En signant ce livre exceptionnel sur un label d’exception, Adam White embrase les bibliothèques musicales comme Motown Records le fit dans les juke box en 1959. Un grand format était indispensable pour transmettre la richesse iconographique de l’histoire du plus grand label soul de tous les temps. Savamment documenté, Motown présente une profusion de clichés allant des photos de sessions studios, aux moments de vie en tournées, jusqu’aux habituels macarons des pochettes de disques. Au-delà de l’image rutilante d’une soul sauvage on découvre l’arrière-cour d’une organisation parfaitement huilée, les ressorts d’une entreprise commerciale parmi les plus efficientes dans un domaine et une période ultra concurrentielle.

De sa création en 1959 a sa revente en 1986 à la major compagnie MCA, Motown s’est distingué en ayant été la première l’entreprise afro américaine à avoir engrangé un milliard de dollars de recette. Pour aboutir à cette success story, il a fallu toute la témérité d’un jeune auteur de chanson, Berry Gordy Jr, qui, à l’âge de 29 ans, a emprunté 800 $ à sa famille pour produire ses disques. La notoriété de son entreprise naquit du succès immédiat de son 1er single Come to me, interprété par Marv Johnson. Berry Gordy a confirmé l’année suivante toutes les prédispositions de Motown losque le label a accédé à la première place du Bilboard avec le hit des Marvelettes Please Mr Postman. Le succès se fait grandissant et en 1968, alors que seuls Les Beattes parvenaient à contester la suprématie de Motown en terme de ventes. Stevie Wonder, Marvin Gaye, Diana Ross & the Supremes, The Temptations, Lionel Richie, les Jackson 5, Michael Jackson, Martha & the Vandellas assirent définitivement la réputation de Motown. Au cours de cette décennie, l’attrait de Gordy pour la Californie, et sa volonté de diversification dans la production d’émission télé et le cinéma l’incitèrent a délocaliser ses activités à Los Angeles, ce qui marque un tournant fondamental dans l’évolution de Motown. Tout en conservant le même studio ‘’Hitsville’’, 3 périodes sont a distinguer dans l’existence de Motown, correspondant a des changements de siège social et au déménagement de Détroit vers Los Angeles.

De par sa nature, le développement de Motown est étroitement lié aux contextes sociaux, économiques et politiques qui inspirent les artistes et conditionnent les ventes de leurs disques. L’évolution de la lutte pour les droits civiques et la contestation de la guerre du Viet Nam ont durablement influencé le comportement des artistes comme celui du public. Pour appréhender cela, les photos d’archives sont d’une rare éloquence. Celles des émeutes du 23 juillet 1967, date indissociable de l’Histoire de Detroit, en atteste. Motown, label autosuffisant et promoteur de ‘’l’harmonie civile’’ développa par ailleurs un sous label, Black Forum, afin d’élaborer ‘’l’archivage permanent du son de la lutte’’. Motown élabora ainsi pour sa promotion des slogans éloquents tels que le ‘’son de la jeune Amérique’’ ou encore les ‘’Rythmes de la réalité’’.

Pour Martin Luther King, Motown représentait ‘’une arme mémorielle qui a redéfini les paramètres de la musique populaire’’. Pour cela, il semble indéniable que la première des qualités de Berry Gordy fut de s’entourer des meilleures personnes dans chaque secteur qu’englobait son activité. Cet auteur de chanson a pris le parti de développer et de contrôler chacun des aspects avec de très efficientes stratégies commerciales englobant tous les secteurs liés à la production de chanson. Disques, management d’artistes, édition musicale, merchandising, licence de marques étaient gérés par les employés de Motown

Berry Gordy se fit seconder par BarneyAles dès 1960. Venu de Warner Bros, il devint vice président et bras droit du président fondateur. Fils d’immigré italien de la seconde génération, Barney Ales géra dés le début l’aspect commercial en relation avec des entreprises blanches. A l’époque ou la ségrégation raciale étaient prégnante, des distributeurs de disques, parfois racistes dans le sud des Etats Unis, obligeaient Motown à des ajustements pendant leurs négociations commerciales. Motown s’évertua ainsi à ‘’bousculer les conventions discriminatoires de l’industrie musicale’’ grâce à un catalogue autarcique comportant des producteurs, des compositeurs, des musiciens et des chanteurs noirs pour la plupart. Remplacés efficacement, on constate de fait que chaque changement important de personnel n’est jamais un frein à l’expansion du label, tant les personnes compétentes semblent abondantes.

Le 70’s ont marqué de nouvelles tendances, nécessitant un renouvellement créatif en lien avec une période marquée par le rock et le psychédélisme. Motown a tenté une incursion dans ce genre musical, avec le lancement le 18 août 1969 du label au succès mitigé, Rare Earth Records. Cette tentative indique tout autant l’audace que l’ouverture d’esprit de Motown, qui sut en l’occurrence compenser le manque de réussite de cette entreprise par l’émergence des Jackson 5 ou les succès de Stevie Wonder et de Diana Ross. Par ailleurs, lors de sa période californienne, Motown a voulu diversifier ses activités en produisant 7 films dont les affiches illustrent cet ouvrage.

En abordant des aspects essentiels de ce business, comme la distribution, ce livre décrit les composantes techniques, plus qu’artistiques de l’activité du label. Il aborde l’importance de la radio, celle des juke box et de la VPC pour la distribution dans les années 60. Il relate nombre d’anecdotes ou de petites histoires. Comme l’engagement de Richard Anthony, le seul artiste français sur Motown, ou la précocité de Stevie Wonder, qui en 1962, sortit son premier disque à l’âge de 12 ans. L’auteur analyse les pratiques de l’industrie musicale, la corruption des animateurs radios au début des 60’s, clé du succès commercial. L’importance de la radio pour la captation des publics blancs, tout comme l’Influence des radios pirates, telle Radio Caroline qui émettait à bord de bateaux aux large de l’Angleterre sont aussi mises en exergue. Adam White relate aussi que les Rolling Stones et les Beatles, rendirent populaire la soul de Detroit en Angleterre en reprenant des morceaux de Motown, qui deviendrait par la suite leur rival commercial aux Etats Unis.

Cet ouvrage dévoile des photos saisissantes, d’une qualité optimale pour leur époque. Tout ou presque de l’âge d’or de la soul et de la période flamboyante des groupes d’harmonies vocales ressurgit dans ces pages qui font honneur au label de Detroit. L’incandescence des scènes de concert, la ferveur des studios, l’atmosphère urbaine, tout ou presque ressurgit ici. Il n’en fallait pas moins pour illustrer Motown, qui fut selon l’auteur ‘’une éloge paradigmatique du son, du style, du succès incarnant l’irrésistible montée en puissance de la prise en confiance de l’Afro Amérique’’, qui s’érige en exemple idéal de créativité, d’inventivité et de prospérité.

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