Dans le huis clos d’un commissariat de banlieue, 9 personnages reliés par la réclusion en garde à vue parcourent le fil de leur existence. Au cours de cette nuit à l’orée de la société, ces interpellés remontent le fil de la situation qui les a conduits sous les verrous. Parmi eux, Angel, un jeune homme issu d’un quartier populaire et K-Vembre, une écrivaine manutentionnaire exposent leur destin pour mieux récuser leur statut.
Ecrit à la suite de 77, le second roman de Marin Fouqué donne à entendre les voix intérieures de ses personnages en adaptant le rythme et le style du récit à l’évolution de leur histoire. Ce texte polyphonique, habité par les multiples rythmes de voix de ses diverses existences articule les sacrifices et les frustrations de leur génération. Parmi eux, 3 jeunes émeutiers pris à la fin d’une manifestation, un vieux contestataire pacifiste, un ado arrêté devant son collège avec un projet violent et un cadre arrété ivre en train d’arracher des poteaux de signalisations, se jaugent face au policier de garde. Dans cette ambiance oppressante, la tension s’accroît lorsque le commissariat se mobilise pour retrouver l’auteur et l’arme des deux coups de feu tirés dans le quartier.
Cet ouvrage intuitif ausculte les rapports sociaux, mettant en exergue les situations et les frustrations des uns et des autres dans un moment de restriction de liberté. On ressent au plus près les peurs et les angoisses de ces personnages transpercés par des rapports de domination. Marin Fouqué délivre leurs pensées en accumulant avec aisance les punchlines grâce à une écriture imaginative, tour à tour saccadée, syncopée ou jalonnée de phrases très longues. Ecrit dans un style saisissant, perclu de codes urbains, G.A.V. dévoile une écriture hors norme qui s’apprivoise au cours de la lecture.
G.A.V. retient ses personnages dans la promiscuité d’une garde à vue, thème assez peu exotique mais pour le moins original, puisque cette expérience doit être partagée in fine par assez peu de lecteurs. Son traitement en fait un roman majeur, l’ouvrage générationnel qui marque notre époque du sceau des violences sociales et des rapports de forces verticaux. La force d’évocation et la créativité de ce récit puisent autant dans la vivacité de son auteur que dans l’atmosphère et l’énergie de son époque.






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