Les Guns of Brixton font honneur à leur mythique blase, glorieux patronyme, tiré du nom d’une chanson légendaire des Clash. Ce quatuor caennais excelle dans un style dub rock dont les groupes français se sont fait une spécialité. Affiliés à la scène dub, ils se revendiquent fièrement d’un courant indépendant, au sens large. Leur démarche alternative et leur intransigeance en font ainsi de dignes successeurs des meilleurs formations de noïse hardcore française, et les placent dans le cœur du grand public entre Burning Heads et Zenzile. C’est justement au cours d’une de leurs première partie que les Guns nous accordaient cet entretien.

Quelle a été l’évolution de la formation : quel a été votre parcours et quelles sont les influences que chacun apporte ?

Cyrille : Le groupe en tant que tel, sous le nom de Guns of Brixton a 5 ans. La première année nous étions 5 avec Sidoine à la batterie, Nico à la basse et Cyril et moi à la guitare. On était en plus avec un 2ème guitariste, Adrien, et un dj, dj Gormack, qui est maintenant sur Nantes et qui fait de la drumn’bass. Adrien est parti vivre à Paris pour des raisons professionnelles et ils sont partis quasiment en même temps vivre autre chose. On s’est retrouvés à 3. Sur ce est arrivé Steeve. Qui est batteur à la base, qui a fait du punk-rock et du reggae à la batterie et qui est venu faire les machines et clavier pour remplacer les deux parties. Ca fait 4 ans que nous sommes sous cette forme là.

Vous aviez un dj à l’origine ? C’est dingue, parce que parmi toutes les influences hyper variées que vous avez, la drumn’bass est la seule qui ne soit jamais citée.

Cyrille : Le fait est que Gormack a toujours fait ça et qu’il continue. Guns a toujours été des histoires d’amitiés, et ça nous faisait kiffer à l’époque de jouer avec lui. Après c’est sûr que la drumn’bass n’est pas vraiment une influence à part un peu pour Sidoine. Les autres ce n’en est pas vraiment une.

Sidoine : Ca nous a semblé assez cliché de mettre de la drumn’bass dans du dub.

Cette période était en 2003 alors ?

Cyrille : Oui, on s’est formés en décembre 2002 sous la formation à 5. Et fin 2003 on s’est retrouvés à 2 de moins et quand Steeve est arrivé on a tout remis à plat.

Depuis vous avez fait 2 albums ?

Cyrille : La démo on l’a fait à 5, avec un dj et deux grattes. Le premier album, Near Dub Expérience, il y avait quelques morceaux que l’on avait composés avec les autres, comme 8 minutes au Tibet. Mais pour les deux albums c’est nous 4.

Le premier album correspond à une période charnière?

Cyrille : Oui comme on avait prévu d’enregistrer un album mais comme il y avait un nouvel arrivant il fallait tout remettre à plat et bosser. On en est pas d’ailleurs super satisfaits de cet album , parce que nous sommes allés un peu trop vite.

Quelle est la part des influences de chacun des protagonistes de Guns Of Brixton ?

Cyrille : Disons que basse-guitare on vient du punk rock et du hardcore. Moi en tout cas je n’ai fait que des groupes de punk-rock ou de hardcore. Nico aussi. Steve au machine était donc batteur : il a fait pas mal d’années au sein d’un groupe de reggae dub, et dans sa jeunesse pas mal de punk rock. Sidoine, notre batteur actuel, a fait du reggae et de la fusion. Après quand on s’est retrouvés, on a tout mis en commun.

Et à l’heure où nous réalisons cet entretien, de quel courant musical vous vous sentez proches ?

Cyrille : On a été classés immédiatement dans le dub mais nous ne revendiquons aucune appellation spéciale même si j’aime bien la scène dub française, et des groupes de Zenzile avec qui nous tournons et qui sont des potes. C’est cette scène qui m’a un peu ouvert les oreilles sur cette musique là, et pas forcément le reggae puisque je n’ai pas cette culture là à la base. C’est le punk rock qui m’a amené au reggae avec les Clash, les Ruts et les Bad Brains. Ils ont fait ouvrir les oreilles des punk-rockers !

