Mighty mighty basstone !
High Tone n’est plus à présenter. Ce groupe d’acharnés lyonnais incarne l’état d’esprit et la fierté de toute la dub génération française. Etroitement associé au label Jarring Effects, High Tone a ouvert une voie qui, même si elle semble aujourd’hui évidente, a permis à des dizaines de groupes d’adopter une esthétique tournée vers l’électronique tout en pratiquant leur musique sur des instruments conventionnels. High Tone a inventé un genre, qui s’est à ses débuts qualifié de dub électro ethnique et qui excelle désormais dans une conception des musiques urbaines qui décomplexent totalement les productions françaises des innovations anglo-saxonnes. Cette 3ème voie dans le dub, avec une démarche similaire à la volonté d’expression et à la spontanéité du punk ou de la techno, a permis à quasiment tous les styles de confluer vers une nouvelle déclinaison des musiques alternatives.
Le groupe au potard, représenté par un dub-logo idéal, déléguait Julien, leur guitariste, pour répondre à ces questions , en marge de la tournée Underground Wobble qui passait par Tulle en Mai 2008.

Vos premiers maxis, concentrés sur l’album Bass Température ont jeté les bases d’une esthétique moderne et de nouvelles méthodes dans l’approche du dub et de l’électro. Quel était l’état d’esprit qui vous animait à la création du groupe ?
Une bonne énergie positive. Ça fait partie des années 90 qui a été pour nous une période assez fertile et pleine de développements, où on a vu apparaître les méthodes numériques, et les effets qui se sont démocratisés. En fait, il s’est passé toute une ouverture. Il y a plein de choses qui nous ont plu aussi dans les années 80 même si nous étions trop jeunes pour être dans ces mouvements-là. Nous étions plutôt fans des périodes du début de l’underground, 60’s et 70’s. Quand les années 90 sont arrivées il y a eu un renouveau de styles musicaux ou l’apparition de mouvements comme la jungle, tous les mouvements technos et drumn’bass. Nous sommes rentrés là-dedans alors qu’il y avait une vraie effervescence. Tout pouvait être nouveau ! Tu pouvais composer tous les jours, et ce n’était pas comme aujourd’hui où l’on peut tout mixer avec des moyens qui sont décuplés mais où en même temps beaucoup de choses ont déjà été faites. Il y avait beaucoup de places pour créer des nouveautés, avec des styles qui se mélangeaient et qui se mettaient d’un coup à fusionner. C’est toute cette effervescence des années 90 qui nous a inspirés et c’est vrai qu’il y avait quelque chose à amener dans le dub, qui est le père fondateur de pas mal de choses dans l’électronique. Mais c’est vrai que c’était pas mal la techno qui se développait et nous, nous avions envie de travailler le live, car qui dit musique électronique dit « des gens derrière leur machine ». On voulait faire fusionner les deux. Aujourd’hui c’est naturel mais l’intention était de rester vraiment live, mais en même temps d‘amener des techniques qui n’étaient pas utilisées en concert.

Etait-ce de votre part une démarche expressive ou aviez-vous la volonté d’être des précurseurs d’une nouvelle tendance ?
On avait plein d’influences mais nous ne voulions absolument pas copier le dub, avec tout le plus grand respect que nous avions pour tout ce qui avait été fait en Jamaïque ou en Angleterre. On ne voulait pas du tout copier, ça ne nous intéressait pas. On voulait vraiment créer une musique qui soit personnelle. Autour du dub, on a habillé des sonorités plus électroniques qui venaient plus du monde occidental et moins de la Jamaïque. Et d’un autre côté, celui-là plus « mondialiste », que l’on voulait encore agrandir au niveau des mélodies, on pouvait se permettre d’utiliser des mélodies très larges du monde entier, ce qui a donné un équilibre « ying yang » avec un côté des sons froids et industriels et de l’autre des mélodies très acoustiques qui venaient du monde ethnique. C’était des sonorités qui n’avaient pas été exploitées même si la world musique existait et mélangeait déjà le sampleur et l’électronique. Mais pour nous ce n’était pas très convaincant. En fait on ne voulait pas une démarche trop hardcore même si on avait beaucoup de potes dans les milieux hardcore de la techno. Et même dans les milieux hardcore du rock, mais dans les messages que l’on voulait faire passer en subtilité, on ne voulait pas aller droit dans le hardcore. Il faut des spécialistes et nous sommes aussi des spécialistes de certains genres, mais on voulait faire sortir une aura positive du groupe, moins axé sur le hardcore. On trouvait un relief intéressant entre la musique du monde et la musique industrielle, deux opposés et être au milieu de tout ça.
