Thierry Arnold oeuvre avec passion au développement des musiques qu’il kiffe. Electroniques et Dubadéliques, ses affinités musicales prennent corps depuis 2001 au travers des artistes qu’il produit, via le label Sounds Around. Après une dizaine de sorties, ce label trace aujourd’hui ses microsillons, au côté d’autres structures de renom comme Jarring Effects, Bangarang ou Hammerbass. Ces 3 labels s’emploient ainsi à ancrer les formations françaises dans la grande tradition dub. Thierry Arnold, à l’instar des meilleurs producteurs-selecteurs actuels, du français Manutension à l’anglais Nick Manasseh, incarne la force tranquille du stepper-dUb, tout en arborant un indéfectible éclectisme dans ses goûts musicaux. Et comme eux, il possède plus d’un dubplate dans son bac pour retourner n’importe quel dance-hall !

Quel est ton parcours dans la musique ?

J’ai fait plein de trucs ! En fait, j’ai commencé roadie à 14-15 ans pour divers groupes, ska, reggae, hardcore. Avant j’avais fait un peu de piano, mais rien de sérieux. Je me suis mis à la basse à 16-18 ans, tout en continuant à être roadie plus souvent et à passer à la console. Après j’ai passé un diplôme d’ingénieur du son. Et j’ai fait le son de plusieurs groupes. J’ai réalisé des disques de différents groupes, des trucs de dub notamment. Au bout d’un moment, après plusieurs disques, j’en préparais un nouveau : c’était ‘Dub Mission’ en cd, je me suis demandé sur quel label j’allais le sortir. Et j’avais encore un petit goût amer des précédents disques que j’avais sortis. C’est affectif, tu vois ! Quand Tripsichord s’est cassé la gueule, par exemple, j’ai réalisé l’album dub d’Orange Street, une compilation qui s’appelle Dub Odyssée. Et quand tu vois l’album chez les soldeurs…

Déjà, en tant qu’ingénieur du son, collaborais-tu déjà avec d’autres labels ?

Bien sûr, avec Big8, avec Small Axe.

Et en tant que musicien, comment s’est effectué le rapprochement entre les deux ?

J’ai commencé vachement tôt à écouter du reggae en fait. J’ai commencé à écouter des groupes comme les Specials ou Madness vers 10-12 ans. Ces groupes-là faisaient des reprises de standarts jamaïcains que je ne connaissais pas du tout. Un jour, à la médiathèque de la ville où j’habite, dans le bac ‘Anthologie, j’ai trouvé « original-ska ». Ça a commencé comme ça. Et puis avec le temps, j’ai découvert les différents courants de la musique jamaïcaine assez tôt. Et à 16 ans, j’étais déjà dans le dub à donf. Mais comme j’étais dans le ska, j’écoute aussi du punk, ou de la musique électronique.

Tu as donc une vision éclectique de la musique ?

Oui, je peux me lever le matin et écouter un Jesus Lizzard ou un House of Pain et puis bifurquer sur les Gladiators et un album de musique électronique comme Herbert.

Et par rapport à ton approche de la musique, comment conçois-tu ton activité de dj ?

C’est un truc de plaisir. Je fais ça pour kiffer. Ce n’est pas une activité principale pour moi.

T’arrive-t-il de jouer des skeuds de tes productions ?

Carrément. Là, c’est un mélange de tout. C’est un mélange de dubplates des potes qui ne sont pas sortis. Ce soir, ce sont des Uzinadubs, VitalRiddim ou Manutension. Et puis du dub anglais. Je peux m’adapter à plusieurs types de soirées. Je peux jouer des sons électros, mixer de l’abstrackt hip-hop. La semaine dernière, j’ai joué avec Black Siffichi, et c’était vraiment abstrackt hip-hop. On a fait la première partie d’Horace Andy avec Greg (Why T de SismX, note d’ADT) et c’était que du Studio One Rub-a-dub. J’aime la musique jamaïcaine vraiment de la fin des années 50 jusqu’à 80. Après, je peux jouer dans un cadre roots-roots, ou je peux jouer dans une soirée dub anglais parce que j’adore ça et que j’ai ce qu’il faut en skeuds.