Outre votre nom, quel est le lien qui vous relie au Clash , du point de vue de mixité ou de la composition ?

Cyrille : Je ne suis pas persuadé que ce soit inhérent à Guns, mais je pense que la démarche dub en France est de mélanger. Même si j’adore, on est hyper loin de la base et de King Tubby et de tout ça. Le propos n’est pas de juger mais je trouve que le dub à la française mélange les guitares du punk rock, le reggae dub, l’électro. Chacun fait ce qu’il veut, il n’y a pas de gardiens de chapelle : on s’en fout ! Que tu sois blanc, noir, que t’es une crête ou pas, on s’en fout, on fait de la zique !

Comment s’est imposé le choix de votre nom, qui est quand même super puissant ?

Cyrille : C’est l’héritage de notre discothèque punk. Ce sont les Clash qui nous ont ouvert les yeux. En 75, ils traînaient avec des dj’s reggae-dub comme Don Letts . (lire dj au sens selecta). Ils mélangeaient les crêteux et les rastas, les communautés noires et les communautés blanches. Fuck au racisme et tout ça, ça ne date pas d’hier.

Il est appréciable d’évoquer ces notion de mixité…

Cyrille : C’est comme ça qu’on avance et j’espère que c’est comme ça que l’on avancera même si ce n’est dans l’idée des dirigeants politiques de nos contrées.

Vous ouvrez ce soir pour Zenzile : quels sont justement les groupes avec lesquels vous avez des affinités ?

Cyrille : Zenzile donc, les Burning Heads, Ez3kiel, Lab°, Kaly live dub, Idem qui sont des super potes. Et puis les acteurs locaux de Caen qui ne sont pas forcément connus du grand public, comme Ravi ou Headcharger.

Comment expliqueriez-vous la provenance et la concentration géographique des groupes de dub rock, que l’on peut situer dans le nord-ouest de la France entre Angers, Caen, Paris, et qui sont très marqués rock ?

Sidoine : Ça doit être lié au climat…

Cyrille : On se caille le cul et ce n’est pas festif ! Il pleut tout le temps !

Pour en revenir à votre musique : quelle en est son assise ? Comment composez–vous ? Comment naissent vos morceaux ?

Cyrille : Très peu de la programmation qui est plus un outil qui enrichit la base. Ca ce passe au local de répét, avec un axe clavier-basse-batterie.

Vous êtes cependant rigoureusement calés sur la programmation ?

Cyrille : Oui, Sidoine joue au click. C’est un outil dont on se sert pour étoffer. Il y a quelques morceaux sur l’ensemble de ce qu’on joue où la base est électro et où Steve a plus bossé, mais cela reste « anecdotique » : c’est vraiment plus guitare basse-batterie-clavier. On cherche et quand on commence à avoir une structure on fait après un travail sur « l’ordo ».

C’est à dire ?

Cyrille : Comme Sidoine joue au click en live, il y a des séquences à l’ordinateur qui passent en même temps

Sidoine : Comme j’ai le click, (au casque) ça me permet de donner le départ à mes confrères et donc ça permet de rajouter des voix callées, des violons, des arrangements. C’est sûr que tu restes sur des morceaux figés, à la note près.

Cyrille : C’est du 50-50. Il y a des morceaux ou c’est du click du début à la fin et d’autres ou il n’y en a pas.

Tu joues précisément sur un métronome ?

Sidoine : En fait je suis relié à Steve qui est aux machines et qui se trouve à l’autre bout du plateau. Je suis relié jusqu’à une table de mixage qui me permet moi dans mon casque qui me permet de faire un mix des rythmiques electro et des violons et en même temps du click. C’est à moi de choisir en fonction des morceaux.

