Dans cet entretien abracadabrantesque, Hocus Pocus ne fait pas illusion, et vous dévoile leur passe-passe ! Car après 10 ans de pratique, Hocus Pocus s’impose comme un groupe live, alors que 73 touches, leur dernier album, a su réjouir les amateurs de hip-hop véritable. Leur section rythmique groove maîtrise et s’éclate comme jamais alors que leur clavier développe les mélodies. Dj Greem, tout auréolé de ses titres mondiaux de deejaying acquis avec C2C, apporte la touche percutante du scratch hip-hop. 20Syl vient alors délivrer ses lyrics, parfois personnels et toujours sensés. Pour un public averti des subtilités du genre, leur entente et leur épanouissement artistique constitue en live une authentique réjouissance.

Quel accueil vient de recevoir votre dernier album en date?
20Syl : Très bon accueil. A en croire les quelques dates que l’on vient de faire en France. 6 jours après sa sortie, on a fait une date sur Paris et les gens connaissaient déjà les paroles, ce qui est plutôt bon signe. Très bon accueil en général aux vues des retours qu’on en a.

De quelle manière l’avez-vous élaboré : en privilégiant les instrus ou les lyrics ?
20Syl : C’est 50/50. Moi j’avais une base d’une vingtaine de morceaux d’écrits au niveau des textes, et donc avec Greem on s’est penché sur la sélection d’instrus. Pour la plupart des morceaux, les bases des instrus sont produites avec des machines. C’est après que l’on fait intervenir des musiciens. Ça s’est élaboré comme ça : on a commencé à bidouiller à deux, à faire des sons, à jouer avec des instruments qu’on avait. Les musiciens sont ensuite venus enrichir les boucles. Des musiciens de la région Nantaise ou d’ailleurs, comme à la flûte par exemple. Ce sont des gens qu’on a rencontré sur des tournées, de contact en contact. Il y a plein de musiciens sur cet album.
Comment se sont établis les featurings, comme celui avec Ty ?
Dj Greem : On kiffe bien Ty à la base. On lui a filé nos disques quand on était aux championnats du monde avec C2C, le collectif de Dj’s dont on fait parti avec 20Syl. On l’a croisé et on lui a passé le maxi Conscient-Dig This. Après, on est resté en contact avec lui. Il a bien kiffé et il a accroché. Quand il est venu à la Roche sur Yon, une ville près de chez nous, Il nous a dit de passer pendant les balances, si jamais on voulait faire un truc ensemble. On avait envie qu’il bosse sur On and One 2, la suite de One and One 1. On lui fait écouter l’instru qu’il a kiffé et il a fait : » Bon, c’est quand qu’on enregistre ? ». On lui a dit : « Dans quelques jours ». Et il a dit : « Je suis là, profitons-en ». On a tout fait en speed. Il a écrit son texte dans la bagnole, de la Roche sur Yon jusqu’à Nantes avec le casque sur les oreilles. Il est arrivé, il a posé ça en une heure et il est reparti faire son concert. Du coup on a rencontré les Procussions, 3 Mc’s de Los Angeles, qui faisaient sa première partie. Il sont ensuite venus quelques jours poser, et pareil, ça a été une ambiance cool.
Comment vient l’inspiration pour les textes, je pense à Faits divers en particulier ?
20Syl : Disons que j’avais envie de mettre en scène quelqu’un qui est en train de lire son journal qui relate deux faits divers. Interpréter ces 2 faits divers, je trouvais ça assez intéressant d’en faire une lecture en musique, avec notre style qui est le rap. Pour que ressorte ces faits divers et comme le type lit un tas d’infos, le morceau commence comme un embrouillamini d’infos et se finit de la même façon. Ce sont des évènements qui m’avaient touché : je les ai réinterprété et remis en scène à ma façon. Ce n’est pas exactement ce qui s’est passé dans les faits réels. L’histoire de la fillette et du journaliste, et celle du convoyeur de fonds sont arrivées. Ce sont des choses intéressantes mais ne sont habituellement pas abordés dans le rap.