A quelle période cela se passait-il ?
On a commencé à faire du son ensemble dès le début des années 90 mais, quand on s’est rencontrés, on était plutôt rock-hardcore. On avait une passion commune pour le reggae et le hip-hop qui était en train d’exploser avec le Wu Tang Clan par exemple. Le dub est venu comme ça et à partir de 95, on a arrêté de copier quoi que ce soit et on a voulu trouver un style singulier. De 95 à 98, on a beaucoup joué dans les squatts, notamment sur Lyon. On a amené cette nouvelle zique dans le mouvement alternatif et c’était déjà un mélange de dub, de musique ethnique et d’électro. En 98 on a sorti notre premier maxi. Là ça a effectivement posé la première pierre d’un nouveau style pour les musiques actuelles françaises.
Et plus de 10 ans après, comment ressens-tu le fait d’être considéré comme l’instigateur d’un courant musical à part entière ?
On est très contents ! Il y a 10 ans on avait 20 balais et on était hyper motivés pour amener de nouvelles sonorités ! On était hyper frais et on ne savait pas du tout ce que ça donnerait. Finalement ça a pris, on a bossé et c’est pas une major qui nous a fait découvrir ! On a bossé jour après jour sur le terrain avec les assos et les labels indépendants et toutes les structures qui pouvaient exister. C’est monté petit à petit. Rétrospectivement, c’est vrai que ça a fait un gros buzz et ça a influencé une certaine scène. Après, j’incite toujours les jeunes groupes à ne pas copier et partir du même principe que nous en faisant un bilan, voir ce qui a été fait et d’essayer d’amener les choses plus loin avec de la fraîcheur.
Si on analyse théoriquement, il est impossible que des groupes qui commencent à s’exprimer ne soient pas comparés à vous car vous avez élaboré une méthode qui ne peut-être que reprise.
Oui ils peuvent utiliser certaines parties, mais en même temps, il y a le dub-step qui explose, il y a différents types de break qui existent et des nouvelles techniques sonores. Il y a toujours des techniques nouvelles qui sont exploitables. Il se passe des choses dans la musique électronique qui peuvent être ré-humanisées avec des instruments ou a travers certaines techniques. Je pense à Venetian Snare d’un côté et à Captain Planet de l’autre, qui tape sur sa batterie et qui envoie plein d’effets… Il y a certainement des petits jeunes qui vont être doués en informatique et motivés pour des sonorités encore plus folles. J’ai plus envie de voir ça qu’un éternel groupe Ez3kelien ou Hightonien. Mais nous sommes très contents d’avoir porté un mouvement, de l’inspirer, et que ça puisse servir d’exemple, autant musicalement que dans le parcours indépendant.
Etait-ce une forme d’ambition de votre part ?
A la base on n’a pas cette ambition là. On a juste l’ambition de se faire plaisir et de partager notre son. Maintenant que la répercussion est positive, que l’on a travaillé dur et que l’on a mûri dedans et qu’on a 10 ans d’expériences, effectivement notre vision s’aiguise et on devient plus lucide sur certaines choses. On peut essayer de faire passer notre expérience mais ce n’était pas au départ cette motivation-là.
Quels sont les liens qui vous relient à Kaly live Dub, ou qui vous ont liés dans les années 90 ?
Ils nous relient encore ! Il y a eu un batteur en commun : au début des 2 groupes. Dom, notre batteur jouait dans les deux groupes et quand les 2 groupes ont commencé à marcher et à tourner ça a commencé à poser des problèmes donc ils ont dû faire un choix. Kaly a trouvé Matthieu qui est un excellent batteur et c’était très bien pour eux qu’ils puissent rebondir et surtout avoir un bon batteur. Mais dans la vie de tous les jours, au début des années 90 et avant que l’on passe à notre style de reggae à nous, alors qu’on était fan de dub et que l’on jouait dans des locaux avec eux, on faisait des jams et tout est parti de là. Après on a pris des appart’ ensemble et on a participé à des projets communs. On vit encore ensemble.
