Al’heure où nous pleurions la disparition de Thierry Jonquet, un ouvrage comme Soleil Noir remis du baume au cœur. Mais ne cherchez pas pour autant de la sensibilité et des effusions sur fond violoneux, car Patrick Pécherot évoluait dans le polar franchouillard, plein de gouaille et de répliques dignes d’Audiard, père. Pour son 6ème polar, il plantait le décor dans une ville moyenne de région parisienne, la plus banale qui soit, où une bande de malfrats en mode pieds nickelés projettait de braquer un fourgon blindé. Pour mettre leur plan à exécution, ils voulaient se fondre dans le paysage en infiltrant une entreprise de bâtiment, en réfectionnant une maison située sur l’itinéraire du braquage. Mais en déclenchant un mouvement social, les convoyeurs de fonds provoquèrent des imprévus au plan millimétrés des gangsters auxquels cette escouade de bras cassés, pourtant consciencieuse, dut s’adapter…

C’est avec son livre Brouillard de la Butte qui entamait une trilogie que Patrick Pecherot a connu une reconnaissance significative en 2002. On devinait déjà chez lui une solide expérience de la culture populaire, alors qu’il établissait les exploits de ses héros dans le Paris de l’entre-deux-guerres. Son vocable et les caractéristiques de ses personnages en feraient presque malgré lui un auteur hip hop, dans le sens « rap du XVIIIème » (arrondissement évidemment). Soleil Noir, initialement paru en 2007, se distingue des classiques contemporains du genre par sa modernité. Car même si le narrateur doit flirter avec le mode de pensée de l’auteur, le portrait des personnages ici en présence nous confronte à un quotidien prosaïque. Et alors que certaines situations incitent franchement au rire, toujours salvateur, les comptes-rendus de faits de société et leurs analyses singulières permettent de poser un regard objectivement critique sur la société française.

Soleil Noir n’est pas un roman uniquement centré sur ce qui le concerne. Il propose en effet une ouverture et des fenêtres sur une multitude de thèmes et de périodes, tant est si bien que cela peut parfois relever de la digression. La richesse est sidérante : de la déchéance du boxeur, aux mineurs polonais des années 30, de la constante du racisme en France et de ses victimes, en passant par la psychologie du commissaire de police jusqu’au monde de la télé : les histoires s’enchevêtrent dans une kyrielle de chapitres brefs. Ces différents courants d’histoire dans la trame établissent des portraits de personnages hauts en couleurs, dans des descriptions sensibles qui nous les rend attachants.

Avec une prédilection pour les couches populaires et pour l’argot parisien dont il ressuscite des pépites Patrick Pecherot, sait s’immiscer dans tous des milieux sociaux différents pour mieux traverser les époques du XXème siècle. Et si ce n’est une grande imagination et un sérieux travail de préparation il en résulte alors une très grande expérience de la vie alliée à un humour, une tendresse et une mélancolie qui rappelle parfois Jean Claude Izzo. Avec un roman de cet acabit, il confirme son statut de tout meilleur écrivain français actuel de polar.

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