Et pour J’aimerai ?
20Syl : Là, c’est plus personnel, c’est un des seuls morceaux de l’album qui exprime vraiment ma personnalité et la difficulté d’exprimer certaines choses. Les sentiments, en particuliers, je pense qu’il fallait ça dans l’album. Ma personnalité peut transparaître dans certains textes mais c’est souvent abordé au second degré avec un peu de recul.
Quelles affiliations existe-t-il entre Hocus Pocus et Coup 2 Cross ?
20Syl : C’est simple : à l’époque de Seconde Formule, d’Hocus Pocus il y a un collectif de dj qui s’est créé en même temps. A la base, c’était juste Greem, dj Atom et moi. C’était un trio.
Dj Greem : Pfel nous a rejoint plus tard.
20Syl : Le lien est que l’on fait tous les deux partie des deux formations.
Dj Greem : Et en fait, Coup 2 Cross, on était dans le même lycée. On s’y est connu et on a commencé à kiffer les platines en même temps.
Et pour Hocus Pocus, les instrus, vous les faites ensemble ?
20Syl : On fait des compos essentiellement aux platines, comme sur Feelgood.
Dj Greem : C’est un titre où c’est tout scratché.
Pouvez-vous nous donner la définition d’un breakbeat ?
Dj Greem : Là, quand je te disais qu’on avait fait un breakbeat avec C2C, c’est un disque destiné au dj. Après, « breakbeat », ça veut dire plein de choses. Au début, c’était les Dj’s qui ont commencé à isoler des breakbeats de disques de funk, où ils faisaient une boucle avec pour que les Mc’s puissent tchatcher par-dessus.
20Syl : C’était une boucle de batterie qui introduisait le morceau.
Dj Greem : Après, il y a eu des disques de sortis avec ces breaks, puis ça s’est spécialisé pour les dj’s et donc, maintenant les breakbeats sont les disques où apparaissent pas mal d’instrus et de banques de sons.
20Syl : Au début, alors qu’il n’y avait pas de sampleurs, les dj’s faisaient un passpass sur l’intro d’un disque qu’ils avaient en double et quand le sampleur est arrivé, ils ont samplé le truc et ils ont sorti le disque de la boucle de l’intro. Donc je pense que ça vient de là. Au fur et à mesure se sont créés des disques pour les dj’s avec des banques de sons, des boucles de batterie. Maintenant, il y a le style « breakbeat », ce rythme un peu cassé …

Interlope, à qui j’ai posé la même question, considère qu’il y a plusieurs significations à ce terme. Pour eux, c’est le terme générique de leur style : des rythmiques hip-hop aux tempos accélérés…
20Syl : D’accord… Ils n’ont pas forcément l’historique hip-hop du truc.
Quels sont les styles de hip-hop que vous interprétez dans le morceau Brouillon ?
20Syl : Ça commence par un truc hip-hop nu-soul, parce que c’est quand même rappé. Ensuite t’as le côté hip-hop un peu new-school, un peu lent, avec des rythmiques saccadées. Et pour finir t’as la partie jazzy style old school.
C’est donc un morceau « brouillon,« qui ne sera jamais terminé ?
20Syl : Il y aura peut-être la suite sur le prochain.
Comment avez-vous vu l’évolution du hip-hop depuis ces 10 dernières années ?
20Syl : Nous, quand on a commencé, il y avait le pôle Marseille et le pôle Paris. Ça se résumait à ça. A l’époque il y avait des collectifs comme ‘Bastion’. On était pas mal influencé par ça quand on a commencé. C’est vrai que dans l’évolution, ces collectifs ont un peu disparu. Tout le monde est parti en solo même si il y a quand même des groupes qui naissent. Nous, c’est vrai qu’on n’écoute pas du tout de rap français.
Dj Greem : Du sens général, je pense que ça se diversifie de plus en plus et qu’on trouve plein de styles de hip-hop différents avec plein de publics différents. Tant mieux, ça devient de plus en plus riche et varié.
20Syl : Chacun y trouve son compte, que ce soit dans un style jazzy, électro, hardcore…