Cela a t-il créé une émulation ?
Il y a eu une énorme émulation au départ. Aujourd’hui c’est moins vrai puisque ça s’est beaucoup plus nationalisé voir internationalisé donc on peut se mettre en confrontation avec des groupes de partout c’est une autre effervescence mais en tout cas, à la base du mouvement, le fait de ne pas être seul dans son local à se regarder le nombril est à se dire «c’est bien ce qu’on a fait». Non, il y avait sur Lyon une effervescence de groupes qui amenait toujours plus loin. Ça a été une émulation hyper-positive de voir évoluer les autres groupes et de vouloir aller plus loin. Cette émulation a contribué à l’explosion des groupes. C’est un peu pour ça aussi que l’on a fait Kaltone, notre premier projet de collaboration. Tous ces projets de collaborations que l’on a menés on ne les a pas faits sur le kif d’une personne, mais d’abord sur des projets humains et des rencontres. Et c’est forcément avec les Kaly que l’on a eu les premiers contacts et on a voulu concrétiser cette amitié-là et la sceller au travers d’un maxi. On a continué ensuite l’expérience avec Impro et c’est bien dans l’ordre des rencontres que l’on a pu faire : Impro, puis Zenzile.

Saviez-vous à cette période que Caltone avait été un label Jamaïcain ?
Oui, avec un « C « . mais on l’a vu après, puisqu’on ne le savait pas avant.
Que répondrais-tu au fait que l’on puisse considérer que Kaly puisse être la face dark d’HighTone, dans les accords, la construction ?
C’est en partie vrai.
A l’époque du premier album de Kaly c’était vraiment frappant.
Les deux groupes tapent dans des registres assez vastes et variés qui ne sont pas cantonnés qu’au dub. Mais c’est vrai que avant même que l’on ne le fasse on se collait nous-mêmes des étiquettes. Pour High Tone il y a eu ethno-dub, növö-dub, massiv dub… alors que Kaly se voulait acid dub, hard dub, et dans ces qualificatifs là, tu vois déjà un peu la différence. Alors pourquoi pas le dark-side lyonnais. Quelque part au fond de nous, High Tone a peut-être plus de liens avec le rock hardcore et certains mouvements hardcore alors que Kaly était plus parti sur une inspiration psychédélique et sur des sons qui perchent alors que nous avec le temps on a peut-être plus essayé d’épurer et de faire des choix plus lumineux en faisant ressortir des mélodies alors qu’ils utilisent plus les côtés sombres des films. Parfois on envoie des choses comme des leitmotivs qui ressortent alors que eux sont dans la superposition de nappes. Les structures sont aussi différentes : ils utilisent souvent des structures de morceaux plus longs, plus torturés.
A leur période Electric Kool Aid leurs morceaux semblaient très structurés alors que vous sembliez plus sobres et d’un rendu différent qui n’a pas la même musicalité ?
Je pense que plus on avance et plus cela se sépare, parce qu’au départ lorsque nous jouions ensemble on avait à peu près les mêmes caractéristiques et quand on a commencé à sortir des disques les styles se sont peaufinés et en mûrissant un peu chacun acquiert des techniques en utilisant les mêmes règles du dub, mais en accentuant certains aspects plutôt que d’autres. Il y a aussi le fait aussi que nous ayions plus d’influences hip hop, même si ça ne s’entend pas franchement dans notre musique. On a cette pensée hip hop avec des samples qui peuvent arriver beaucoup plus crus, mais qui n’ont pas besoin d’être noyés. L’impact très dynamique du hip-hop où tu as moins besoin de réverbs et de délais, on sait l‘utiliser. On a des côtés beaucoup plus propres parfois.
Fais-tu aussi allusion aux platines et aux rythmes peut-être plus simples ?
