Freddie et Didier, deux agents de sécurité en rupture de ban, se lancent sur la trace d’une enfant kidnappée. Prestement résolue, cette affaire les précipite dans une autre quête, celle d’une personne littéralement volatilisée en rase campagne… Déterminé à résoudre cette énigme, Freddie renoue avec la ruralité de son enfance et avec ses anciennes connaissances dans un road trip en Renault 5, insensé, baroque et énervé.
Un dernier ballon pour la route accumule sans faiblir les brèves de comptoirs, les postures extravagantes et les situations totalement ubuesques. Cette secousse comique, habitée de personnages dépenaillés, grossiers et systématiquement alcooliques ou déviants, transperce la France profonde dans un intense fracas et un tumulte permanent. Cette histoirerepose sur le décalage entre la nature et le comportement des personnages et l’appréciation critique et pertinente de leurs rapports sociaux. Au delà de cette intrigue totalement déjantée, apparaissent dans ce recit des figures sensibles et mélancoliques, nostalgiques de leur jeunesse et de leurs premières amours. Mais Un dernier ballon pour la route se distingue surtout en exagérant sans discontinuer dans l’outrance et la déraison. Cette enquête trash, fulgurance littéraire d’obédience punk, élabore une critique acerbe et corrosive de la France rurale et périphérique.
Ce récit matraque tour à tour un amas de faune de bistrot, de campagnards, de zonards, de bourgeois, de gendarmes. On y évolue notamment dans une zone commerciale décrite comme un labyrinthe d’entrepôts et de ronds-points. Et pour mieux contester l’élevage intensif, la campagne est ici hantée par des vaches mortes… L’évocation Du monde selon Garp de John Irving ou du Seigneur des Porcheries de Tristan Egoff s’imposent de toute évidence tant ce texte percute le conformisme et le conservatisme dans la démesure et sans finesse. La citation ici à comparaitre de ces monuments undergrounds doit fatalement être complété de celle Du grand soir, film où brillent Albert Dupontel, Benoit Poelvorde et Brigitte Fontaine.
Entre irrévérence et exagération massive, Un dernier ballon pour la route peut mettre en doute les certitudes des défenseurs d’une expression littéraire académique. En totale liberté, Benjamin Dierstein s’amuse à l’application intense d’effets caustiques distordus. Muni de quelques codes de culture punk et d’une appétence avérée pour la gaudriole, le lecteur averti se délectera des situations insensées ici recensées.






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