Avec beaucoup de patience et d’humanité, Jean Hatzfeld, l’auteur de ce livre d’entretiens, démonte examine les rouages des évènements qui eurent lieu en 1994 dans la région des grands lacs, au Rwanda. En près de douze semaines, le massacre systématique des membres d’une minorité constitua un ethnocide que le reste du continent réfuta. Alternant entretiens et commentaires, l’auteur s’appuie sur les témoignages des protagonistes, rescapés ou participants des massacres, pour retranscrire l’horreur, l’archaïsme et la méticulosité du génocide, mené comme un phénomène de masse. La population hutue instrumentalisée par ses dignitaires et livrée à elle-même par les anciennes puissances coloniales, extermina environ 800 000 tutsis. La population hutue avilit par l’alcool, à la haine exacerbée par une insidieuse propagande radiophonique menée depuis 1969, s’acharna à la machette et poursuivit ses victimes jusqu’au cœur des forêts et des marais. Conditionnés par des miliciens armés, les personnages évoqués ici accomplissaient quotidiennement leur besogne, n’épargnant aucunes victimes, violant, pillant, tout en délaissant leurs coutumiers travaux agricoles. 2 000 000 d’entre eux durent cependant prendre la route de l’exil vers le Congo lorsque les représailles tutsies vinrent d’Ouganda, ce qui plongea la région dans une instabilité devenu récurrente. Parfois au péril de sa vie, Jean Hatzfeld établit une suite à son précédent ouvrage, Dans le nu de la vie, et déploie des trésors de psychologie pour témoigner de l’horreur avec une profonde humanité. Ces hommes ont été rencontrés dans des conditions exceptionnelles, dans le pénitencier d’où les bourreaux assument leurs actes. Une saison de machette, ouvrage poignant, permet d’assimiler les différents processus qui mènent aux solutions finales car malgré son aspect contemporain, les évènements Rwandais sont le pendant dans l’horreur des génocides juifs, gitans, cambodgiens ou arméniens.






Laisser un commentaire