Aux platines et à plein de choses. En fin de mesures on peut lancer des effets et sur le premier temps envoyer quelque chose comme sur un morceau de hip-hop bien calibré alors que Kaly a toujours tendance à faire « baver » plein de sons qui vont se perdre dans des méandres enfumés. Donc des fois, effectivement il y a des techniques qui ne sont pas utilisées pareil. Dans nos albums on aime bien amener des aspects mélodiques. Et des morceaux avec des timbres différents alors que eux font des albums un peu plus plombants dans une atmosphère toute liée, toute dark. Après quand tu vois les deux concerts tu vois qu’aussi dans les concerts HighTone il y des côtés dark et distordus avec des grosses montées. Quand t’arrives dans Enter the Dragon t’arrives sur un pic qui finira hard-techno. Et ce pic hard-techno que l’on donne est peut-être plus hard que le pic du haut du concert de Kaly. Mais dans l’ensemble on compose avec peut-être un peu plus d’éclectisme.
Quel est à ton sens, depuis la fondation d’HighTone, votre morceau étendard ?
Ça a un peu évolué avec les années mais je pense que ce qui a marqué les gens ce sont plutôt les morceaux mélodiques, avec des morceaux comme Delhi Katmandou et tout ces morceaux vraiment teintés ethno, et tous ces morceaux qui finalement n’étaient pas très » hard » et plutôt planants, genre ethno-dub. A partir d‘ADN, on a commencé à corser un peu plus le truc avec des morceaux comme Bad Weather et Enter the Dragon que l’on joue encore aujourd’hui. Actuellement on ne joue plus de morceaux d’Opus Incertum qui sont pourtant des morceaux plus cools et demandés. Il n’y a plus de morceaux de Bass Temperature où il y a quand même Echo-Logik. C’est un album qui a beaucoup marqué, mais on a évolué au niveau du son. Bass Temperature contient des morceaux de 98-99 et 2001, les années de création de ces maxis, ce qui fait déjà 8 ans. Et jouer 8 ans les mêmes morceaux, ce n’est pas easy… On garde Enter the Dragon parce qu’on a pas fait de morceaux plus puissants et que ça permet de faire un pic dans le concert. Il a donc son utilité : on aurait du mal a placer tous les autres morceaux. On peut en jouer tellement ! Là on vient de sortir un album pour lequel on a bossé pendant des mois à la composition, à la production et à travailler le live donc au bout d’un moment ce sont les morceaux que l’on a le plus envie de jouer.

Quel est pour toi l’objectif du live : présenter vos dernières créations ?
Je pense mais il n’y a pas que ça non plus. Pour nous un spectacle n’est pas que la présentation d’un album mais un moment que l’on doit vivre avec les gens. On sait très bien que tout le monde n’aura pas écouté le dernier album. On essaye de créer un moment où les gens viennent s’éclater au niveau visuel.
Ce spectacle est-il conçu de façon immuable pour chaque set ?
On s’éclate à l’intérieur du truc mais ça reste assez figé, il y a un ordre réfléchi et logique dans ce qui se passe. On ne pourrait pas attaquer avec le morceau le plus dur du concert parce qu’après on ne pourra pas monter plus haut.
Pour en revenir aux splits : pourquoi ne pas faire un concert ou une tournée en regroupant les participants des différents aux projets Kaltone ?
Ca nous plairait énormément. Zenzile nous ont proposé de faire une tournée ensemble pour laquelle nous étions très motivés mais quand tu regardes, il suffit que les albums et leur préparation de sortie soient en décalage et ça nous fait des décalages de 6 mois à 1 an. Le temps avance super vite et il est très dur d’organiser des tournées comme celle-là, et en plus ça coûte cher. Autant il y a 5 ans on pouvait faire des concerts Zenzile-HighTone ensemble ça ne coûtait pas trop cher à l’organisateur, aujourd’hui même si on ramène plus de monde ça fait des budgets durs et ils préfèrent mettre une première partie découverte et ne mettre qu’un des 2 groupes. Pour une date c’est pareil, ça demande de trouver un timing d’au moins une semaine pour travailler ensemble. C’est une organisation très dure pour une date mais finalement si on peut le faire pour une date on peut le faire pour 10 dates. On aimerait bien le faire mais c’est chaud pour le timing.
