En 2008, les amateurs de groove musique n’auront pas manqué de relever l’avènement d’un duo de beatmakers : Bost&Bim. C’est aux rênes de leur label The Bombist que ces deux frenchies ont alimenté les playlists des radios avec des mash up que le public plébiscite, comme notamment le Jamaïcan Boy de Brisa Roche et Lone Ranger, ou encore la collusion entre les Jackson 5 et Bob Marley sur le riddim Natty Dread (I want U back). The Bombist, un des concepts musicaux les plus excitants du moment, multiplie les sorties de 45tours et de cd’s compilations, mais il ne faut pas occulter leur travail de producteurs pour des artistes reggae et hip hop. Proche du label Special Delivery Music, Bost&Bim a ainsi à son actif quelques riddims essentiels, comme le Soprano Riddim, qui fait aller de pair roots et modernité. Avenant et souriant, Bim, par ailleurs guitariste au sein du Homegrown Band pour lequel il promène son imposante carrure sur les scènes reggæ de France, nous éclaire sur les activités qu’il mène avec son compère Bost.

Bost (haut) & Bim (bas)

Comment vous êtes-vous rencontrés avec Bost ?

C’est très original ! On s’est rencontrés dans un groupe de reggae, vers 1991, ça fait donc un petit moment. Bim est saxophoniste et moi je suis guitariste. On s’est rencontrés alors que même si ce n’était pas notre premier groupe, ça ne faisait pas des années que l’on faisait de la musique. On jouait dans un groupe de reggae dans lequel il y avait Thomas, le batteur avec qui je joue maintenant dans le Homegrown Band. Ça se passait en région parisienne.

Comment travaillez-vous au sein de votre duo Bost&Bim ? Quelles sont vos activités ?

Nous sommes musiciens chacun de notre côté et nous avons plein d’activités. Notre duo Bost&Bim est un duo de producteurs, c’est-à-dire que nous sommes des riddims makers. Le travail de riddim maker consiste pour beaucoup à des collaborations avec des chanteurs qui pour une chanson qu’ils ont déjà, un album ou un projet quelconque ont besoin d’un instru. On trouve ensemble. C’est aussi beaucoup de fabrications de riddims sans buts précis. Ils serviront un jour, mais c’est pour en avoir un bon stock. En fait, on a une vision comme à la grande époque, comme Lee Perry. Un riddim peut donner 10 morceaux, même en 10 ans. C’est comme un patrimoine tous ces instrus !

Ce sont donc les artistes qui vous sollicitent ?

Oui, de plus en plus. Les gens savent au fur et à mesure ce que l’on fait et nous identifient. De plus en plus des gens viennent nous voir en nous disant qu’ils voudraient bien 1,2,3 ou 4 morceaux sur leur album avec notre son. Voire un album entier.

En tant que musicien, que préfères-tu : travailler avec un artiste, ou alors le travail de studio ?

Je suis très content de faire les deux parce que c’est très complémentaire. C’est-à-dire qu’au bout d’un mois dans un studio on ne rêve que d’une chose, c’est partir sur la route pour voir des vrais gens danser. Il y a un côté un peu dur dans le travail de studio, et on échange pas avec le public. Pareil au bout d’un mois de tournée on ne rêve que d’une chose, c’est d’aller mettre toutes les vibes en boîte dans un studio. C’est super complémentaire, je ne changerais pour rien au monde.

Venons-en à vos méthodes. Comment élaborez-vous vos productions ?

C’est très varié, et tant mieux. Les fois où un chanteur vient avec un projet ça peut partir complètement de sa chanson avec un travail d’arrangements, de sonorités, de trouver des lignes. Sinon, quand c’est un riddim, ça peut partir de n’importe quoi. Ça peut partir d’une idée de rythme, d’une idée de basse, d’une grille d’accords…

Quelles sont les meilleures productions que tu as effectuées ?

Parce qu’il est assez récent et qu’il m’a marqué, c’est une version nyabinghi d’un morceau de Richie Spice, All at Once. c’est un morceau qui est sorti avec le label Special Delivery pour lequel on a fait plein de riddims. Il y a le Visions riddim, sur lequel il y avait un morceau qui s’appelle All at Once et que l’on a ensuite retravaillé pour en faire une version nyabinghi dont je suis très content. Sinon j’ai envie de dire les productions sur l’album de Queen Omega. On aime bien l’artiste, et c’est moins notre travail que le lien affectif au projet que j‘apprécie. C’est très dur de juger son travail !

