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Il existe des endroits et des époques meilleurs que d’autres pour enraciner la trame d’un polar. En cela, le New York de 1947 compose le cadre que l’on associe idéalement à ce genre littéraire. Car dans la ville monde de l’après guerre, obscure et mystérieuse, les minces frontières entre les institutions et le crime organisé permettent à l’ingéniosité d’un scénario de s’épanouir. Mafioso, signé Ray Celestin, transfère le lecteur vers le cœur de cette mégalopole interlope où des quartiers désormais célèbres s’apparentaient jadis à des villages. Entre Harlem, le Bronx où Brooklyn, les familles du crime organisé y imposaient leur loi à une période où tous les possibles artistiques présageaient aussi de tous les succès du Music Hall.Après avoir exploré la Nouvelle Orléans et Chicago pour les deux précédents opus de sa trilogie, Ray Celestin convoque les mêmes personnages à 3 décennies d’intervalle. Il trouve pour Mafioso l’inspiration dans une cité administrée par un système politique ambivalent, gangréné par la mafia omnipotente. Plusieurs narrateurs, dont Louis Amstrong ou le boss suprême de la mafia, conduisent une intrigue tout bonnement palpitante. Parmi eux, deux enquêteurs, Ida et Michael, cherchent à disculper le fils de ce dernier de 4 meurtres sordides qui devraient injustement le mener vers la chaise électrique. Les personnages évoluent dans un décor hivernal glacial à une époque charnière où se dessine l’avenir de la fin du siècle. L’auteur anglais démultiplie son histoire, pour mieux incarner la pulsation chaotique de cette époque cruciale. Il s’aventure avec une grande clairvoyance dans des descriptions musicales, où son talent met en scène les meilleurs jazzmen de cette période.

Les destins des personnages de Mafioso se percutent, les trames fusionnent et donnent une ampleur remarquable à un texte dense et haletant qui trouve son dénouement dans un enchevêtrement d’émotions à la mesure de la complexité du scénario. Inspiré de faits réels, ce polar saura captiver quiconque aurait été précédemment happé par L’écrivain public de Dan Fesperman, autre grand roman noir récent à la démesure du New York des années 40.

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