Il est une histoire immorale aux excès sans cesse répétés, aux accents acerbes de haine raciale et d’exactions barbares. Alors que des factions d’énergumènes suprémacistes effrayaient une communauté déjà discriminée, il déferlait sur l’Amérique une musique nouvelle qui exultait la colère en commentant les drames successifs. Il en est ainsi. L’évolution de la soul ne peut pas se dissocier de son contexte historique. Et fatalement, ce qu’il se passa une soirée de l’été 1972 dans un stade de Los Angeles fait figure de parenthèse quasi enchantée dans la narration de la vie de la communauté afro américaine.
Lorsque l’on évoque sérieusement la musique, il est une impérieuse nécessité de définir le cadre de son élaboration. Guy Darol répond à cette injonction avec un excellent compte rendu de l’histoire pour la lutte pour les droits civiques. L’auteur liste la progression depuis 1919 de la lutte contre la ségrégation jusqu’à la tenue du festival Wattstax, puis enchaîne avec la description de celui-ci sur cette évolution jusqu’à l’élection de Donald Trump. Dans ce texte relativement bref, l’élargissement des causes des contestations abordent les questions de pauvreté et de disparités sociales. Il révèle une réaction des laissés pour compte d’une société fragmentée par l’injustice et l’arbitraire qui ont embrasé les plus grandes villes américaines, comme ce fut le cas à Detroit en 1967.
Dés qu’il recentre son sujet, Guy Darol relève une caractéristique fondamentale de la soul avec une évolution notoire des thèmes des chansons. Du sentimentalisme originel, il met en exergue le passage vers des thématiques plus proches des préoccupations concrètes du public. Fondé en 1961 par Al Bell dans la région de Memphis, le rapide succès du label Stax transcende les barrières sociales. Il incarne une alternative à la soul de Detroit de son éminent représentant Tamla Motown. De leur rivalité commerciale sur fond de hits single, l’auteur retient les succès de Stax comme ‘’le triomphe de la soul sudiste’’. Il passe ainsi en revue l’évolution du label, son histoire, ses références, et détaille aussi son personnel. Il désigne par ailleurs Ottis Redding comme l’artiste emblématique de cette organisation prolifique.
Le 11 aout 1965, dans un quartier défavorisé du sud de Los Angeles, l’arrestation d’un chauffard avait dégénéré, provoquant 6 jours d’émeutes et de nombreux morts. 7 ans plus tard, alors que Stax s’était depuis peu implanté dans cette cité, ses employés se mirent à l’ouvrage pour organiser un festival caritatif où seraient conviés les meilleurs artistes du label. Calqué sur le concept de Woodstock, Wattstax devait marquer une sorte de trêve dans les turpitudes quotidiennes de la population. Il rassemblerait 110000 personnes pour un gigantesque concert dans un stade de football américain, le Los Angeles Memorial Coliseum. Au prix d’entrée de un dollar, tous les bénéfices furent reversés au profit d’actions sociales en relation avec le quartier de Watts qui vivait dans les convulsions des troubles passés. Cet événement blues, rn’b, gospel, soul, jazz et funk célébra la fierté noire avec une programmation exceptionnelle convoquant les hitmakers de l’éminent label, Isaac Hayes en tête. Guy Darol définit aisément Wattstax comme ‘’le rapprochement d’une révolte furieuse et d’un label enraciné à Memphis’’. Il déroule le line up du concert en présentant les artistes qui se succèdent, avec leur parcours, leurs productions majeures, et quelques anecdotes les concernant.
Il est précieux de pouvoir lire un texte qui décrive aussi bien la musique. Le festival Wattstax a donné à Guy Darol le prétexte pour élaborer une mise en perspective de l’évolution de la musique Soul. Imprégné de cette lecture capitale, il sera aisé pour le lecteur de compléter ce bref mais très intense récit avec le film éponyme, tourné par une équipe accréditée par Stax, au cours de cette journée du 20 Août 1972.






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