Comme un syncrétisme des cultures populaires méridionales, la musique de Dupain se situe à la croisée des chemins des « traditions occitanes « et de nos cultures contemporaines. Cette constante invitation à la fête n’est évidemment pas dénuée de sens : le vécu et la personnalité même de ces 5 musiciens en est l’assurance ! Dupain devrait éveiller votre curiosité, puisque leur volonté jadis affichée de « faire une musique propre à la Méditerranée » est aujourd’hui atteinte. Ce quintet pratique une musique aux textes populaires, et aux influences méditerranéennes, inspirée des folklores italiens, maghrebins et espagnols.  Voilà une rencontre, en février dernier avec Samuel Karpiénia et Sam De Agostini, respectivement batteur et chanteur du groupe. 

De qui se compose Dupain, et quel est votre spécificité musicale à chacun ?

Samuel Karpiénia : Dans le groupe on est 5. Il y a : roue, batterie, basse, mandole et chant. L’apprentissage du chant, je l’ai fait en polyphonie. En polyphonie occitane, à Marseille. On avait monté un groupe qui s’appelait Gatcha Empega. On est tous autodidacte.

Pour la vielle aussi ?

Samuel Karpiénia : La vielle aussi il a appris tout seul.

Par contre la batterie semble solide, ça groove !

Sam De Agostini : Je n’ai jamais pris de cours. Avant j’ai joué dans un groupe de rock assez connu à Marseille. J’ai fait pas mal de trucs : du reggae, du jazz…

Elle était bien votre petite incursion dub, sur la fin de votre set. Était-elle improvisée ?

Sam De Agostini : C’était pas prévu… On ne savait pas si on allait la faire.

C’était extra, avec les effets sur la voix. Ça se voyait au contretemps que vous vous cherchiez un peu, que vous improvisiez…

Sam De Agostini : On n’a jamais joué de reggae. C’est pour ça. 

Samuel Karpiénia : Et la mandole, ça fait 6 mois qu’il en joue. Avant, il jouait de la basse avec Kanjaroc. Il était serveur dans un bar : c’était pas le même public !

C’est la troisième fois que vous êtes parmi nous : quels souvenirs vous restent-ils de votre précédent passage en Auvergne ?

Samuel Karpiénia : On est déjà venu en Auvergne, jouer avec Bumcello.

Sam De Agostini : Et la fois d’avant, c’était avec les Négresse Vertes, en 2000. La Coopé venait d’ouvrir.

Comment ça se passe ici avec le public ?

Samuel Karpiénia  : Ça va, il nous a compris… Il est curieux, mais c’est pas punk comme public. Ça va, c’est une ambiance posée.

Et avec Bumcello, était-ce la même ambiance ?

Sam De Agostini : C’était plus le feu avec Bumcello.

Samuel Karpiénia : Oui, c’était dans une petite salle. 

Sam De Agostini : Les gens étaient directs devant la scène : ça a plus décollé.

La musique traditionnelle semble être une influence majeure : quelle part prend-elle dans vos compos ? 

Samuel Karpiénia : C’est une influence, mais dans les musiques traditionnelles, on met aussi le reggae. C’est une musique traditionnelle de Jamaïque. On n’en utilise pas beaucoup.

Sam De Agostini : Ou la musique marocaine traditionnelle aussi…

Samuel Karpiénia  : Dans les rythmes, il y en a beaucoup de la Méditerranée. Des 6/8, qui viennent d’Italie du sud, du Maghreb… Dans le flamenco il y a en aussi. Tu vois, le rock est binaire et quand je dis 6/8, l’énergie est assez rock aussi.

Et le dub de tout à l’heure, vous l’avez fait en binaire aussi ?

Sam De Agostini : Oui, mais ternérisé : ke-chi-ketche / ke-chi-keut-cheu… (difficile de retransrire et de lire un riddim en onomatopée)

A la balance, tes grooves étaient terribles !

Sam De Agostini : C’est toujours à la balance que c’est terrible, pas en concert. C’est bon qu’à la balance ! (rires)

Votre accent fait chaud au coeur : êtes-vous de Marseille même ?

Sam De Agostini : Marseille et il y a en a deux qui sont de Port de Bouc. C’est une ville à côté de Marseille de 18 000 habitants. C’est là où il y a toutes les usines métallurgiques, les raffineries, etc…

Vos semblez marqués par la tradition ouvrière : venez-vous vous-même de milieux ouvriers ?

Samuel Karpiénia : Oui parce que Daniel, son père travaillait à l’usine, moi c’est pareil. Donc c’est tout un truc : le premier album, avec des textes ouvriers. Et en occitan, ça c’est un truc à moi que j’ai amené. Mais il n’y a pas de véritable tradition ouvrière occitane. 

Tes textes sont-ils revendicatifs ?

Samuel Karpiénia : Des valeurs de solidarité…

Plus de savoir-vivre que de politique alors ?

Samuel Karpiénia : C’est politique forcément. Dès que tu ouvres ta gueule, tu es politique. Si tu décides de ne pas faire de politique, tu laisses ta place aux autres… Monter un groupe de musique, c’est déjà un acte politique. Nous, on est politique au sens citoyen.

Vivez-vous de votre musique ?

Samuel Karpiénia : Plus ou moins bien, ça dépend des moments. On est tous intermittent, à part le mandoliste, qui est au chômage. 

Sam De Agostini : Et Pierrot qui vient de perdre son statut. Avec les nouvelles réformes, ça passe un peu à l’as. 

Comment se fait-il que tu es évolué vers le français au niveau de tes textes : ressens-tu le besoin que les gens les comprennent ?

Samuel Karpiénia : C’est naturel dans le sens où tu parles français et que les gens parlent français. Et j’avais envie de me tester, me lancer un gros défi : pourquoi pas faire du français ? Et quand même, c’est pas mal de penser qu’on est en train de te comprendre. Je l’ai ressenti ce soir : il y a une autre attitude du public.

Les gens étaient-ils plus distants auparavant ?

Sam De Agostini : Ils te disaient : « c’est joli votre langue », mais les textes… C’est comme de chanter en roumain, tu vas te dire que c’est une belle langue, mais tu ne sais pas de quoi ça parle, de ta mère, de la campagne. Il y a plus de poids en français.

Est-ce que ça peut aider Dupain de proposer des textes en français ? 

Sam De Agostini : Nous aider par rapport aux concerts, je ne crois pas, mais nous aider par rapport aux gens… Pour la compréhension des messages que l’on veut faire passer, oui, sans problèmes. Quand tu chantes en français, les gens t’écoutent. Quand tu chantes en provençal ou en occitan, les gens écoutent la chanson. 

Samuel Karpiénia : La musicalité…

Sam De Agostini : …ils écoutent plus les prouesses du chanteur que les paroles.

Samuel Karpiénia : lls adhèrent mais ne sont pas concernés. En français, ils vont s’approprier les paroles. Ça va les toucher.

Qu’est-ce qu’il se passe en ce moment à Marseille ? De quels groupes êtes-vous proches ?

Samuel Karpiénia : On est proche des Massillia Sound System, de Oaï Star, de Watcha Clan. On se connaît tous, mais après, il n’y a pas de mouvement fédérateur. Il y en a eu un : la Chourmo, avec Massillia mais ça date. C’était en 90, la scène raggamuffin…

On a pu constater ce soir que vous aviez pas mal de nouvelles compos. Préparez-vous un nouvel album ? 

Samuel Karpiénia : Ca y est, il est prêt. Il sortira en avril, il est fini depuis un an. (cette interview a été réalisée en février 2005, et cet album est donc disponible )

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