Pilier de la scène française au côté d’High Tone et Improvisators Dub, Brain Damage poursuit sans coup férir sa destinée musicale. Et même si le duo originel basse-machine s’est mué en « one man dub », Martin se montre toujours d’une prodigieuse créativité. Ses disques se sont inscrits dans le temps, servant de repère temporels à toute une génération pour qui l’alternatif est une culture de métissage et de mélange de styles. Brain Damage n’a jamais fait de compromission en redéfinissant sans cesse son esthétique musicale, en déclinant un style singulier et en créant quasiment avec sa discographie une ramification à part entière du dub français. Proche souvent de l’electro dans ses compos, Brain Damage nous offre avec Walk the Talk un détour par la Jamaïque, avec son nouvel album où figurent les all-stars Ras Michael, Kiddus I, Winston Mc Annuff, Horace Andy et Willi Williams !

Le public a connu et reconnu Brain Damage comme un duo, et même si pour toi cela est acté depuis 2011, quel est ton ressenti d’être seul sur scène ?

Effectivement ça commence à dater… Ce qui se passe c’est que consécutivement au départ de Raph avec qui on a fait le duo pendant plus de 12 ans, le projet d’une manière générale a revêtu une forme plus polymorphe, c’est à dire que la configuration minimale est celle de ma personne seule sur scène , mais accompagné d’une équipe technique et d’une régisseuse. J’ai pris le parti de ne jamais voyager seul comme un dj. Je considère que je fais un live donc j’ai besoin d’une équipe technique et d’une mise en scène. Là il y a des projections vidéo, il y a des lumières, ce n’est pas un truc que j’assure seul en fait. Depuis 2011 j’ai eu plein de collaborations notamment sur un an avec High Tone, sur un an et demi avec les anglais de Vibronics, et plus récemment avec le chanteur jamaïcain Willie Willliams. Il y a eu des choses avec Sir Jean qui m’a rejoint sur scène. Quand Raph est parti j’ai pris la décision de continuer et je n’ai pas lâché le projet parce que j’avais le sentiment d’avoir encore des trucs à dire et d’accueillir des gens sur scène avec moi autant que faire se peut, en gardant l’idée d’assurer des tournées.

Pourquoi avoir travaillé avec ces chanteurs en particulier ? Que représentent ces chanteurs pour toi, mais surtout, que t’aprocurés le fait d’avoir pu travailler avec eux ?

Plusieurs raisons dans un premier temps on avait l’intention avec Raph de revenir vers des sonorités un peu plus roots et un peu plus chaleureuses. On avait ça comme projet. Il n’a pas pu le faire avec moi parce qu’il est parti avant. J’ai toujours gardé ça en tête donc j’ai pris dernièrement cette direction. D’autre part, c’est venu d’une affinité que j’ai avec un Jamaïcain qui s’appelle Samuel Clayton qui habite en France. Je connais Sam depuis 15 ans et je lui demande souvent des tuyaux sur des artistes avec qui je pourrais éventuellement travailler. Cette fois-ci, il m’a proposé lui-même d’aller travailler avec lui en Jamaïque pour rencontrer du monde. J’ai sauté sur l’occasion parce que Sam est connu là-bas comme le loup blanc. C’est un homme de réseau et en particulier en Jamaïque où il connait beaucoup de monde. Il me semblait intéressant de revenir aux racines, même si c’est un peu cliché de le dire. C’est vrai que du reggae j’en ai écouté aussi et que je continue d’en écouter.

Tu dissocies ta musique du reggae ?

Oui, et encore plus depuis que je suis allé en Jamaïque. Ce que je fais est tellement différent du feeling qu’ils peuvent avoir là-bas pour la musique. Donc Sam m’a ouvert des portes. Je ne me serai jamais vraiment permis d’aller en Jamaïque sans connaitre cette personne-là . Ça ne m’intéressait pas d’y aller comme ça en néophyte, je ne suis pas un spécialiste non plus ! Effectivement ça a été intéressant d’y aller avec lui. A partir de ce moment-là je lui ai fixé un cahier des charges pour travailler avec des chanteurs puisque c’était ce que je voulais, d’une part, et d’autre part j’ai choisi assez rapidement de me consacrer sur la génération des années 70. C’est celle de ceux qui ont fait l’âge d’or du reggae et qui ont fait ce pourquoi je fais de la musique. Ce sont des gens qui commencent à prendre de l’âge et qui ne seront pas éternels. Cette occasion de travailler avec eux était unique.