Où votre musique s’exprime t-elle le mieux ? Live ou studio ?

Cyrille : Sur scène ! Le studio c’est plus de concentration et de travail, qui est aussi intéressant parce que tu peux aller au bout de tes idées. Mais sur scène avec les gens devant, t’essaies d’envoyer le boulet et de défendre ton nom. Tu te retrouves ensuite avec les gens pour discuter.

Sidoine : Le studio est plus un travail de précision où il est difficile de faire ressortir l’énergie du live.

Cyrille : En studio on est beaucoup plus recentré sur nous : nous quatre et les techniciens. C’est plus pesant.

Sidoine : D’autant plus que lorsque tu arrives en studio, c’est avec des morceaux assez frais qui viennent d’être composés que tu n’as pas vraiment eu le temps de faire vivre en live. Moi je me suis un peu retrouvé avec un manque d’énergie à la batterie.

Cyrille : Ca dépend certainement des groupes mais on ne travaille pas de la même façon le live et le studio qui est plus douloureux pour nous.

Sidoine : En live on fait la fête, on s’amuse bien en général !

Vous vous auto-produisez ?

Cyrille : Notre « label », qui n’en est pas un, La Kalashnikoff est notre asso qui regroupe plusieurs groupes. Ce n’est pas vraiment un label mais c’est bien comme ça.

Vous espéreriez faire partie d’une structure plus conséquente ?

Cyrille : Pourquoi pas mais pour le moment, sauf pour l’éditeur et le distributeur on n’a pas forcément cherché. Si t’es pas distribué, déjà que c’est la galère le disque… donc on est chez Pias pour le deuxième. La lutte est sans merci. Après l’album pour le moment on a pas vraiment eu besoin de label mais de toute façon on a pas vraiment eu d’opportunités. Personne ne nous l’a proposé.

Mais comme vous êtes des punks, l’autoproduction…

Cyrille : … c’est bien aussi ! Mais à un moment donné si on veut faire un truc un peu plus costaud avec un disque qui sonne mieux, il faut des ronds ! Et les ronds, on va pas les chier ! Faut réfléchir, rien n’est exclu mais en tout cas on n’ira pas faire les putes pour avoir un label à tout prix. Si il y a des gens qui nous proposent des trucs intéressants évidemment que l’on y réfléchira.

Quoi qu’il en soit vous faites énormément de dates et le public semble au rendez-vous !

Cyrille : Cette année effectivement on commence à faire pas mal de dates mais après le public au rendez–vous on ne sait pas vraiment. Depuis vendredi dernier on ouvre pour Zenzile donc on a quand-même l’impression que les gens viennent pour voir Zenzile et c’est normal. Je ne sais pas s’ils viennent pour nous les gens. Je n’arrive pas à savoir si l’on est connu dans les villes dans lesquelles on passe.

Sidoine : Quelques-uns viennent découvrir.

Cyrille : Et des gens nous disent aussi qu’ils ne connaissaient pas et que c’est une super surprise, et qu’ en termes d’efficacité c’est du 100% !

Du fait de votre deuxième venue à Clermont, quel souvenir gardez-vous de la quatrième Nuit du dub à laquelle vous avez participé en 2004 ?

Cyrille : C’était hyper étrange en fait, parce que nous étions en conception du premier album.

Sidoine : Il n’y avait que la démo de disponible à cette période.

Cyrille : François, le programmateur, l’avait reçu et l’avait trouvé bien.

Sidoine : Il l’avait reçu en fait parce qu’un groupe de notre région qui s’appelle Tchao Paï Paï avait fait un envoi de nos démos respectives, et nous avons été retenus.

Cyrille : Cette Nuit du dub où il n’y avait plus de place, nous avait été proposée pour jouer 30 minutes ! On a dit « c’est parti » et on est descendus ! C’était à la fois cool et hyper impressionnant puisqu’on a ouvert, et qu’il y avait peu de monde lorsque nous sommes montés sur le plateau et que j’ai regardé mes lacets pendants 2 morceaux, et lorsque j’ai levé la tête : c’était blindé de monde ! On était bien impressionnés !

