L’amitié comme vertu cardinale, est assurément l’impérieuse condition qui précipite l’avènement d’une aventure musicale. Elle inspire la sincérité et incite à l’attrait, son authenticité induisant instinctivement l’adhésion des gens présents. Cela prend sa pleine mesure à l’évocation de Dawa Hi-Fi. Ce duo constitue à lui seul un chapitre de la scène dub en France, bien inspiré par les missiles UK période dub-mille. On les connait en session pour l’efficience de leur sono et la qualité de leur set. En parfait sound system, ils se sont fait un renom en pressant quelques vinyles qui ont durablement marqué le milieu, public comme sélecteur. Version vous conviait pour une interview « orée du bois », en marge de leur session admirablement sonorisée dans les clairières du Foreztival.

Pour débuter, pouvons-nous évoquer votre rencontre ?

Val : Elle date de bien avant la musique. On se connaît depuis…

Ben : … le CM2 !

Val : On se connaît depuis le jour des écoles .Comme on dit : des schoolsdays !

C’était le jeudi à l’époque, le jour de repos ?

Val : Basketball, tout ça. Après la musique est venue fin collège début lycée. On commençait à collectionner les 45 tours ensemble. On a trouvé le nom Dawa Hi-Fi vers 2002 je dirai. Au début, on était 4 avec Guimix, Bongo Ben et nous 2. Et puis de fil en aiguille les autres sont partis sur d’autres projets, et on est restés tous les 2 et on a commencé vraiment à faire le truc à deux. En 2002 on a commencé à collectionner les 45 tours…

Ben : … et en 2004 on est allé au Jasound et ça nous a ouvert l’esprit sur la culture reggae sound system.

C’était votre première expérience de sound system reggae ?

Val : Non il y a eu Shaka à Bourges en 2001, mais pas sur un sound system. Le premier sound system qu’on a vu c’était en 2004 à Lezan et au Jasound festival, on a vu Lion Roots, Zion Gate et Reality Sound.

Ben : Ça, c’est notre première expérience de sound system. Il y avait du beau monde Kenny Knots, Murray Man et tout. C’est la première fois qu’on a vu le matériel sorti, les amplis…

Ce moment vous a influencé pour constituer votre système ?

Val : Non pas forcément, on a commencé en montant des Bass Reflex, un petit système pour sonoriser des bars, des petits lieux. A la base on n’était pas dans l’idée de faire ça et finalement on s’est dit que s’était bien d’évoluer sur ce genre de matériel-là. Au début, on avait une petite config très simple, un petit système 3 voies.

Ben : Au départ l’idée était de pouvoir jouer la musique que Val produisait. L’idée, c’était vraiment ça d’avoir notre propre matériel pour son sonoriser la musique que Valentin produisait.

La culture anglaise a été prépondérante, même si j’imagine que vous aviez fait des teufs ?

Ben : A fond anglais ! Au début c’était blocage Disciples, Bush Chemists, Twilight Circus.

Ben : Alpha et Omega…

Jah Warrior ?

Val : Voilà, tous ceux-là.

Ben : C’est la fondation ça.

Val : Un peu après les 45 tours seventies, sixties, eighties, tous styles confondus, mais après, plus tard. Au départ le moteur était vraiment le dub anglais.

On connaît les productions qui sont les vôtres, mais en revanche on a du mal à estimer le nombre de dances que vous avez sonorisées ?

Ben : Beaucoup !

Val : Je dirai que maintenant on est sur 25 soirées qu’on sonorise par an, depuis 2-3 ans. Avant c’était moins.

Ben : Depuis 3 ans c’est une vingtaine de dates avec la sono chaque année.

Vous gérez souvent l’évènement de fond en comble ?

Val : Parfois oui, ou d’autre fois, comme ici, on laisse les régisseurs bosser.

Ce soir, ça se passe sous chapiteau, vous avez une préférence entre l’intérieur ou le plein air ?

Val : Les 2 sont cools mais là, en l’occurrence le chapiteau c’est pas mal parce que ça nous permet d’être sûrs de jouer. Je te donne l’exemple d’il ya quinze jours on est descendus dans le Sud, on a monté la sono, et on n’a pas pu jouer parce qu’on s’est pris un orage. Donc là au moins on est sûr de jouer même si il fait beau.

Quelle est votre meilleure rencontre avec un mc ?

Val : Avec un mc ? C’est compliqué comme question !

Ben : Bongo Chilli. (aka Peppery)

Val : Peter Youthman en France, bonne rencontre, bon feeling. On a rencontré pas mal de monde et à chaque fois c’est good vibes. Charlie P, Murray Man, Danman. Et pas mal de gens qu’on a invité à Bourges dans nos soirées, du coup ça permet de connecter un petit peu plus facilement.

Il y a un artiste emblématique que vous avez été vraiment honoré de…

Val : … King général. On l’a invité une fois, Il jouait avec Bush Chemist. Ca faisait plaisir de l’avoir sur une soirée. On l’apprécie depuis l’époque de Bush Chemist, fin 90 début 2000. Le Money Run Tings pour nous c’est mythique et ça faisait carrément plaisir de le rencontrer

Organiser un sound system comporte t’il une dimension sociale pour vous ?

Ben : Complètement, oui.

Val : Le sound system, oui parce que les gens se rencontrent dans la dance. Et l’organisation d’évènements encore plus parce que les gens s’investissent dans des projets de soirée.

