lstrfrmn Policier 8 février 20212 Minutes
Pur produit de la violence du ghetto de Kingston, D. débarque en Angleterre pour acheminer un kilo de cocaïne. Rompu aux méthodes de la rue, il trahit ses commanditaires pour s’enfuir avec une livre de cette drogue, qu’il n’aura aucune difficulté à faire fructifier. Dans une cité de la banlieue londonienne, notre héros retrouve une amie d’enfance, Dona, qui fut pour lui au pays son premier amour. Afin de stabiliser sa situation dans le deal des poudres illicites, D. s’allie sans tarder à des connaissances jamaïcaines. Ensemble, ils mettent en brèche le monopole d’un gang, les Spicers, et font ainsi main basse sur leur marché. Après 3 mois, D. prospère dans la clandestinité. Il rétablit sa réputation de caïd, qu’il avait abandonnée à l’aéroport de Kingston, mais qui, au gré des évènements, reprend très vite corps en Angleterre… Cette notoriété croît cependant proportionnellement à sa consommation de stupéfiants. Les évènements s’enchaînent alors inexorablement dans la violence.
D. fait pourtant preuve d’humanité et de discernement, et, outre le viol qu’il commet pour affirmer sa détermination à ses rivaux, il révèle une certaine droiture, forcément paradoxale pour un « pointeur ». Il sait se montrer à l’écoute des Dreads vénérables, tel que le fut son frère aîné à Kingston. Le meurtre de ce dernier conditionna l’existence de D. qui fut bouleversé par sa disparition. Cet homme moralement irréprochable, admiré et respecté des habitants du ghetto, était un modèle pour les jeunes rude-boy sans perspectives d’aucune sorte.
Mais à Londres, D. brûle les étapes de la hiérarchie de la pègre. Son organisation, fort bien structurée et organisée, attise les convoitises. Il sera victime d’une machination visant à le faire disparaître. Ce roman se lit avec délectation, puisqu’il plonge le lecteur dans la vie de la diaspora jamaïcaine. Il relate donc l’ascension sociale fulgurante d’un fils du ghetto. Mais la déchéance le sera tout autant, puisque la guerre pour le contrôle du territoire fera bientôt rage.
Cet ouvrage propulse le lecteur au cœur de l’économie parallèle. Son auteur connaît parfaitement la Jamaïque, sa culture, et les strates qui composent la société de ce pays. Il semble aussi très au fait des mœurs clandestines, et de ses implacables corollaires. Victor Headley connaît bien les ramifications et les méthodes du trafic de drogue, la violence des gangs et les aspirations matérielles des jeunes sans avenir.
Outre des thèmes rarement abordés en littérature, comme la diaspora jamaïcaine ou une soirée en sound-system, on a plaisir à évoluer dans un monde où la culture musicale prédomine. De ce point de vue, Yardie oscille entre Scarface et Arnaques, crimes et botanique. Sa trame s’avère ainsi palpitante, malgré quelques légères incohérences au début du récit. Bref, ce roman, à forte teneur en infrabasses nous plonge dans la destinée tourmentée d’un surdoué du marché noir, d’un arriviste des stupéfiants, d’un jeune rude-boy désabusé entraîné comme tant d’autres dans la spirale criminelle. Sans foi ni lois en affaires, la fin justifiant les moyens, on lui devine un accent caribéen et une prestance physique que l’on aurait plaisir à voir incarner à l’écran par le charismatique Mc Roots Manuva.






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