Cet album sonne vraiment reggae et on pourrait imaginer qu’il y a un band derrière : représente-t-il une sorte de retour aux sources de ta musique ?

Ca dépend comment on considère les choses. Si en allant en Jamaïque, j’avais moi l’impression d’avoir la production la plus roots que je n’avais jamais faite, pour eux ça reste de la musique électro. Eux ils entendent les machines. C’est super intéressant de voyager pour ça parce que l’on voit différentes cultures et différentes sensibilités. En Jamaïque la musique électronique les intéresse, ils ne condamnent pas le truc mais le feeling est tellement différent. Pour eux la musique c’est du live, c’est joué quoiqu’il arrive. Ils ne comprennent pas ce qui se passe avec le dub en Europe parce que c’est joué avec des machines. Il y en a plusieurs qui m’ont dit que l’on avait subtilisé l’âme du truc puisque au départ ce sont des gens qui jouent ! Le feeling, le groove, les accidents, c’est ça qui les intéresse. L’âme du reggae est au départ la sensibilité et la spiritualité du musicien qui fait que cette musique est née.

As-tu palpé cette spiritualité dans leur façon de se comporter et de jouer ?

Carrément avec les gens avec qui j’ai bossé. Je peux te donner l’exemple de RAS Michael qui est prêtre à Los Angeles.

Vraiment ? De quelle obédience ?

Une église rastafarienne passée par le filtre californien. Il commence à être vraiment âgé et tu ressens vraiment des choses… Pour ne pas être religieux du tout de mon côté, j’ai quand même été saisi par ce qui se dégage de ses personnages. Quelqu’un comme RAS Michael dégage une aura, une sérénité et une conviction dans ses paroles, ses propos et ses actes, sa manière de faire des choses et sa manière de faire de la musique.

Quels ont été les moments particuliers de cette période de travail en Jamaïque ?

J’ai tellement d’anecdotes, mais la constante est que chacun, lorsqu’ils se sont retrouvés au Harry J Studio, qui est quand même un gros truc pour eux, c’est que la conviction était là et la spiritualité aussi. Ça donne quelque chose d’unique !

Le fait d’avoir approché l’esprit originel du dub au studio Harry J a Kingston t’a-t-il inspiré de nouveaux morceaux, voire influencé dans ta manière de composer ou de mixer ?

Ça m’a compliqué la tâche, ce n’est pas facile d’aller en Jamaïque. Je n’y suis resté seulement 15 jours donc je n’ai pas la prétention de connaitre quoi que ce soit de ce qui se passe là-bas. Ce n’est pas en 15 jours que tu arrives à comprendre une culture aussi forte mais j’ai pu entrevoir des trucs. Je suis revenu chez moi avec les bandes de 5 légendes donc ça te met une pression sur ta manière de produire. Ils ont une carrière tellement impressionnante ! Je baigne dans le dub français depuis quasiment 20 ans. On a une manière de faire des choses où on avait plus ou moins mis une croix sur la Jamaïque

Tu avais pourtant des connexions avec l’Angleterre lorsque tu faisais de la radio ?

Exactement, c’était plutôt l’Angleterre notre modèle.

Brain Damage était d’ailleurs sur la deuxième compile Dub Solidarity des Anglais de Dubhead en 2003. D’ailleurs évoquons le nom de Brain Damage : d’où vient-il ?

D’un morceau de Pink Floyd. Il y a Dennis Bovell qui a sorti un album sous ce nom et il y a aussi un morceau d’Iration Steppas qui s’appelle Brain Damage. Je n’ai pas donné dans une fantastique originalité : c’était le nom de mon émission de radio à l’époque sur Radio Dio à Saint-Etienne. C’était il y a plus de vingt ans pour le coup, en 93. Le dub français évolue ! La scène des années 90-2000 n’existe plus vraiment : elle a été remplacée par plein d’autres choses. Il y a un questionnement de notre scène par rapport à notre évolution, nos modes de productions, aux gamins qui arrivent maintenant et qui produisent autrement, au public. Il y a un questionnement sur la manière dont on s’y prend pour produire. J’ai travaillé pendant 2 ans avec les Anglais de Vibronics donc j’ai pu me conforter à une autre culture avec eux. Puis je me suis retrouvé en Jamaïque avec un autre son de cloche le fait que ça doit être joué, produit en live avec du feeling . En revenant finalement pour produire cet album je me suis retrouvé saucissonné entre au moins 3 cultures mais j’ai fini par suivre ce que je voulais faire au départ qui donne cet album qui peut sonner comme un album de reggae pour certains. Ceux qui écoutent du reggae vintage ne vont peut-être pas se retrouver dessus.

