Riffs & Ruff, interview tombée du camion !

Depuis toujours fidèles à eux même, les Burning Heads comptent parmi les groupes les plus appréciés des musiques alternatives. Implacablement soutenus par un public en skate, à crête ou à dreads, les Burning Heads affichent une ouverture d’esprit et un engagement irréprochable depuis près de 30 ans. Respectés par des musiciens de tous les styles et reconnus de surcroit dans le monde entier, ils reviennent du Japon où ils ont fait une tournée de soutien pour les victimes de l’accident nucléaire de Fukushima. Thomas (batterie), avec Pierre (guitare, chant) en soutien, nous rimshot ses souvenirs et ses appréciations sur le dub et le reggae. Rappelons qu’ils l’ont bien cherché puisque les Burning, tout comme une flopée de groupes hardcore mélodique, ont « coverisé » des trax reggae dans leurs sets ou sur leurs disques.

Quels morceaux ou artistes vous ont incité à reprendre du reggae ?

Pierre : Les Clashs et Bob Marley dès le début ! Le premier disque que j’ai acheté était le deuxième album des Clashs et un live de Bob Marley. Après je me suis aussi rendu compte que les Clashs écoutaient beaucoup de reggae et que certains reggaeman jouaient aussi avec les Clashs, que les Ruts faisaient du reggae, que Stiff Little Fingers jouait du reggae donc je trouvais que c’était compatible avec mes premiers amours punks. Voilà, avec les Burning on a toujours de tous temps joué plein de punk rock et écouté plein de reggae

De ton point de vue, il y aurait donc des accointances entre le punk et le reggae, ce qui n’est pas nécessairement le cas entre le reggae et le punk-rock ?

Oui…(dubitatif). Quand même, comme l’a fait remarquer Pierre dans une précédente interview, dans le message le rasta il y a colère contre Babylone et dans le punk aussi donc ça fait un sujet en commun. Comme l’immigré jamaïcain était à Londres lorsque le punk a vu le jour, ils se sont retrouvés dans les mêmes soirées avec les punks. Le reggae a plus touché les punks que les punks les artistes reggae mais on a quand même Punky Reggae Party produit par Lee Perry et chanté par Bob Marley qui parle du truc.

Que vous avez repris d’ailleurs !

Exactement.

Pourrions-nous resituer l’histoire de Burning Heads ?

Ça commence fin 80, en 87, avec plein de mecs d’Orléans qui se connaissent mais ne jouent pas ensemble, et d’un seul coup tout le monde se trouve disponible et des groupes forment. On se trouve pas mal de points communs avec les autres membres de Burning et ça démarre. Et très vite, même si on ne joue pas encore de reggae on en écoute énormément dans le bus, comme LKJ avec ses versions dub. Les centaines de kilomètres que l’on a faits entre toutes les dates ça faisait passer le temps et c’était parfait.

Quels sont vos références de groupes de reggae-punk spécifiquement ?

Alors il y a les Ruts, les Clashs, Inner Terrestrials. On aime aussi un groupe belge qui s’appelle Usual Suspect. Ils font du dub et ce sont des keupons.

Pain aussi peut-être ?

Non, je ne connais pas. Sinon en groupes anglais que j’ai entendus dernièrement il y a les Skints. Même si ce n’est pas très punk, s’ils font une reprise de Descendents, Hope. Ils la jouent à trois et à la fin on dirait les Gladiators.  C’est magnifique, ils ont des pures voix de fou.

C’est vrai que c’est une bonne tendance en Angleterre avec Prince Fatty et Holly Cook, qui est la fille du batteur des SexPistols.

Exact !

En mode rétrospectif, pourrions-nous savoir comment en étiez-vous venu à tourner avec High Tone en 2001 ?

Comme on écoutait énormément de dub on avait sorti l’album Opposite. Personne ne nous attendait sur ce terrain-là et on voulait prouver que ça se défendait sur scène. On a voulu faire une tournée qui s’appelait Punky Reggae Tour, avec NRA, un digne représentant du punk hollandais, Burning Heads avec nos trucs un peu bâtards et  High Tone pour terminer. On s’est bien entendus, tous les musiciens, musicalement, humainement… A la fin ça se terminait par une reprise des Dead Kennedys avec tout le monde sur scène, donc on a réussi sur ce coup à avoir un véritable esprit « reggae punk dub’’.