Fabrice : Zenzile était ultra chaud pour faire ça. Ils ont vraiment poussé l’histoire. On a eu le choix : c’était ou notre album Underground Wobble ou cette tournée avec Zenzile. On avait le choix entre les deux, et on a préféré faire un nouvel album
Quel pourrait-être votre prochain split ?
Julien : On a proposé à Brain Damage, on attend une réponse. Ce serait moins sur l’idée d’un Split : on va faire remixer un peu dans l’idée de Reprocessed faire remixer des morceaux d’High Tone mais cette fois-ci plus dans une direction sound system, plus que le steppers remixé par Brain Damage, Iration Steppa.
Ils sont vraiment rodés à cet exercice. Si l’on considère que Highvisators est l’un des meilleurs disques de dub français, est ce que vous pouvez me donner quelques détails sur sa conception ? 7 morceaux en 4 jours cela semble considérable ?
Julien : En fait le projet Highvisators était parti pour être un projet comme le Kaltone, pour un maxi en fait. Il n’y avait pas l’idée d’un album et il se trouve que effectivement on a été assez productifs en studio et que du coup on a pris la direction d’un mini-album. C’est dire que l’effervescence était bonne ! Ça a été abordé de façon spontanée puisque les Impro sont très «humains», très bon vivants, très spontanés et comme leur nom l’indique, les Improvisators Dub sont les rois du jam et de l’improvisation. Zentone est un peu un projet opposé.

Pourquoi ?
Julien : Les Zenzile intellectualisent plus l’affaire et avaient besoin que l’on prépare de la matière avant d’arriver au studio. Ce n’était pas l’idée du jam qui primait mais l’idée de préparer des choses à l’avance et après de donner le meilleur de soi sur des structures établies alors qu’avec les Impros, c’était plutôt d’avoir suffisamment de Pastis !
Fabrice : Avec Zenzile on a l’impression qu’on est arrivés avec des compos en studios alors que 80% de la matière a été posée en studio.
Julien : Il y a des éléments que l’on a rajoutés mais il y a beaucoup de lignes de basse qui ont été choisies au préalable. On s’était fait écouter les morceaux.
Fabrice : 4 morceaux !
On avait bossé pendant la tournée.
Fabrice : C’est vrai qu’avec Impro on est partis total freestyle. On est arrivés en studio on avait rien et dans la minute on construisait notre truc, alors qu’avec Zenzile il y avait une démarche de réflexion. Mais ça reste du jam.
Mais comment produire 7 morceaux en 4 jours ?
Julien : On a pris plusieurs ingénieurs du son et on tournait. Il faut savoir que normalement tu loues un studio pour 8 heures et tu choisis ta tranche l’après-midi ou le matin. Nous, comme on a pris plusieurs techniciens-son, le studio était ouvert jour et nuit. Vu que l’on n’allait pas faire jouer 2 batteurs ou 2 bassistes en même temps c’était l’effervescence dans le studio. A n’importe quel moment tu descendais voir ce qui se passait, tu mettais ta patte, t’allais te coucher. Il y avaient ceux qui était de la nuit, ceux du matin…
Comme un phalanstère !
Julien : Il y avait une effervescence assez marrante et c’était assez spontané, c’était plutôt la teuf et animée. C’était très festif et aussi une aventure humaine. Je pense que c’est ce qui ressort de ce disque-là. Après, il n’y a pas de directions autres que le dub parce que l’on savait que l’on aurait eu du mal à faire de l’électro avec Improvisators Dub.

Et pourtant !
Julien : Ils ont des sons steppers qui sont très électro, très durs et ce sont des gens ouverts. Avec Manutension on est allés en free de nombreuses fois. Pour autant, quand ils composent ils sont très axés sur le dub.
Pourtant vu le résultat il y a deux morceaux très connotés électro !
Keep on fire et le dernier.
Les deux derniers de chaque face du vinyle.
Il y a aussi le morceau dub électro disco ! Mais c’est plus l’influence High Tone.
Oui, cela semble flagrant, en plus c’était votre période ADN ?
Oui, mais quand t‘écoutes Keep on Fire ça reste un morceau quand même très stepper. Tous les morceaux du Highvisators sont issus de rythmiques vraiment dub, reggae, stepper. Et si tu regardes la pochette, il est écrit « 100 % dub ». Ce n’est pas ce qu’on peut penser d’High Tone, qui ne fera jamais ça sur un album.