Je pense que si, tu crées un trait d’union entre les 70’s et maintenant…

Peut-être… il y a aussi les gens qui sont à donf en ce moment dans le sound system on se sait pas exactement ce qu’ils veulent entendre… C’est un album tranquille, finalement où on retrouve la patte Brain Damage. C’est que j’ai le sentiment d’avoir fait un truc à moi, qui n’est pas forcément dans l’ère du temps. A la fois j’en suis fier et à la fois c’est un peu angoissant.

As-tu redouté que cet album soit mal compris ?

Je ne peux sortir un truc sans redouter que ce soit mal compris !

Tu as la nécessité de produire pour le plus grand nombre ?

Non, pas pour le plus grand nombre sinon je ferais un autre métier. Je ne suis pas fait pour ça, vraisemblablement, mais quand tu construis un truc, que tu fais un meuble, tu vas avoir envie d’avoir l’avis de tes proches. C’est vrai que les échos sont importants pour moi. Il y a aussi un truc de viabilité économique dont je ne peux pas me détacher. C’est mon métier donc faut que je fasse gaffe à ce que je fais.

C’est ton métier de produire pour vendre ?

Pas de produire pour vendre… Dans le questionnement je me rattache toujours à ça. Il faut que je fasse ce dont j’ai envie. Je ne m’interdis rien mais c’est vrai que plus le temps avance et plus j’oriente certains choix selon si, à échelle égale j’ai deux directions que j’ai envie d’explorer autant l’une que l’autre je vais prendre celle qui va me paraitre le plus appréhendable par les gens auxquels je m’adresse. J’ai fait des choses très compliquées très dark, je ne sais pas si je pourrai me permettre de continuer à faire ça… j’y reviendrai peut-être. Cette direction me plait énormément. La sincérité y est mais c’est vrai que le côté on va dire « arty « que j’ai délaissé c’est peut être effectivement parce que c’est difficile quand même. J’ai sorti des albums comme « Shorts cuts » ou celui d’après qui ont un peu scié les gens. Il faut que je diffuse quand même ce que je fais, plutôt que ça reste sur un coin de ma cheminée…

Tu interprètes chacune des parties qui composent ta musique, mais as-tu un instrument de prédilection ?

Peut-être la guitare qui est un instrument que je joue de temps en temps. Je peux jouer un peu de plein de choses mais pas bien d’une seule chose. Je peux faire quelques notes. J’ai mon studio donc je triche, je prends, je corrige je ne suis à la fois ingénieur du son, producteur et instrumentiste et à la fois et je ne suis pas ingénieur du son, je ne suis pas instrumentiste et je ne suis pas producteur. Je fais un peu tout et à la fois rien parfaitement.

Parmi tes nombreuses collaborations, une a attiré mon attention, peux-tu nous parler s’il te plait de ton projet avec Hakim Bey *?

Oui, je ne l’ai pas rencontré, ça n’a pas été possible. J’étais en contact avec lui via quelqu’un qui habite en Hollande qui s’appelle Bart Plantenga qui m’a été présenté à l’époque par Black Siffichi avec qui j’ai beaucoup travaillé. Bart est un homme de radio et un écrivain hollandais qui a plein de contacts. Il m’a permis de rentrer en contact avec Marc Stewart aussi qui est une chose que je voulais faire et Hakim Bey je n’y croyais pas moi-même. Marc Stewart fait partie de The Pop Group qui a fait la passerelle dans les années 80 entre le punk barré un peu expérimental et le reggae qui travaillait avec Adrian Sherwood sur On-U-Sound et qui a fait plein de choses. C’est presque une star à Bristol notamment. Il fait partie de cette scène qui aurait influencé Massiv Attack et compagnie. Ils se réclament de lui notamment par rapport à certains discours qu’il a. Hakim Bey est quelqu’un dont je me suis intéressé à certaines théories à l’époque.

Tu as lu ses écrits ?

J’ai lu, j’allais dire, comme tout le monde, non, pas comme tout le monde, ses histoires de zone autonomes temporaires forcément, et ses histoires de pirateries. Il y a plein de choses intéressantes ! Sur l’album on a pu exploiter un bout d’une interview. Il n’y a pas eu de contacts vraiment précis. D’ailleurs le passage qui est utilisé est compliqué  et difficile à appréhender quand même !