Et dans le tour bus, on entendait quoi ?

On écoutait beaucoup de jungle, du dub pas mal de punk aussi et des sélections de Dino. (le batteur d’High Tone)

Comment vois-tu cette scène actuellement, as-tu toujours des affinités avec ce courant musical ?

On continue d’écouter ce qui se fait. Dernièrement j’ai beaucoup aimé DIY Sound, un groupe de Bordeaux avec Nico des Impros, avec Thomas Anton le chanteur. J’ai écouté tout le gang de Bretagne, Stand High Patrol avec Pupa Jim. J’ai pas mal écouté leur premier truc. Dernièrement j’ai écouté The Beat, l’ancien groupe de ska des années 80, maintenant ils ont ressorti un truc qui s’appelle The Beat featuring Ranking Roger, qui est le chanteur. Ils ont sorti des nouveaux morceaux qui sont un mélange de pop anglaise, de reggae. C’est très étrange mais c’est très bien ! Je les ai vus en concert en République Tchèque, c’était génial !

Vous y étiez récemment ?

J’y suis allé avec un autre groupe. Je joue dans un petit groupe de oï en ce moment (Lion’s Law) qui s’exporte partout, et on a donc joué avec The Beat.

Appréciez-vous l’univers le milieu du sound system ?

Oui beaucoup ! Il n’y a pas longtemps nous étions au festival la Croisée des Chapiteaux et il y a avait un gros sound system, avec un chapiteau exclusivement dub et c’était mortel !

Dans la démarche, c’est un truc de punk aussi de monter sa sono soi-même et s’exprimer où on veut ?

Bien sûr ! Avec ce côté irrévérencieux, ce morceau ne m’appartient pas mais je mets quand même de la voix dessus. C’est un peu comme les lignes de blues, tout le monde peut se les approprier et en faire un truc perso ; le reggae c’est pareil avec les riddims. Tout le monde peut piller ouvertement un riddim, en faire un truc à sa manière mais en étant quand même différent. J’aime beaucoup ce truc-là.

Et ça, on ne le retrouve pas dans le punk ?

Pas trop, même si on essaie de faire des featurings avec d’autres gens. Nous, on s’est amusés à transformer des morceaux punks en morceaux reggae, certaines fois, mais on ne retrouve pas trop cela dans le punk.

Pour une reprise, vous sentez-vous obligés de demander à qui de droit s’il est possible ou non de la faire ?

Non. Par contre, on a rarement vu un instrumental punk être utilisé et chanté avec quelque chose d’autre. Alors de temps en temps on a parfois un Espagnol qui veut faire une reprise d’un groupe français, en espagnol, mais c’est moins libre. J’adore ce concept où un riddim sort et tous les chanteurs de l’île viennent s’essayer dessus, ça j’adore. Tu t’aperçois que les morceaux changent selon les lyrics des mecs, qui peuvent venir avec un ragga hyper violent, ou il peut devenir super lover si  il y a un crooner qui arrive et qui pose une voix super fluide.

C’est vrai ce que tu dis, le blues, le reggae, il y a une filiation…

Ça devient impersonnel, du domaine commun. Ce n’est pas ce jeune bluesman de 83 ans devant sa maison avec 3 cordes à sa guitare qui va déposer le truc, maintenant tout le monde peut l’utiliser.

C’est vrai qu’il n’y a pas la rationalité de posséder et de déposer le truc, de le revendiquer, de ne pas le partager : ça appartient à tout le monde, c’est du domaine public.

D’ailleurs, quand on avait fait notre reprise de Scotty de Draw your drakes,Stop that train (il s’agit du riddim), nous au départ on n’arrivait pas à savoir qui était l’original. On connaissait 50000 versions et la plus connu était la version deejay avec Scotty qui tchatche par-dessus, une avec Général Saint qui en faisait une autre et Keith & Tex qui en faisait une encore différente, mais on n’arrivait pas à savoir quel était l’original à l’époque. Pour nous, le Draw your drakes de Harder they come chanté par Scotty c’était l’original. En fait, on s’est aperçu bien après que Keith & Tex avait sorti un truc qui ressemblait, et qui a pu inspirer les autres.

