Il est un auteur américain reconnu pour son incommensurable appréciation des choses de la vie, un don à décrire avec simplicité des sentiments complexes, des situations allant du prosaïque à l’ubuesque. Russel Banks esquisse ainsi des portraits sensibles d’individu, de leurs failles et de leur humanité. Son observation subtile et son sens du romanesque projettent des situations fictives avec un talent toujours constant. Sa profonde empathie sublime des existences ordinaires qui se lisent comme s’écoute du reggae en mode mineur, cuivré, avec des chœurs.
Dans Sous le règne de Bone, il compose la personnalité d’un adolescent américain désorienté prénommé Chappie.Celui-ci a 14 ans lorsque débute ce récit. Issu d’une famille recomposée, il tient tête aux institutions et aux valeurs morales qu’elles voudraient lui imposer. Il a pour cela de bonnes raisons de réfuter la normalité sociale : abusé sexuellement par son beau-père, il nourrit en lui une culpabilité que tous ses proches ignorent. Ce terrible fardeau lui procure une force mentale qui le pousse à se trouver ses propres repères et à se fier à ses intuitions. Sûr de lui, il brave les interdits et s’enfonce peu à peu dans la délinquance. Dès qu’il fugue définitivement de chez lui, il n’a d’autre échappatoire que de s’adonner à de menus larcins. Entre son quatorzième et son quinzième anniversaire, la spirale s’emballe… Tel un archétype grunge, il s’affuble d’un nouveau nom : Bone. Il se voit happé par la drogue, la violence, et l’existence clandestine qui en résulte. Pourtant, sa jeunesse, son bon sens, sa lucidité et sa bonne étoile lui permettent de surmonter les épreuves qui prennent rapidement une tournure initiatique. De sa localité, Au Sable, d’où avec son meilleur ami Russ ils abusent d’une bande de bikers, il fait une rencontre qui conditionnera le reste de sa vie, celle d’un rasta jamaïcain de 50 ans, en situation irrégulière aux Etats-Unis, qui lui ouvre peu à peu les portes d’une perception du monde saine et positive. I-Man retourne au pays et le jeune Chappie, aguerri aux turpitudes de la vie de la rue, l’accompagne sur les traces du « Je Suprême » (littéralement dans le texte), de sa véritable identité, et à la recherche de celle de son père qui l’a autrefois abandonné et qui est entre temps devenu un dignitaire jamaïcain fort opportuniste.
Ce roman repose sur un personnage typique de l’œuvre de son auteur, abimé par une existence brutale en quête d’une personnalité, d’un destin. Russell Banks livre une profonde introspection dans la psychologie des personnages et signe des descriptions oniriques de paysages et d’endroits inspirés par le réel. C’est en cela qu’il démontre tout son talent, en adaptant les psychologies de ses personnages, riches et complexes, à des endroits qu’il connaît tout particulièrement et qui font littéralement voyager le lecteur.






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