Il est au courant Hakim Bey ?

Oui bien sûr, après je t’avouerai je n’ai pas eu de retours. Il était aux Etats-Unis à l’époque et actuellement il refuse le net. Autant à l’époque il a fait son trou avec le net qu’il considérait comme libre autant il y a 10 ans à l’époque dont je te parle il n’avait même plus d’adresse e-mail. Il fallait lui écrire des lettres. J’aurais aimé aller un peu plus au bout de cette collaboration mais avec ce mec-là c’est quand même un peu compliqué !

As-tu été inspiré par la littérature ou d’autres formes d’art d’une manière plus générale ?

Oui, on peut le dire même si après ça ne se retrouve pas forcément dans mes travaux. Si je te parlais de l’album Shorts Cuts qui est peut-être l’un de mes albums préférés sur la discographie. Il avait pour shéma de base de ne faire que des morceaux de 2 minutes. La contrainte était celle-là : avec Raph on s’était dit « interdiction totale de dépasser 2 minutes ». On en a fait 24 et c’est ce qui compose cet album-là. C’était super atypique on était donc dans la scène dub électro et c’est vrai que dans cette scène on a tendance à mixer et remixer en faisant des versions qui font 4-5 minutes. On avait envie de casser ces codes-là de faire du très court et d’évoluer dans la contrainte, qui, paradoxalement, libère. Là on arrive dans la littérature, et c’est ce que dit un écrivain comme Georges Perec. Il a fait plein de choses et notamment La disparition qui est un roman entier écrit sans la lettre E. Il a ce discours de se fixer au départ une contrainte sur ses créations pour se libérer. J’ai voulu voir si on le ressentait et c’est vrai que ça a été marrant. Finalement, il n’y a pas eu d’album plus libre que Shorts Cuts ! En se mettant un carcan au départ finalement c’est assez curieux… Il y avait un autre parallèle. L’idée était aussi de réagir et de voir la réaction des gens par rapport à ce format de 2 minutes. Ca a 10ans, c’est loin ce projet, mais il en a surpris plus d’un ! La réflexion était de se dire que nous vivons dans une société du zapping qui va à toute vitesse, ce qui génère de la frustration. L’idée était aussi de développer des versions lives, ce qu’on a d’ailleurs aussi fait. Ca rebondissait avec le film d’Altman qui s’appelle aussi Shorts cuts justement aussi qui est un film à sketchs directement influencé par un bouquin d’un nouvelliste américain.

Nous allons revenir à des considérations plus terre à terre. On a tendance à l’oublier, mais vous étiez découverte du printemps de Bourges au début des années 2000. Comment vois-tu le dub, comme un courant underground, ou une scène émergente ? Apres 17 ans de pratique, comment as-tu vécu l’évolution du dub en France ?

Ça reste underground et ça le sera toujours ! J’ai traversé toutes les années 2000 il n’y avait pas un festival en France qui ne programmait pas son artiste de dub. En France il y a eu une grosse explosion des sound system, les gamins montent leur sound system et il n’y a pas une ville où il n’y en a pas un. Effectivement il se passe des trucs mais ça reste… Il n’y a pas une radio qui passe du dub.

Vibronics était programmé sur France Inter cet été !

Oui ça peut arriver mais c’est anecdotique. Je pense qu’il y a une scène intéressante où il y a des trucs qui se passent mais ça reste une niche. Et ce n’est pas plus mal d’ailleurs.

Pourquoi ? N’aimerais-tu pas avoir une reconnaissance publique ?

Bien sûr que si parce que ça fait du bien, ça fait chaud au cœur et que ça ferait une économie sur laquelle je ne te cache pas que je ne cracherais pas dessus. Mais ce sont des choses qui n’ont qu’un temps qui sont un peu irréelles je trouve. J’ai l’impression que musicalement ça c’est souvent vu notamment avec des majors. Quand un groupe montre très haut, ça tue sa longévité.

Ne penses-tu pas un jour t’évader du dub et produire une toute autre musique ?

C’est ce que j’ai le sentiment d’avoir déjà fait sur quelques albums. J’engage les gens à réécouter des albums comme Spoken Dub Manifesto, Shorts Cuts et même Burning Before Sunset où il n’y aucuns skanks dedans… J’ai le sentiment que pour un projet de dub on s’est permis plein de trucs qui sont carrément éloignés et on nous l’a d’ailleurs parfois reproché. Je ne renie rien du tout. Si je suis revenu dedans en ce moment ce n’est vraiment pas une fatalité.