Personnellement, c’est votre version qui m’a fait découvrir ce morceau, comme Israelites repris par Millencollin, j’ai découvert après l’original de Desmond Dekker. Idem pour le Police in helicopter que vous m’avez fait découvrir en la reprenant…

Pierre avait une version album et moi une version digitale en maxi 45. Moi j’aimais bien sa version qui était un peu roots, j’aimais bien la mienne qui était un peu trop digitale et on a fait humainement un mélange entre les deux.

Pierre : Compromis, chose due !

Thomas : Voilà, jusqu’ici on a toujours aimé fricoter avec le reggae et ces derniers temps on s’est un peu à plus plongés sur les us et coutumes du truc et quand je te parle de ‘’riddim project’’, c’est qu’on a sorti un instrumental du dernier opus reggae qui est sur le double album et on l’a proposé à différents chanteurs français.

Et ca sortira quand ?

Thomas : Ca sortira dans le coffret vinyle Opposite 1, 2 et 3 en vinyle qui sortira l’année prochaine. (en 2018). Il y en a un qui n’est jamais sorti en vinyle, le 2. Il y aura Opposite1, le 2 et le troisième qui est le deuxième volet du double album qui est essentiellement reggae. Plus un maxi avec 4 ou 5 fois le même riddim mais à chaque fois avec un chanteur différent. Ca sortira l’année prochaine. Là on a sorti un live de 99 qu’on avait enregistré à Los Angeles dans une radio. On a sorti un live de 2017 où on reprend du 1er morceau jusqu’au dernier tout l’album Escape. On a peut-être un petit 45 tour aussi…

Pierre : …une reprise de Guns of Brixton.

D’ailleurs vous aviez connu cette formation, les Guns of Brixton ?

Ah oui, c’était les meilleurs ! Avec Near Dub Experience et In Dub Out, ils ne faisaient que des allusions au punk ! Avec Near Death Experience et in Casino Out de At the Drive in. Cyrille, le guitariste est aussi le mec d’Amanda Woodward. On s’entend très bien avec eux et pour moi avec les Guns of Brixton on est vraiment loin du dub, mais qu’est-ce que c’est bien ! C’est le post rock dubbé ou le dub le plus post rock que j’ai entendu mais ça tenait la route d’une force. Avec ces petites ritournelles de guitares un peu hypnotiques et mélo que Cyrille sait bien faire, c’est génial !

Pierre : Un crossover intéressant.

Pourrions-nous évoquer le secret de votre longévité ?

Pierre : On n’a pas de plan de carrière, on fait ça au jour le jour.

Thomas : Effectivement, pour tenir longtemps, ne surtout pas réfléchir à comment tenir longtemps ! Pour faire une carrière, surtout ne pas avoir de plan de carrière. Pour faire un bon concert, surtout ne rien faire pour faire un bon concert. Jusqu’ici toutes les règles qui régissent le monde normal et moderne nous, on fait par fainéantise, ou parce qu’on est des têtes de cons on a jamais fait les choses dans l’ordre.

Par punkerie ?

Oui, voilà ! C’est un peu le bordel. Et surtout bientôt sur notre prochain disque, nous aurons de la musique des Burning Heads chantée par d’autres gens qui ont répondu à l’appel, comme Thomas Anton, qui fait des featuring avec Diy Sound et Green Cross. On attend Ghost Rider de Toulon, Pablo Anthony de Paris et peut être Jamika, qui joue avec Zenzile.

Justement, quelles sont vos affinités avec les groupes de live dub français ?

