D.expulsé d’Angleterre après avoir été jugé pour un viol et un meurtre qu’il a commis, a refait sa vie en Jamaïque dans la campagne profonde. Cet ancien chef de gang qui a subi une déchéance brutale revient à Londres auprès des siens alors que la situation et l’état du trafic de drogue ont évidemment évolué durant son absence. Une année s’écoule, alors que les affaires de D. prospèrent bon an mal an. C’est alors que Lancey, affilié à la police jamaïcaine et ennemi invétéré du héros, vient à la rescousse de ses homologues anglais pour tenter de juguler la guerre des gangs. Le passé ressurgissant avec toutes ses velléités de vengeance, l’affrontement entre les deux hommes semble inéluctable…

Précédant Yush, Victor Headley publiait en 1992 Yardi, roman noir au rythme soutenu décrivant déjà parfaitement les ambiances musicales, les soirées, les sounds systems ainsi que l’univers de la pègre caribéenne. Ces thèmes se rejoignent naturellement dans la suite, ce polar haletant qui plonge le lecteur dans les mondes interlopes de la diaspora jamaïcaine en Angleterre. L’auteur décrit toujours les habitudes de cette communauté, lui qui vit au Royaume Uni depuis l’âge de 12 ans. Il est aussi un témoin de la relation entre les traditions insulaires et leur mode de vie, opposé à celui appliqué en Angleterre par les émigrés. Les descriptions des affres de la rue ainsi que de ses trafics apparaissent comme très crédibles, tout comme celles des structures des gangs et des gunmen, mis indirectement au service des politiciens. L’auteur réalise aussi un intéressant focus sur les réseaux et les ramifications du crime organisé entre les Caraïbes, les USA et l’Angleterre. On peut néanmoins émettre un bémol à propos des traductions un peu trop « scolaires » qui mériteraient d’être réarrangées en français par des spécialistes des champs lexicaux qu’ils abordent. L’auteur n’en est évidemment aucunement responsable puisqu’il a été chanteur d’un groupe de reggae et qu’il fait apparaître dans son récit des artistes qui arborent un état d’esprit « conscious » qu’il semble lui-même défendre.

Crédible grâce à l’expérience de son auteur dans le domaine musical il émane de Yush une pulsation résolument reggae. Ce polar présente l’avantage de rapporter le côté obscur de la culture jamaïcaine, avec une force et une violence qui se départit radicalement des stéréotypes indolents dont on affuble a tout ce qui touche de près ou de loin à ce milieu.

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