Parle-nous de votre reprise du riddim Je t’aime moi non plus ?

En fait on a bossé pas mal avec un chanteur qui s’appelle Alpheus, qui est anglo-jamaïcain.

N’est-il pas le dernier artiste à avoir fait un album sur Studio One, du vivant de Coxsone Dodd ?

Absolument, c’est ça. Il a bossé pas longtemps avant la fin de Sir Coxsone… Nous on s’est retrouvés à bosser avec lui via le label Special Delivery. Il venait assez souvent, on a fait pas mal de concerts, on est devenus assez potes et on a passé pas mal de temps ensemble. Et dans des séances de vibes avec lui, il nous disait « C’est bien ce que vous faites, mais les Jamaïcains hallucinent toujours quand des français font du reggae. Mais quand ils le font bien ils sont contents ». Mais lui nous recommandait de faire un truc pour que les gens qui écoutent ça dans le monde sachent que vous êtes français, en prenant un truc français connu. Mais nous, on ne sait pas bien ce qui est connu à l’étranger, et en discutant de différents trucs, il nous dit, celui-là est incontournable. En Jamaïque, c’est la french tunes, c’est évident que c’est français. Comme il y a le sexe derrière, il y a toute l’image des français qui va avec la chanson et du coup pour les Jamaïcains, si on joue ça, c’est associé à la France, à la Tour Eiffel, et compagnie. On a dit ok, en plus ça collait super bien pour faire une reprise un peu rocksteady.

N’avait-il pas été déjà repris dans les années 60* ?

Oui, il l’avait été par Harry J All star sur l’album Liquidator où ce ne sont que des instrus à l’orgue. Du coup, la boucle est bouclée parce que suite à cet album-là, il y avait Jane Birkin qui l’avait entendue à Londres, cette reprise d’Harry J All Star. Elle est londonienne, et elle avait du traîner là où était arrivé le reggae dans les années 70. Cette reprise de Gainsbourg n’était pas arrivé en France : elle était restée dans les quartiers noirs de Londres. Elle l’a entendue, et elle a dit à Serge Gainsbourg que des Jamaïcains avaient repris son morceau. Lui a écouté, a kiffé et c’est un peu de là qu’est né le projet de Gainsbourg d’aller en Jamaïque. Quand il a su que ça avait été repris, il s’est attaché un peu au truc et du coup quand il est arrivé là-bas il a été super bien reçu. Pour nous, c’est un clin d’oeil de s’inscrire dans cette histoire.

Est-ce facile pour vous de vous auto produire et de sortir vos productions ?

Ce n’est pas facile, dans le sens où la production n’est pas du tout l’activité du moment. Ça, tout le monde l’a compris. C’est probablement plus facile pour nous de sortir des projets parce que l’on fabrique nous-même la musique, c’est la partie la plus chère et la plus dure à mettre en oeuvre quand on veut être producteur et qu’on n’est pas musicien, c’est quand même le truc le plus compliqué. Nous on fait des projets et de temps en temps quand on sent que les gens peuvent aimer on peut se permettre de les sortir, c’est plus facile pour nous.

Et en terme de temps et d’efforts, n’est-ce pas trop exigeant ?

Si c’est quand même assez lourd à porter mais ça nous permet d’une part de ne pas être dépendants des labels avec qui on bosse ou des chanteurs, à répondre à des demandes, si nous on considère que l’on a des trucs bien on a la liberté de se dire, « On a la possibilité de le sortir, tant pis si ça ne plait à personne, moi je suis sûr que ça va marcher ! » C’est comme de te rencontrer par exemple. Ça nous a aussi permis de rencontrer tous les magasins, tous les médias, les fanzines et les labels un peu plus directement qu’avant, et d’avoir du feedback. Pour se rendre compte de la situation, c’est vachement bien !

Pourquoi le vinyle est-il toujours viable à ton avis ?

Je ne suis pas sûr qu’il le soit encore ! Nous on en sort encore plein, mais ce n’est pas pour autant que c’est viable. Moi je dirai que ça l’est de moins de moins. Depuis quasiment un an, il n’y a quasiment plus rien qui arrive de Jamaïque.

Même pour les gros labels ?