Serait-il judicieux de te comparer à Nick Manasseh par rapport à ton approche du mix ?

Quand même pas ! Manasseh, on discute bien et il a vraiment apprécié ce qu’on fait. Son approche à lui, en tout cas, est intéressante. J’adore ses projets abstrakts barrés. Après, en dub, évidemment, ses productions sont léchées, elles sonnent, elles sont puissantes. C’est le son de la scène anglaise du moment.

Greg (aka WhyT de Sism-X) s’approche et scande alors : I-RA-TION

Comment trouves-tu la scène anglaise à l’heure actuelle ?

Justement avec Greg, on a fait deux dates avec Iration Steppas, à Rennes et à Quimperlé. Nous, on adore Disciples, Vibronics…

Greg : Jah Warrior ! Jah Shakka, Aba Shanti-I.

Pour toi, quel est le secret du set idéal ?

Avoir le temps et partir de King Tubby, ou de Count Ossie, un morceau de percu et finir sur…

Greg : …Stepper!

…passer par toutes les faces du dub, même le ska, le rocksteady ou le rub-a-dub et dévier ensuite sur tout ce qui est Spécials, Madness, même UB40…

Greg : …Stepper !

…les années 80 sont fatales tu vois ! Du dUb anglais, passer par de la pop, du rock et finir sur de l’électro.

Établis-tu des différences entre le public de Paris et celui de province ?

Non, moi je m’en fou, je ne fais pas de différences. Je ne me sens pas parisien du tout, même si j’habite là-bas. Je kiffe Annecy, je kiffe Clermont-Ferrand ! (avec une intonation parisienne dans la voix.).

Venons-en à Sounds Around : peux-tu justement nous présenter ta structure ?

Sounds Around est un label électronique et dubadélique, de productions actuelles de dub français. On a des collaborations avec des anglais et des jamaïcains. Moi, je suis juste un fan de musiques. Ce qui s’est passé cette année, c’est encore un mystère. Moi je veux vraiment kiffer avec des gens comme Sism-X. On se connaît depuis des années et là on commence à travailler ensemble. On a fait le deuxième album, le DubStrike, qu’on a fait en deux mois alors qu’on devait faire un maxi. Et trois mois après t’es dans les bacs, donc c’est vraiment un jet d’énergie tu vois ! C’est comme avec Hybrid Sound System : on s’est rencontré pour Dub Excursion. Moi, j’adore ce qu’ils font au sein de Kaly et au sein d’Hybrid. Et un jour, Stéphane m’a appelé en me disant : »On va sortir notre album, on veut le sortir chez toi ». C’est super, on se retrouve ! On a tous la même énergie. Eux sont dans leur cave à Lyon… Il y a Uzinadub à Bordeaux, il y a Sism-X à Genevilliers, GG Project à Rennes et moi je suis là entre tout ça ! Ce qui fait qu’on est là à graviter, et qu’on fait du breakbeat, de la drumn’bass, de l’électro, du dub. Je suis un électron libre, mes potes sont dans la musique depuis des années. J’ai monté mon label et c’était pas un désir. Ça s’est fait naturellement. Je me suis dit qu’il fallait que je le fasse parce que c’était la meilleure solution pour moi.

On sent que tu es motivé par le côté affectif !

C’est clair, c’est musical et humain ! Tu peux avoir le meilleur morceau de la terre, si t’as un connard… Nous, on produit des disques avec vraiment peu d’argent, mais avec logique, c’est que de l’énergie ! On va dire que tu peux pas produire avec moins de 60000 francs. J’arrive à produire avec bien moins que ça. Pourtant, je fais pas le rapace mais on fait tout ce qui faut, sauf prendre des pubs à 10000 balles dans les magazines. On préfère les fanzines ! Comme JFX, c’est des mecs qui font des bons trucs ! Un peu comme pour toi : on a tous de l’énergie !

Interview réalisée en 2005 à Thiers, salle Le Métro.

Laisser un commentaire

Tendances