Dj Pone Quelques heures avant son dernier concert avec Svinkels, Dj Pone nous livrait ses impressions. Anxieux mais concentré sur sa technique, il devait ce soir-là avoir à cœur de marquer les esprits. Les svink, résolus eux aussi à marquer l’événement comme il se devait, promettaient un grand concert, en warm-up d’une grande fête annoncée en l’honneur du changement de cap de leur emblématique dj.
Quelle impression cela te fait de te dire que c’est ton dernier concert avec Svinkels ?
Je ne sais pas trop, parce qu’au final. Comme on a fait plein de concerts, je n’arrive pas vraiment à réaliser…
Peut-être plus tard ?
Oui, là, je suis un peu nerveux.

Sinon c’est un concert comme un autre ?
Sûrement, mais justement tu te dis « Est-ce qu’il faut que ce soit un concert comme un autre ? »
En fait tu vas tout déchirer ce soir ?
Je ne sais pas, peut-être que ce sera une catastrophe, je n’espère pas. Je suis un peu dans les vapes. J’y pense, je n’y pense pas…
Pourquoi as-tu choisi d’arrêter Svinkels ?
Ce n’est pas arrêter Svinkels. C’est juste que je ne vais pas être avec eux sur 2008. Je vais avoir trop de travail avec Birdy Nam Nam. C’est normal. C’est un projet dont je suis à la base, et qui appartient autant à tous ses membres. C’est un projet que l’on a tous les 4 avec Nico, Denis et Mike. C’est un groupe que j’ai intégré et où je me suis greffé et qui me tient à cœur. Et puis parce que j’ai une vie de famille, j’ai eu un enfant. Je ne peux pas tout mener de front, je n’ai pas envie de bâcler. Je n’ai pas envie de m’embrouiller avec les gens, je n’ai pas envie de privilégier un groupe ou l’autre. Ca fait une grosse cassure mais c’est sûr qu’il n’y a rien de définitif avec Svinkels. On est toujours potes : ils savent que j’ai ça à gérer, que j’ai envie de bien le faire et que je ne pourrais pas tout faire. C’est juste que là je ne pourrais pas tout continuer, et que je tourne le dos à une grosse partie de ma carrière.
Mais dès lors, pourquoi ne pas imaginer un « dj Pone All Star », faire fusionner Svinkels et Birdy Nam Nam ?
Déjà quand on se croisait dans les même concerts, ou sur des festivals, c’était bizarre quand je devais enchaîner.
D’un point de vue technique ?
Tout… Physiquement, c’était assez fatigant comme j’envoyais assez dans les deux.

Qui pour te succéder dans Svinkels ?
Pas de dj.
Il n’y a plus de dj ?
Non, ils veulent faire un truc avec un groupe, et des machines.
Une formation « live-acoustique »?
Voilà, mais aussi avec des machines.
Spontanément, quels sont les temps forts qui te reviennent avec Svinkels ?
Il y en a tellement. Les Eurockéennes… Mais vraiment très fort, il y a eu quand Mathieu a eu son accident on a dû annuler une tournée. C’est donc la tournée d’après, celle de Bons pour l’asile qu’on a fait en 2004. Même si il y eu avant, les 100 premières dates avec 10 personnes au concert, dans les bars, à l’arrache et tout. C’est très loin maintenant mais j’ai plein de bons souvenirs de cette époque-là. Mais la tournée de 2004… On l’avait appelée « L’été en pente dure ». On avait trop rigolé. Les Eurockéeenes de Belfort, les Vieilles Charrues. C’est la première fois où on remplissait vraiment les salles, où c’était complet et où les gens connaissaient tout. C’était un peu le second souffle de Svinkels. Voilà mes meilleurs souvenirs…

Tu lâches le groupe quasiment au zénith ?
Oui, à la Béru… Mais ne vaut-il pas mieux s’arrêter quand tu remplis les salles, à un moment où ça se passe bien, plutôt qu’à un moment ou c’est n’importe quoi. Non, il n’y a rien de calculé, c’est juste une période de ma vie où tout ça concorde .
Une charnière ?
Voilà, en plus on vient de finir l’album de Birdy, que l’on est en train de mixer. C’est genre je finis l’album avec les Birdy, j’arrête avec le Svink, je vais pouvoir partir en tournée avec Birdy. Il n’y a pas eu de chassé-croisé, même si j’ai raté quelques jours de mix et quelques jours de travail parce que j’étais Svinkels. Birdy Nam Nam savait que pour moi c’était important de finir avec les Svink. Pour moi c’est normal : je ne pouvais pas arrêter sans faire cette dernière petite tournée avec eux. Ils ont été cool !

