Réalisée avec Radio Arverne à l’occasion de leur venue à Clermont-Ferrand en mai 2005, voici une interview du producteur Dougie Wardrop (aka Bush Chemist) et de Culture Freeman, l’un de ses mc attitré. Puppa Fuzz’t ne croyait pas si bien dire, au micro du R Arverne, lorsqu’il évoquait la vibe « conscious » de Bush Chemist. Il s’agit en effet du qualificatif arboré par leur label : Conscious Sound ! Leurs dernières productions en attestent, et l’été dernier en fut un gigantesque écho, Bush Chemist incarne la vibe digitale, roots, dub & stepper. Bush Chemist s’applique à adjoindre à ces prod massives et rythmées les plus inspirées des singjays actuels. Et parmi eux Culture Freeman détonne. dUbwise…

Puppa Fuzz’T : Tout un tas de dates circulent en France, de quand date Bush Chemist et comment avez-vous commencé ?

Dougie Wardrop : Le groupe Bush Chemist a été fondé en 1992-93 par moi, Culture Freeman et par l’homme qu’on appelle Chazbo, qui n’est pas là aujourd’hui, mais qui habituellement est avec nous. Puis nous avons mis le groupe à l’épreuve avec Kenny Knots.

Puppa Fuzz’T : Parle-nous du label Conscious Sound que tu as créé. Est-ce un label indépendant, produit-il ton son ? Comment fonctionne-t-il ?

Dougie Wardrop : Conscious Sound est un label totalement indépendant. Nous nous autogérons nous-même pour produire nos disques. Il n’y a pas d’intermédiaires : on produit les disques que nous vendons au distributeur. Personne ne nous apporte de contribution financière et c’est mieux ainsi.

Puppa Fuzz’T : Avec votre manière de voir les choses du côté indépendant, comment cela se passe t-il aujourd’hui en Angleterre, dans un pays en plein essor économique, où tout le monde vote pour la même personne ?

Dougie Wardrop : Tony Blair n’est pas conservateur, il est merdique ! A l’origine, il était pour les pauvres, il était du parti travailliste. Ce qu’on rencontre, ce sont des gauchistes, des socialistes, et les gens votent pour lui. Ce qui se passe, c’est que le parti travailliste devient conservateur. Il est devenu plus à droite et il n’y a plus de différences entre les deux partis. Les gens qui votent pour le Labour sont des gens qui ont de l’argent. Et pour les pauvres, maintenant, il n’y a plus de partis. Les valeurs ne sont plus les mêmes. Les gens riches sont pour les conservateurs et aussi pour les travaillistes. Je suis plus pour les libéraux démocrates qui voudraient légaliser la weed…

Culture Freeman : C’est le système capitaliste ! L’argent dirige tout !

Kenny Knots : Kenny Knots ne vote pas !

Puppa Fuzz’T : Les gens qui viennent en sound sont plus généralement des couches de travailleurs. Se fédèrent-ils contre cet état de fait ?

Dougie Wardrop : Je pense qu’il y a une unité entre les sounds systems. Il n’y a ni personnes, ni instances, ni organisations qui le contrôlent. Nous nous connaissons tous et nous travaillons ensemble. A ses débuts en Jamaïque, le sound system a été un divertissement pour les gens défavorisés, pour les ouvriers agricoles et les employés. A la base, tu pouvais rentrer pour un dollar Jamaïcain, et danser toute la nuit. C’est encore le cas aujourd’hui, même si aujourd’hui il y a des gens riches qui viennent aux sounds systems.

Puppa Fuzz’T : Par rapport à ces collaborations, on a pu voir des artistes français sur des compilations, comme celles de Dubhead. Il semble y avoir des connexions entre les scènes, comme avec Manutension, ou Brain Damage ? Est-ce que c’est une chose qui va durer ?

Dougie Wardrop : Quand nous sommes arrivés en 96 pour la première fois, nous n’avons pas vu de groupes de reggae ou de dub. Comme nous revenons chaque année, on a rencontré Munky Lee, Uzina dub, Miniman, ou Brain Damage. De plus en plus de gens s’intéressent à la scène et beaucoup de gens achètent des disques. Le dub n’est pas une mode. Le seul moment où quelque chose se finit très vite, c’est quand un mouvement devient à la mode, rapidement et avec de grandes proportions. Les gens s’en lassent alors vite… Quand une musique n’est pas à la mode, elle ne sera jamais démodée ! Le dub est underground ! On en fait depuis 15 ans, et c’est assez bon aujourd’hui, c’est un stade où c’est assez intéressant. Les français viennent en Angleterre acheter mes disques, et les ramènent en France.

Puppa Fuzz’T : Auriez-vous des informations concernant Jah Shaka et les problèmes qu’il aurait eu récemment ?

Dougie Wardrop : Des problèmes, récemment ?

Puppa Fuzz’T : Oui, il a subi un incendie.

Dougie Wardrop : Ah oui, il a été victime d’un incendie il y a un an ou deux. Il a été grièvement blessé. Jah Shaka est un parrain, et il est à nouveau là. Il est le meilleur. Il est l’empreinte du « Dub Sound System ». Il a commencé en 67-68 et n’a jamais cessé, même quand la musique n’était plus populaire, Jah Shaka a continué à jouer de la dub-musique. Il n’y avait peut-être que 10 ou 20 personnes à ses sounds, mais il a persisté. Sans Jah Shaka, il n’y aurait pas eu Iration Steppa, ni Abba Shanti I, ni Bush Chemist…

Puppa Fuzz’T : Comment composes-tu, dans quelles circonstances ?

Dougie Wardrop : Je commence les parties de batterie à la MPC (un séquenceur Akaï, utilisé surtout dans le hip-hop) puis Chazzbo vient jouer la basse. Quand tout est programmé, Culture et Kenny viennent poser leur toast. Pour le mix, c’est spontané, on ne le programme pas, parce que si tu fais ça sur ordinateur, tu ouvres le programme et c’est joué. Ça vient des vibrations et ça doit rester live !

Puppa Fuzz’T : Ecoutes-tu plutôt de l’ancien dub, King Tubby, Prince Far-I ou plutôt du moderne ? Y a t-il des nouveaux artistes ou des nouveaux styles de musiques qui vous ont marqués ?

Dougie Wardrop : J’ai collaboré avec des artistes français qui sont venus en Angleterre : on a repris le Sleng-Teng ! Eddy Cochran et les japonais ont inventé le reggae digital ! J’ai joué à Bordeaux avec un dj français, et les gens étaient fous ! Sinon il faut écouter Frontiers de Vibronics. On est toujours à la recherche de nouveaux sons.

Puppa Fuzz’T : Pour finir, peux-tu nous faire un petit récapitulatif de tes disques importants ?

Dougie Wardrop : Celui que j’ai fait avec Culture Freeman et King Général. Il a été pressé une première fois en 95 mais les gens se l’arrachent 60 euros sur E-bay alors je l’ai ressorti. Et les gens continuent à l’acheter…

Interview realisée en mai 2005

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