Justement, vous avez produit deux 10inch en 2006, méchamment stepper, l’un avec Shanti D et l’autre avec Martin Campbell. Pourquoi avoir dissocié ces productions de votre discographie en ne les sortant que pour les « dub-spécialistes » ?
Il est très clair qu’avec High Tone on voulait créer un son nouveau et singulier, un mélange « ethno dub », mais on est des fous-amoureux de la culture jamaïcaine et de toute la musique qui a pu être faite, même plus puriste. On ne voulait être ni hardcore, ni être hippies, ni être des gros « punks défonce. » On ne veut pas avoir à choisir, on aime tout équilibrer et s’éclater dans tout. Donc High Tone, c’est High Tone et ça sonne High Tone mais on aime tellement la culture sound system qu’on avait envie aussi de faire plaisir et de faire des rencontres avec des chanteurs et faire ces galettes en 10inch pour les dj’s des sound system.
Ca marche bien : carrément UK !
Ça ne sonne pas High Tone. Ce sont les connaissances d’High Tone mises au service du nü-roots, du stepper et des sound systems en général. On a commencé cette lignée et on aimerait bien en faire d’autres, par passion. Quand on les a sortis, c’était une période où Jarring avait beaucoup de problèmes financiers et où ils avaient décidés d’arrêter les vinyles pendant un certain temps parce qu’il n’y avait pas assez de rentabilité, donc ça tombait mal quand nous avons fait ce projet-là et vu qu’on a notre petite caisse on a décidé de le produire nous-mêmes. En même temps ça nous plait de faire des projets pirates en exemplaires limités.
Comment avez-vous rencontré Martin Campbell ?
On l’aime beaucoup pour ce qu’il a fait et il se trouve qu’il était en contact avec Musical Riot qui est une association d’Aix qui fait beaucoup de programmations sound-system, notamment en PACA. Ce sont des amis à nous, et ils nous ont dit que c’était un gars sympa et à partir du moment où ce n’était pas prises de tête et qu’il y avait moyen de le rencontrer assez facilement, et vu qu’il est sympa et que l’on aime ce qu’il faisait on lui a fait une proposition qu’il a tout de suite acceptée. On l’a rencontré et d’ailleurs Dom, notre batteur a fait une tournée avec Martin pour Musical Riot où il faisait la sélection.

Dans le cadre du Big Dub Sound System ?
Voilà, Dom qui fait le « Big Dub » a fait une tournée en sélection pour Martin. Derrière ça on a enregistré et on reste en super bons termes.
Etait-il présent lors de l’enregistrement ?
Bien sûr. On n’aime pas trop les trucs à distance où on ne rencontre pas les gens. On évite ce genre de projets-là.
Restons dans le cadre des featurings. Pour les gens qui étaient présents à Lamastre en 2004, l’intervention de Gérard Baste, de Svinkels, était-elle spontanée, ou cela a-t-il était préparé ?
Oui : il était venu se tester pendant les balances.
Ce n’est donc pas sur le coup où il a craqué et il est venu vous rejoindre sur le plateau ?
On l’aurait laissé venir s’il était motivé. Il avait envie de le faire, il nous a demandé et on avait rallongé l’intro de Enter the Dragon.
C’était sur Enter the Dragon ?
Sur le beat de hip hop en intro avec un accord, que l’on a rallongé et modifié.
L’avez-vous enregistré ?
Non.
C’est dommage !
Peut-être l’avait-il à Lamastre. On n’a pas pensé à le récupérer sur le coup. C’était tellement une grosse soirée, improbable, qui partait en live à tous les niveaux… Les Svinkels sont des gens que l’on a rencontrés sur la route et en festival et avec qui on a passé des soirées et des afters. Ce sont des bons gars donc c’est avec plaisir qu’on ferait des trucs avec eux.
De quels artistes vous sentez-vous proches ou vous-vous sentez des affinités ?
Tous ceux que l’on a cités : que ce soit Kaly, Ez3kiel, Zenzile, Improvisators Dub. Ce sont les groupes, qu’ils soient dans Jarring ou pas, qui font partie de cette scène électro-dub française.