Tu n’as jamais été attiré par le dubstep ou la techno ?

Non parce que le dubstep est une musique de club et ce n’est pas du tout ma culture. La tek c’est différent parce que c’est tellement large que ça ne veut rien dire. Tu vas faire ça dans les bois donc tu n’es plus dans le club effectivement. Là tu vas retrouver un esprit plus proche de celui du sound system et du dub, les publics peuvent se croiser. En live je balance un pied régulièrement…Tout est relatif : plein de gens qui vont écouter du reggae vont dire que ce que tu fais c’est de la techno.

L’antagonisme que tu évoques avec cette culture de club, et les références que tu fais aux années 90 te rapprochent d’une conception, et de sa mise en pratique surtout, populaire du dub et de la musique alternative ?

J’ai l’impression que sur ces années, on peut être fier de ça : on a fait un truc unique. On a fait un truc à nous qui est un peu en train de se perdre là maintenant. Il y avait une spécificité française qui s’explique par ce qui s’est passé avant qu’on arrive qui nous a tous intéressés. On vient tous de là, je ne sais pas si c’est populaire ou pas mais on vient du rock et du punk en fait. Les années 80 ont se les est tous pris on était ados. J’allais voir des groupes de rockn’roll et de punk francophone avec la vague alternative. Moi ça m’a forgé. C’est pour ça que je ne suis pas dj je n’ai pas de culture de club. C’est pour ça qu’en général je n’enchaine pas les morceaux. Les gens des années 80 ont posé des fondations de ce qui se passe maintenant avec des lieux, une politique culturelle malgré tout. Les radios libres sont arrivées à peu près à ce moment-là. Avec en plus le développement de l’intermittence du spectacle et des salles équipées ça fait que nous en arrivant à la fin des années 90 tout ça s’était construit. On a été la première génération à évoluer dedans en faisant du dub à notre manière, en live souvent avec des instruments pour les groupes qu’on a cités, accompagnés d’ingénieurs du sons, d’éclairagistes, de vidéastes dans des salles équipées. Ca donnait des lives uniques il n’y avait ça nulle part dans le monde. Ne serait-ce qu’en Angleterre ils n’avaient pas les structures pour faire ça. Ils faisaient des sound system mais pas de choses aussi travaillées au niveau son, lumière et professionnalisme. On aime ou on n’aime pas mais c’était un truc unique. C’est un peu en train de se perdre. C’est un inconvénient de la déferlante de sound system qu’il y a maintenant, même si c’est très louable et que l’on touche un truc populaire, de dance, on perd finalement les avantages que l’on a en France et cette spécificité à faire un truc unique qui n’existait nulle part.

Est-ce que les gens respectent ton parcours ?

Oui j’ai l’impression. Après, ce qui est marrant, c’est de voir qu’ils ont digéré ce qu’on a fait nous dans les années 90-2000. Ils ressortent des trucs d’une manière différente qui peut nous surprendre mais c’est normal. C’est un truc de génération !

Cela fait bien longtemps, à présent mais qu’est-il advenu du collectif Bangarang ?

On avait pour modèle des collectifs comme On-U Sound ou Universal Egg en Angleterre qui sont des collectifs avec un nombre restreint d’intervenants mais qui multiplient les projets et qui les fédéraient sous un label. On a voulu faire ça avec Bangarang qui était censé fédérer tous les projets qu’on avait l’intention de faire à l’époque, on avait lancé, pour ouvrir le truc Brain Damage déjà à l’époque et aussi Another Sound System Experience. On avait d’autres idées.

Il y avait Fedayi Pacha Aussi ?

Il est arrivé plus tard, et Another Sound System Experience  s’est arrêté. On était très peu à s’en occuper. On était 2 ou 3. On a continué notre route avec Raph, Denis avec Fedayi Pacha. Il a continué à sortir sur Bangarang en collaboration avec Hammerbass à Paris la quasi-totalité de ses albums. Et là récemment, comme on avait fait à l’époque des compiles qui s’appelle Combat Dub, il y a le volume 3 qui est sorti ! Denis « Fedayi Pacha  » a un peu ressuscité Bangarang pour sortir ce projet.

* Hakim Bey, Auteur américain né en 1945 qui a notamment théorisé sur les Zones Autonomes Temporaires

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