Thomas : En fait c’est tous des punks donc on s’est rapidement tous bien entendu avec eux et on aime beaucoup la façon dont ils abordaient le reggae même si elle était un peu différente de la nôtre mais il y avait ce côté non académique et pourtant très inspiré, c’est-à-dire que dans des morceaux de Zenzile je me retrouve parfaitement alors que finalement quand je recherche il n’y a plus trop d’ingrédients jamaïcains. Ils se sont approprié une sorte de groove un peu hypnotique qui est vraiment beau. Avec Improvisators Dub, j’ai adoré le côté punk et « rien à foutre » de ce cher Emmanuel Tension. Rest in peace Manu ! On aimait beaucoup le côté bordélique. Des fois on avait envie de lui jeter des pierres parce qu’il était con comme un manche et on aimait bien sa connerie en même temps. Pour nous c’était un gros fouteur de merde du dub et c’est pour ça qu’on l’aimait. Donc Brain Damage, High Tone, Zenzile, Impro Dub, tous ces gens-là ils avaient de près ou de loin, qu’on le veuille ou non, sans même qu’ils le sachent même si je pense qu’ils le savaient, ils avaient un petit lien avec le punk.

Pierre : Ils avaient une manière un petit peu punk de faire leurs morceaux reggae.

Thomas : Quand nous on leur parlait de punk on qu’on arrivait en tant que représentants du punk, on n’avait pas l’impression de leur coller des allergies, donc il y avait une bonne entente mutuelle et souvent on était assez d’accord sur les grands crus de l’année, sur les récoltes… On faisait des clubs de connaisseurs !

Revenons à présent sur l’histoire qui a nettement marqué votre discographie, en marquant le passage du punk au reggae tout en restant fidèle a votre style. Quelle est l’histoire de ce disque reggae : Opposite ?

Pierre : A la base, on est assez fainéants les Burning, et il y a plein de projets qui sont venus et qui ont été proposés par d’autres. Genre : « Et les mecs ca vous dirait pas de jouer une heure en première partie d’une soirée électro à Orléans. Vous êtes d’Orléans, on vous connait, vous êtes des rockers mais vous mixez aussi de la drumn’bass ou du reggae ». Pour ce disque, Opposite, on nous a proposé d’avoir carte blanche, une heure à une soirée électro. Le mec nous a dit que si on voulait on pouvait même ne pas appeler ça Burning Heads pour que les fans ne soient pas surpris ou quoi que ce soit. On s’est pris au jeu et on avait déjà quelques morceaux d’Opposite qu’on avait créés comme ça à l’arrache comme reprendre le morceau Hey You de notre premier 45tours et de la faire version plus calme, reggae. On avait déjà ces trucs-là. On a fait le concert électro, on a quand même dit c’est Burning Heads qui joue mais attention Burning Heads en reggae. Plein de mecs étaient prévenus et 90% de la salle était des mecs qui étaient là pour la soirée électro qui allaient finir à 6 heures du matin. Il y avait une poignée de fans et nos potes qui étaient là. A la fin ils nous ont dit que ce concert était très très bien et qu’il n’y avait pas de soucis puisque ça restait nous les Burning, qu’on avait utilisé le même matériel, qu’on avait rien changé. Pourquoi ne pas avoir sorti ce truc-là sur disque puisque ça vallait le coup ?

Grand bien vous en a pris !

On a plein d’idées mais on est des supers feignasses donc ça traîne.

Des fainéants comme vous ! Une question plus d’opinion : quand tu chantais ‘’fuck LP’’, ca concernait Le Pen. Quel est ton état d’esprit actuellement avec la banalisation de tout cela alors qu’à l’époque on était déjà rudement à vif sur ces sujets-là ?

Thomas : C’est pareil !

Pierre : On a un autre morceau qui s’appelle Gray. Tu te ballades dans la ville et tu vois des gens qui marchent au pas, et tout est barricadé, tout est fermé, un monde parfait dans lequel il n’y a plus de livres, il n’y a plus rien, chacun chez soi. Ça reste d’actualité aussi, ça prend même de l’importance je trouve. Pour moi c’est même encore plus important de chanter ces trucs-là maintenant. Ça parait encore plus évident parce que c’est encore plus présent.

Thomas : Je ne suis pas Madame Soleil mais l’avenir est dark. Je viens de citer PNL.

Pardon, je n’avais pas relevé…

Thomas : et comme le dis si bien Lion’s Law, ‘’il faudra bien consentir car demain sera pire’’.

Qui est Lions Law ?

C’est le petit groupe de oï avec qui je joue dans le monde entier. Avec ce groupe on joue dans des gros festivals où il n’y a que des gros golgoths tatoués des pieds à la tête et à la fin, ça se termine toujours par un sound system reggae.

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