Il n’y a plus grand chose qui sorte en vinyle, même les trucs jamaïcains. Il n’y a plus que des productions européennes. On se trouve à rentrer dans des shops où 90% des productions viennent d’Europe. Que ce soient les Allemands, les Anglais, les Espagnols ou les français c’est assez hallucinant !

Et même des Italiens ?

Oui, et ce n’était pas du tout le cas il y a 10 piges. Il y avait un disque fabriqué en Europe pour 10 fabriqués en Jamaïque. Là ça s’est complètement inversé. Le vinyle je dirai qu’aujourd’hui c’est presque par allégeance à la culture reggae. On se rend bien compte que ça n’a plus vraiment d’impact. Maintenant il n’y a plus de gens qui n’écoutent que des trucs qui n’existe seulement qu’en vinyl. Ce n’est pas très efficace, mais moi j’ai envie de big up tous les gens qui jouent du vinyl ! Par exemple quand tu entends un Bombist, on va dire, moins un mois ou deux après qu’il soit sorti, si tu l’entends en soirée, c’est un mec qui joue du vinyl, parce que nous ne faisons pas tourner de Mp3. Il faut attendre que d’autres mecs les fassent ! Le vinyl c’est un peu du luxe maintenant en fait. Mais ça nous permet de rencontrer des dj’s et des shops, ce qu’on ne ferait pas avec internet.

Est-ce facile de réaliser ces mashups, en termes de droits ?

On va résumer : le terme de mashup, c’est le fait de confondre deux titres que l’on a. Par exemple prendre un instru de Dr Dre et mettre par-dessus un à capella de Buju Banton. Ça, ce sont deux morceaux que les gens connaissent et identifient, et c’est le mélange des deux qui s’appelle mashup. Après un remix c’est plutôt quand, tu amènes une partie originale dedans.

Donc le mashup c’est une spécialité plutôt hip hop ?

Non, au contraire, plein de mecs le font en France, avec par exemple Zebra qui fait des soirées entières. Dans le hip-hop il y en a beaucoup qui font des mash-up rock, comme par exemple le fameux NTM avec Trust, et des trucs assez fous. Ça joue sur le fait que les gens connaissent les deux trucs et que c’est plus la confrontation entre les deux qui est marrante. Souvent rien que dans le titre, le mash up est là. « NTM vs Trust », même sans l’avoir écouté, on se dit que c’est bizarre ! Sur un remix, un producteur apporte sa touche à un morceau déjà existant, en refaisant parfois l’instru.

Est-ce la voix qui impose un riddim, ou à l’inverse, vous préférez un riddim sur lequel vous posez ensuite la voix ?

Les deux arrivent. Des fois on a des instrus et on arrive à trouver une voix qui va coller avec, et des fois on a des voix et on fait un instru pour aller avec.

Vous devez avoir un studio ultra-pro ?

On fait les instrus nous-mêmes mais non, on n’a pas un studio ultra pro. Il est tout petit.

Pourtant, avec la qualité de son que vous produisez ?

C’est gentil, on s’en sort bien ! Mais c’est une musique de débrouillards.

Est-ce facile, en terme de droits, de réaliser vos remix ?

C’est très facile dans le sens où c’est complètement illégal !

Même pour le Police ?

Bien sûr ! Mais par exemple, pour le Brisa Roche** ce n’est pas un remix, c’est une reprise. On l’a fait rechanter et on a fait un instru nous-mêmes. Lone Ranger a posé ses parties, et il n’y a pas d’histoire de remix. Il n’y a pas de samples. C’est le fait qu’on n’utilise pas de bouts enregistrés déjà existants.

Vous êtes des pirates alors. Vous ne craignez pas que Police, ou ceux qui les représentent, se mettent en boule ?

Rires- Si, si !

Quels sont vos projets en cours ?

De bosser à droite à gauche avec toujours plein d’artistes différents. Récemment on a bossé avec les Dynamics. On a du public en commun. Ils font beaucoup de reprises, de clins d’oeil. Du coup on s’est dit que c’était marrant de faire un truc ensemble et d’utiliser les deux noms. On a bossé sur deux morceaux avec eux. Il y a l’album de Lyricson sur lequel on bosse en ce moment. Il y a toujours des choses en cours avec des chanteurs. Sinon on a aussi un projet un peu dans la lignée du Jamaïcan Boy, que l’on est en train de travailler. C’est un projet où on invitera un peu moins de gens du reggae. Ce sera un peu plus expérimental, où on essaie des trucs. Au début, quand on l’a fait, on s’est dit que ce n’était pas gagné du tout de faire chanter une meuf qui ne chante jamais de reggae sur une chanson qui n’est pas non plus du reggae. Et comme finalement les gens ont bien kiffé l’expérimentation avec Brisa Roché qui est surtout une chanteuse de jazz et de hip hop… Écoute ce qu’elle fait, ça n’a rien à voir !

