lp emblematique
Rétro dub français. Un album fondateur passé à la postérité
A l’heure du dub céfran 2.0, replongeons-nous sur un disque qui participa a poser les fondations du mouvement.
Manutension present Strictly Sound System Dub dub attacks the tech vol.1
Cet album steppa, composé en dub majeur, nous provient d’une époque où le dub était en France la filiation logique du punk rock et du milieu de la teuf. Sorti en l’an de grâce 2001, peu avant ‘’qu’entre les deux tours tout ne s’écroule’’, cet album fluide à l’écoute se révélait beaucoup plus complexe qu’il ne le laissait entendre…
Manutension, disparu en 2009, était un artiste à la gouaille hors du commun, sorte de mélange de culture populaire parisienne et d’influence jamaïcaine. Guitariste de son état, il s’extirpait pour l’occasion de son groupe, les désormais mythiques Improvisators Dub. Rétrospectivement, on peut d’ailleurs considérer que ce disque préfigurait l’évolution de ce groupe, qui fut le premier en France à jouer du steppa dub en live, dès lors qu’ils abandonnèrent leur sax et leur sitare au profit de solides claviers.
Pour son side-project éponyme, Manu a su créer un univers singulier, à la fois dub et tribal comme pour mieux unifier l’underground et faire consensus entre les sound system reggae et tribe (‘’ Ravers of dub’’) dont lui-même se délectait. L’artworck psyché-punk-dub du livret en atteste et nous plonge dans l’univers graphique qu’était celui de Manutension, entre une pile de singles reggae, des racks d’effets ou un portrait de John Lydon.
Largement consacré à des thématiques reggae (‘’Tribute to Prince far I‘’, ‘’Respect for King Shaka sound’’), ce disque sortit étonnamment sur le label bordelais Vicious Circle d’obédience rock indé, mais qui était aussi à ce moment-là celui des ‘’Impros’’.
Manutension, à l’origine des compositions, sut s’entourer de musiciens additionnels qui cimentèrent en quelque sorte les parties digitales. Les parties vocales sont assurées par Jonah Dan (« Manutension meets Jonah Dan») et par Sister Nadia notamment sur « Nadia in dub », ici tourmentée par des aléas sentimentaux, et dont il racontait l’enregistrement au cours d’une nuit entière.
12 morceaux, plus un treizième caché au-delà du mix de près de 13 minutes (!) de « Free women and children », composent cet album. Il est à relever que la version vinyl, a l’artworck différent, n’en contient que 8.
Un skank de guitare incisif, spécialité de Manu, jalonne ces riddims à la basse parfois distordue et au beat résolument massif. Filtres dub et flanger, se placent au cœur d’un maelstrom d’effets superposés avec justesse et caractérisent ces productions, très influencées par le UK dub de ses amis Dougie Wardrop et Mark Iration. Des sirènes à tout va et des percus galopantes agrémentent par ailleurs l’ensemble.
Cet album de dub généreux et expansif, à l’image de son créateur, aura marqué à tout jamais le dub outernational des années 2000.
Pour certains, la disparition de Manutension marque la fin d’une époque dans le dub français, laissant aux années 2010 l’avènement d’une bass-music plus orienté vers le dancefloor que vers les principes alternative.
Pour clore cette rétrospective, notons que cet opus trouve naturellement son prolongement dans le titre ‘’Jean Phillipe’’ enregistré avec Winston Mc Annuf qui figure sur la compilation French Dub System 2.0 parue en 2005. On se saurait par ailleurs que vous recommander la compilation ‘’Let Jah Music play’’, toujours sur Vicious Circle, et le maxi posthume ‘’Nou Pani Combine’’ sur le label Gabriel Romann Muzik.
Zagazaï !!




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