Du point de vue de Svinkels, c’est quoi ce trip patriotique que vous vous êtes tapé sur le dernier album ?
C’est le délire de Gérard Baste, son délire américain-français… Le « dirty-centre » il appelle ça ! Américain français, mais il n’y a pas de délire patriotique. Les Wampas avaient fait un truc comme ça aussi. Mais c’est plus la fusion du drapeau français et américain qui le faisait marrer. C’est juste pour rire !
Evoquons ton passé de dj pur et dur. Tu as le palmarès qui ressemble à celui d’un sportif de haut niveau. Quelle sont tes aspirations à présent pour l’avenir ? As-tu encore des choses à prouver avec des platines ?
Je suis issu de la compét’ donc si je n’ai plus rien à prouver, j’aurai toujours envie de démontrer des choses… C’est mon caractère. Là ce soir je vais mixer après le concert, et ce ne sera pas de la même façon que la dernière fois. J’ai encore préparé des trucs. Je ne bosse plus non plus mes scratchs ou des trucs comme ça mais quand je prépare des évènements, je n’arrive jamais les mains dans les poches. J’ai toujours réfléchi avant à ce que j’allais faire. Mais l’avenir c’est Birdy Nam Nam : défendre le nouvel album sur scène. Ma quête est de continuer à me faire plaisir. Le jour où je ne me ferai plus plaisir j’arrêterai peut-être. Pour l’instant, je n’ai pas de quête de reconnaissance ou d’argent, même si c’est sûr, j’aurai pu en gagner plus. Je ne cherche rien à prouver. Je me prouve à moi-même à vrai dire. Bosser avec les gens que j’aime, faire de la qualité et ne pas décevoir les gens.
Quels sont les dj’s qui t’ont incité à devenir aussi compétitif, à culminer tout en haut du panier et à devenir ce que tu es devenu ?
Crazy B avec qui je joue dans Birdy, Ddamage, qui était mon mentor quand j’étais petit. Après c’était Qbert, Mix Master Mike, toute cette école là. Les X-men à l’époque. Surtout l’école de San Francisco, à l’âge d’or : 95 ! A partir de cette date, les mecs de San Francisco ont mis tout le truc à l’envers. Ils ont amené un truc et moi c’est toute cette école là ! En France, c’est Crazy B le champion.

Comment vous êtes-vous retrouvés à collaborer dans Birdy Nam Nam ?
Parce que l’on faisait des compet’ ensemble. On a commencé ensemble, en équipe, en 98. C’était il y a 10 ans, ça s’appelait Scratch-Action Hero et on a fait le championnat du monde plusieurs fois , on a été champions du monde en ITM, et après ils ont été champions du monde en DMC. Après en France , c’est surtout Crazy B, le mec que j’ai affronté plein de fois et qui m’a dégommé à chaque fois,… sauf une ! C’était lui principalement.
Qu’est ce que tu éprouves de pouvoir désormais évoluer à ses côtés ?
Je le connais depuis 1994. Donc j’ai toujours du respect pour lui mais on se voit quasiment tous les jours depuis 4 ans, puisque on travaille ensemble dans Birdy Nam Nam. Pour moi c’est Nico, ce n’est pas CrazyB, c’est un ami ! On est tout le temps ensemble.
Birdy Nam Nam est donc la quintessence de ce que la France a connu de mieux comme dj’s depuis 10 ans ?
Non, il y en a plein ! Nous on a évolué vers un truc particulier, mais à l’époque, on était des bonnes bêtes de compétitions ! Des mecs ont pris la relève, des types comme Troubl’, qui en individuel ont mis la barre beaucoup plus haute que nous. Netik était champion du monde DMC l’année dernière, en 6 minutes ! C’est le seul français champion du monde en 6 minutes. Mon meilleur classement, c’est 4ème et Crazy 2ème. Après ça n’a rien à voir avec notre époque. Ca c’était l’année dernière : il y a des mecs forts en France !






Laisser un commentaire