Quelle opinion avez-vous de ce qui se passe en Angleterre avec des labels comme Big Dada ?
20Syl : Ça amène quelque chose de différent dans le style plus abstract hip-hop, un peu plus expérimental.
Dj Greem : Quand tu prends le label Ninja Tune, ça reflète bien l’évolution du hip-hop. T’as des trucs qui restent un peu jazzy, d’autres plus électro, ou trip-hop… C’est encore plusieurs branches du hip-hop.
Abordons votre structure : que vous a apporté le fait de créer votre label ? Est-ce que vous êtes soucieux de l’indépendance par rapport aux majors ?
20Syl : En fait, on a pas créé le label parce qu’on arrivait pas à trouver de major. A la base, c’était vraiment la volonté de créer notre structure pour sortir nos vinyles. On n’avait pas pensé à forcément produire nos albums… C’était vraiment petit au début, et c’est devenu moyen vu qu’on n’a pas trouvé de répondant au niveau des maisons de disques après que le label soit créé. On avait envie de produire nous-même le disque avec le label, et éventuellement de le promouvoir et de le distribuer avec une maison de disques. Et c’est là où on n’a pas trouvé de gens capables de nous suivre ou de suivre notre projet comme nous on l’imaginait. Donc on reste complètement indépendant, jusqu’au bout et ça se passe très bien puisqu’on arrive à atteindre des choses qu’on n’aurait pas forcément atteintes avec une major. Et c’est maintenant qu’elles se réveillent. Des gens qui nous ont fermé les portes au tout début maintenant viennent vers nous parce qu’ils voient qu’il y a quelque chose à faire. Il y a plein de gens qui nous envoient des maquettes, qui aimeraient bien qu’on les produise. Le problème, c’est que nous n’avons aucuns moyens. On a juste le moyen de produire nos propres disques pour le moment. On leur explique donc la manière de faire, de faire ce qu’on a fait en montant notre propre structure. Je pense que c’est le meilleur moyen.
Il serait souhaitable que vous fassiez des émules ! Au lieu de prendre des initiatives, j’ai l’impression que le hip-hop est un style où les gens attendent que les maisons de disques viennent les chercher…
Dj Greem : Je suis pas d’accord ! Le hip-hop est l’un des mouvements musicaux où il y a le plus d’effervescences au niveau underground. Le phénomène ‘street-cd’, n’existe pas ailleurs. Les mecs se bougent grave et du coup les majors viennent les voir parce qu’elles se disent » Ils ont réussi à vendre 10000 street-cd ! » C’est ce qui s’est passé pour Synik et pour plein d’autres artistes. Je pense donc que les gars se bougent à faire leurs produits, leur street-promo qui est aussi liée au hip-hop… Dans le mouvement, ils arrivent vraiment à se démerder par eux-mêmes.
Mais ce n’est pas nécessairement pour une question d’éthique, c’est peut-être plus par la force des choses.
20Syl : Oui, et puis par rapport à la culture. La culture Mix-tape, c’est de faire les choses et de les vendre de la main à la main. Ça s’est toujours fait comme ça.
Produisez-vous d’autres artistes ?
20Syl : Non, pour l’instant, c’est concentré sur C2C et Hocus Pocus. On n’a pas les moyens de développer pour le moment.
Pour conclure, que signifie votre blaze ?
20Syl : Hocus Pocus, c’est abracadabra en d’autres langues.
Dj Greem : C’est les tours de passpass, l’illusion, toutes ces choses-là.
Interview réalisée à Saint-Etienne en 2005
photos : S. SOLINAS / B. TRICHET












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