Pour finir, parles-nous de ton implication au sein du Homegrown Band.

En fait le Homegrown Band est un groupe dans lequel ça fait une bonne dizaine d’années que nous jouons. En fait on a pas toujours joué sous ce nom-là. On s’est croisés dans pas mal de groupes avec tous les musiciens actuels. Cette configuration est actuelle depuis un album d’Horace Andy, qui s’appelait Mek it bun. Même si on n’a pas fait tous les morceaux, ça date de cette époque-là. Il y avait des morceaux faits en Jamaïque, mais on a aussi collaboré. Regarde les crédits ! Homegrown Band, c’est Horace qui nous a appelés comme ça ensuite en tournée, en nous disant : « Ce groupe-là sent bon comme l’herbe qui a poussé… » Homegrown désigne en fait l’herbe locale, celle qui a poussé à la maison. Et Horace nous a décrit comme ça : on a poussé ici et on est une force. On a tourné 5 ans avec lui, et on a fait ensuite plein de backings, que ce soit pour des Jamaïcains ou des Français. Pour les plus fameux, on a fait Alton Ellis, Junior Murvin, Kiddus I, Omar Perry, Winston McAnuff… Quand il y a une tournée qui se monte, les mecs font appel à nous. En Jamaïque, ils se passent le mot. Horace nous a fait une super pub en disant : « allez-y les yeux fermés ». Avant, les Jamaïcains avaient des réticences lorsqu’on leur disait que ce sont des Français qui allaient les backer. Mais au fur et à mesure, ils se sont passé le mot, et maintenant quand ils arrivent, ils ont un peu moins peur.

Quelle est ton opinion à propos des groupes de reggae français qui font de la création ?

Il y a des supers musiciens en France ! Mais il y a un truc assez particulier : je trouve que le reggae est divisé en petites chapelles avec le dancehall, le roots le ska et le dub. Il y a un côté que je trouve bizarre, cette vision morcelée. J’aime bien la musique dans son ensemble. J’adore Alton Ellis et j’adore Elephant Man ! C’est le cas de pas mal de Jamaïcains que l’on croise, de penser que nous avons en France une vision un peu bizarre. Les elders avec qui on joue, on peut parler de Mavado avec eux, ça leur dit quelque chose. Ils ne vont pas clore la discussion. Même s’ils ne sont pas fans à 100%, ils s’y intéressent.

N’est-ce pas le cas aussi en Angleterre, où chaque scène sont aussi spécifique ?

Oui mais ceux qui font du reggae français se sentent obligés de se démarquer d’autres scènes, alors que ce n’est pas obligé.

Très honnêtement, il y a t-il une rivalité, une compétition, ou est-ce que vous-vous tirez la bourre avec d’autres backing bands, comme avec No More Babylon par exemple ?

Oui et non. C’est comme pour tous les trucs de taff, quand t’es 2 pour un même truc… Mais en même temps, quand on se croise on n’est tous super potes parce qu’on est pas assez nombreux pour se faire la gueule. Et en plus il y a quand même du mouvement à l’intérieur des groupes, il y a des échanges entre les bands, il y a des passerelles. Un musicien jouera avec un groupe, puis en remplacera un autre dans un autre groupe. Ce n’est pas complètement cloisonné. On se connaît à peu près tous.

N’est-ce pas quand même plus pratique d’être sur Paris pour les connections ?

Par contre, oui, ça c’est clair, ça nous aide. Même si les gens nous connaissent sous des noms séparés, on va dire que si on prend tous les bands, il y a 30 ou 50 musiciens qui se connaissent tous et qui font tous des sessions ensemble et des concerts. Ce n’est pas si séparé que ça !

*une autre reprise que celle que Bim mentionne existe : par Byron Lee & The Dragonnaires .

**Jamaïcan Boy

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