète pas mal de sélections, donc je fais du dub en sound system : du dub-deep, des dubplates, des trucs qui fracassent. J’aime bien le mystique, tout ça. Ca, je le travaille parce que c’est ma passion. Je kiffe trop avec le early-reggae, même si je suis plus pointu avec le early qu’avec le roots.

Et quelle différence établis-tu entre le « early » et le « roots » ?

Knarf : La période avant le reggae roots. Le early-reggae vient du rocksteady et du ska donc entre 65 et 75 et le reggae roots est arrivé plus dans les années 70-85. Je viens du post-punk et j’écoutais vachement de ska, de rocksteady et de early. J’adorais le early reggae roots et puis j’ai eu la révélation dub, aussi bien par les groupes anglais punk que anglo-jamaïcains. Peu importe rasta ou pas, puisque rasta est large à cette époque-là. Les mecs étaient engagés à cette époque contre les préjudices raciaux, contre le racisme, pour la rencontre des cultures et le partage. Pouvoir faire sa place et se donner les moyens de ce que l’on veut réellement. Ce qui se fait, c’est ça qui est excellent dans le mouvement rasta Lion of Judah ou Free Lion ! Nous on ne l’a pas encarté et on n’encarte pas les choses : on n’est pas là pour faire du prosélytisme ! Chacun son choix, c’est ça l’important…

N’est-il pas un peu présomptueux d’avoir appelé un album Wicked ?

Knarf : Non, parce qu’il s’appelle « We Introduce Cultural Knowledge Energie In Dub ». Ca ne veut pas dire « wicked » : si tu regardes bien, il y a des points entre chaque lettre, on l’a transformé, c’est une façon de ne pas être dans un carcan.

Nico : Wicked vient de l’expression de Ras-I.

Manu : Tous les ans, on l’utilise dans le milieu pour dire que notre truc est super !

Interview réalisée en 2005 à Trellins, au catering du Foreztival.

Photos de concert : Jean Cerezal Callizo, Nuit du Dub, la Coopérative de Mai 2006.

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