Ben : Lesound system devient un vecteur pour que tout le monde passe une bonne soirée en fait. Ça devient un outil à part entière. Les gens font des choses ensemble et c’est ça qui est bien dans l’organisation. Le sound system est là, il rassemble. Le fait d’organiser crée une émulsion des énergies et c’est ça qui est intéressant. Donc oui, ca a une dimension sociale pour moi, donc complètement oui !

Val : Après on n’est pas maîtres de tout ce qui se passe non plus vu que on est gentils on invite des gens à jouer sur notre sound system, et des fois ça part en cacahuètes. On n’est pas maitres à 100% de ce qui se passe.

Pour retourner la question je voulais en venir au message que vous diffusez qui peut créer lui du lien ?

Val : Oui voilà, le messagequ’on diffuse, on le diffuse quand on le joue nous. Après si c’est un autre artiste qui joue, il va diffuser son message à lui, qui peut être différent du nôtre. Si il prône Jah,et que nous on ne le prône pas… On n’est pas rastas tu vois ? Chacun sa vision du truc.

Je ne pensais pas à l’aspect religieux, mais j’imagine que vous êtes des sympathisants du rastafarisme ?

Val : Complètement !

Ben : On respecte à fond, évidemment !

Comment en êtes-vous venus à collaborer avec Lisa Dainjah ?

Val : Ce morceau est un remix qui a été fait avec les potes de Wandem Sound qui ont un sound system à Bordeaux avec qui on avait fait une date ensemble. C’est un morceau de Wandem qu’on a remixé, et juste ils n’étaient pas très satisfaits de leur version. Dans un premier temps on avait pas dans l’idée de faire quelque chose, c’était juste de pouvoir le jouer sous une forme différente, plus stepper style. Et il s’est avéré qu’on était contents du morceau et qu’on a voulu faire quelque chose avec…

Ressortirez-vous un jour des prods sur Digipirate ?

Val : Ce n’était pas notre label. C’était le label de François de Dubatriation à Dijon qui a sorti deux prods dessus. Je ne sais pas s’il veut faire des choses encore avec son label. Je n’en sais pas plus.

Est-ce que vous vous projetez sur les15 ans de Dawa Hi-Fi, voire les 20 ans ?

Val : 15 ans ça va arriver, et ça va arriver vite ! 20 ans on verra au bout d’un moment c’est quand même physique comme mission.

Vous êtes usés là ?

Val : Non,on n’est pas usés mais on a plus 20 ans non plus.

Ben : On arrive à 35 là.

Val : C’est cool on kiffe, mais je ne dis pas qu’à 40 ans je parte plus sur le projet de travailler plus en studio ou de prendre plus de temps pour créer de la musique. Le sound system c’est vraiment très très prenant, et notamment les festivals comme là,où c’est trois jours d’affilée, donc c’est fatiguant.

Ca vous permet de gagner votre vie ?

Val : Tout doucement.

Ben : Ça va, on n’est pas à l’usine.

Parmi les 3 lps que vous avez produits, quelles sont vos releases favorites à conseiller aux lecteurs de Version ?

Val : Les techniques de productions ont évolué au fur et à mesure du temps donc c’est intéressant de voir l’évolution des morceaux. Le premier que j’ai sorti était entièrement fait à l’ordi avec une souris. Le deuxième j’ai switché sur la table de mixage mais tout un peu en mono, en configuration la plus simple possible. Et le troisième commence à partir dans des trucs stéréos, c’est plus travaillé. Après, de là à dire que c’est mieux, je ne sais pas, faut écouter. Chaque album a sa petite couleur. Mais il n’y en a aucun que je déteste ou que je me dis que j’aurais mieux fait de ne pas le sortir. Ça reste écoutable.

Et parmi tous vos vinyles ?

Val : Dans tous les vinyles, franchement je suis content des trois Dawa Outernational ! Si j’en mets un en premier c’est King G parce qu’on est contents de l’avoir cutté ! Le King General, oui, même s’il a bien moins marché que le Lisa Dainjah.

Ben : Oui c’est un style ! Le King Général a vraiment sa patte, sa griffe. Les productions de Valentin, d’ordre général, ça pourrait être le morceau mis en avant.

On peut reparler de vos influences ?

Ben : Pour moi, l’album vinyle qui m’a marqué, c’est Disciple, For Those Who Understand. C’est une grosse influence. Les gros Disciples de six minutes ne me font pas chier. Pourtant il y a plein de gens qui pourraient vriller en dance, mais pour moi, écouter Disciples pendant huit minutes c’est une transe et c’est super bien !

Vous l’avez côtoyé ?

Ben : Oui une fois à Bourges avant qu’il n’arrête de tourner.

Val : Et pour moi, c’est Light up your Chalice de Bush Chemist et New Decade of Dub, Mad Professor Jah Shakka. Pour moi c’est ces deux-là.

Ben : C’est vrai que lui là je l’ai beaucoup écouté.

Val : Après c’est dans le top 10, je pourrais en trouver d’autres ! Un troisième : le Dubz From De Higher Regionz de Iration Steppas ‎. Ces trois-là sont dans mon top 10.

Vous l’avez en vinyle ?

Val : Cd. De toutes manières il y plus de morceau sur le cd, donc autant avoir le cd !

Foreztival 2018

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