Et dans l’underground en général ?
A Lyon il y a plein de petits labels et plein de groupes qui émergent. Une des bonnes rencontres que l’on a pu faire sont les Reverse Engineering en Suisse. C’est un groupe qui explose, qui a travaillé avec Dj Vadim, avec Blu Rum, ou avec Sayid d’Antipop Consortium.
Une question générique : de quoi l’avenir d’High Tone sera t’il fait à court, moyen ou long terme ?
Là on bosse à fond sur la tournée d’Underground Wobble. Ça va très vite : on prépare nos plannings un an à l’avance, voire plus. On va faire la tournée d’Underground Wobble jusqu’à la fin de l’année et après très certainement vu qu’on a passé beaucoup de temps sur la route on va prendre du temps pour composer et refaire un disque. Savoir si on va le faire express ou si on va prendre le temps de réfléchir pour essayer d’amener des éléments différents, je n’ai pas encore la réponse.
Comment se passe la structuration de vos créations ?
A l’origine tout est un travail de collectif. On refuse catégoriquement que quelqu’un amène trop d’éléments d’un coup. Il faut que cela naisse au local. Ça fait 10 ans qu’on fait de la zique et au début il y avait pas d’ordinateur et il n’y avait pas assez de mémoire pour dire « je pose l’ordi au milieu de la pièce, puis j’enregistre des boucles et je les recolle »… C’est venu progressivement et c’est vrai qu’aujourd’hui on utilise en partie ces techniques aussi, c’est-à-dire produire en jouant au local mais tout part de la rencontre au local. Après ce qui change, par rapport à avant, c’est que nous composions les morceaux les uns derrière les autres. On prenait un morceau, une idée apparaissait et nous l’amenions jusqu’au bout de sa structure et de sa composition, que cela prenne une semaine, un ou deux mois. Mais à la fin on avait notre premier morceau, et au bout d’un moment, on avait de quoi faire un album. Maintenant on travaille plus au local de façon spontanée : au lieu de finir un morceau et de le finir tout de suite, dès qu’une idée nous plait, on l‘enregistre et on passe à autre chose directement, sans le structurer, et sans le finir. Tous les jours on fait de la compo, de la compo, de la compo et on arrive à une cinquantaine d’ambiances qui ne sont pas finies. Mais au bout de 4 mois, au lieu de n’avoir que 4 morceaux complètement achevés on en a 40 qui ne le sont pas. Ca nous laisse un plus large panel pour choisir lesquels on va choisir pour un disque. Parfois, lorsque tu composes les morceaux les uns derrière les autres, tu as une idée qui semble bonne sur le moment parce que tu te fais plaisir, mais en fait elle ne subit pas l’épreuve du temps. Et si tu as perdu du temps sur un morceau et après que tu n’en as que 10, tu seras obligé de le mettre dans ton album parce que t’en auras pas d’autres, alors on choisit de développer 40 ou 50 idées au lieu de 10.

Dès lors, le consensus est-il facile à trouver pour élaborer un tracklist ?
Il ne l’est pas forcément. On marche au vote, et comme on est 5 il y a toujours une majorité qui l’emporte. Mais effectivement, il y des fois ou 100% des gens sont convaincus et parfois non… C’est justement un travail de collectif. On a aussi des projets individuels.
Quel est ton side-project ?
Avec Aku-fen, je fais des spectacles de musique, de danse et de théâtre avec dj Twelve (dj d’high Tone) et d’autres qui ne sont pas sortis en production.
Comment l’envisages-tu ? Est-ce une récréation ?
Oui : High Tone représente 98% de ma vie et il ne reste que 2 %. 1 % pour ma meuf et 1 % pour encore de la musique… je rigole. Tous mes projets solos sont du divertissement, je fais ça la nuit.
Cela doit t’apporter une certaine fraîcheur par rapport à HighTone ?
Ça fait hyper longtemps que l’on fait de la musique. Je n’ai pas le bac, rien, j’ai toujours voulu faire de la musique et tout apporte : les rencontres, toutes les expériences. Que les projets sortent ou ne sortent pas, tous les jours il faut faire de la musique.
Interview réalisée à Tulle en Mai 2008.





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