Sidoine : Une de nos premières grosses scènes, du coup on est partis loin de chez nous.

Cyrille : A quatre, là, comme ça c’est le premier gros lieu.

Et par la suite, quels ont été les concerts marquants ?

Sidoine : Suite à celui-là, l’association Première Pression de Toulouse a eu des échos et quelques mois après on a ouvert pour Horace Andy à Toulouse.

Et quel accueil vous a réservé ce public, que j’imagine plus consacré au reggae qu’au « dub rock« ? Aviez-vous une appréhension par rapport à la musique que vous pratiquez que vous confrontiez à un public dévolu au reggae ?

Cyrille : Ça a été un super accueil. Mais à cette époque on réfléchissait peut-être plus, parce que nous étions moins radicaux que maintenant. A l’époque ça ne nous venait moins à l’esprit parce qu’on avait fait moins de dates. L’été prochain on est programmé on Reggae Sun Ska Festival. A mon avis on risque de se prendre des tomates sur la gueule, parce que de la guitare électrique saturée au Reggae Sun Ska …

C’est un festival un peu plus éclectique que d’autres orientés exclusivement reggae !

Cyrille : Au fur et à mesure du temps, ce n’est pas forcément une date en particulier, c’est en cumulant les dates que l’on a rencontré Zenzile, Ez3kiel, Kaly, Lab°. Commencer à rentrer dans la « famille », c’était super impressionnant pour nous !

Les groupes de dub français constituent donc une famille ?

Cyrille : Pas forcément que dans le dub, puisqu’il y a aussi les Burning Heads et plein d’autres groupes. C’est un esprit !

A ton sens, quels sont les grands traits qui caractérisent cet esprit ?

Cyrille : Il n’y a pas de melons. Ils sont juste simples, ils tournent et c’est cool

Sidoine : Il y a aussi cette liberté de tourner autour de cette racine musicale qui est le dub à la base et de pouvoir le remanier et d’en faire ce que l’on veut .

Cyrille : Je trouve qu’il n’y a pas de manières dans cette sphère. On s’en fout de comment on est coiffé on s’en branle et on vient jouer ! Ca reste super humain mais il y a d’autres courants en France où l’on peut mettre ça en doute.

Où trouvez-vous un public fervent ?

Cyrille : Il y a eu une super date à Bourg en Bresse. On était totalement inconnu et on ouvrait pour High Tone. Ça reste un souvenir monstrueux.

Sidoine : A Châlon sur Saône et Bourg en Bresse ça a pas mal marché.

Cyrille : Et là Marsatac, à Marseille, où on pensait prendre un gros vent c’était cool aussi. On a joué avec Svinkels, Zenzile, Mos Def, MOP, Cinematic Orchestra !

Vous avez pu le côtoyer, Mos Def ?

Sidoine : Il y avait sa loge à côté de la nôtre mais on l’a plus trop vu. Par contre on a vu MOP avec ses grosses chaînes en or !

Vous avez fait le Télérama dub festival cette année ?

Cyrille : Oui on a tourné avec Dub Trio.

Sidoine : C’est la grosse claque, à l’américaine ! Les mecs qui jouent avec Mike Patton, qui accompagnent 50 Cents.

Cyrille : C’est quand même un grand groupe. Un groupe ricain qui vient en Europe et qui joue 30 dates de suite sans jour off.

C’est un grand groupe pour nous, mais le grand public ne connaît pas forcément.

Cyrille : Par rapport à nous : Du coup le premier jour des 5 jours où on devait jouer avec eux, on se disait « Bon, on était super fiers ». On trouve super leur album ! Dès le premier soir, ils ont kiffé et on buvait des bières. On a passé une bonne semaine où on a joué à Paris, à Rennes, à Caen à Nancy : on a fait la semaine !

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