Si les grandes fresques historiques vous tentent, laissez tomber les ouvrages commerciaux en vogue mais ne passez pas à côté de ce roman de James Carlos Blake ! Les amis de Pancho Villa happent le lecteur dans le Mexique révolutionnaire du début du XXème siècle, période trépidante et encore hésitante entre les promesses techniques qui pointent à l’horizon et un archaïsme passé pas tout à fait révolu. Dans cet immense pays, colonisé par les conquistadors espagnols du XVI ème siècle, perdurait un système dominé par les grands propriétaires terriens. Une main d’œuvre bon marché et malléable à souhait était constituée de « péons » et d’indiens, en quasi-servitude, qui se sont éreintés des générations durant dans les cultures et les mines du nouveau monde.
Le Mexique se fractionna en factions rivales, et une guerre civile éclata en 1858 et mis aux prises de nombreuses organisations militaires. Les alliances entre factions rivales se firent et se défirent selon les circonstances, comme par exemple l’appât du gain ou les vengeances personnelles. Mais les différences entre noble révolutionnaire et infâme bandit, voyou local et seigneur de guerre semblaient tenir à la perception de chacun du conflit. Pour certains, il s’agissait de combattre pour les pauvres, pour d’autres contre les riches, et avec pour certains l’ambition de leur succéder avec, comme idéal de liberté, le droit de tuer à leur guise….
Dans cette ferveur révolutionnaire et dans l’ultra violence qui s’est emparée du pays, deux figures séditieuses ont émergées: Emiliano Zapata et Pancho Villa. Si le premier défendit ardemment les intérêts des indiens du sud du pays, spoliés et exploités par l’ancien régime, cet ouvrage s’intéresse à la personnalité du second, le seul homme à avoir réussi à s’évader d’un peloton d’exécution. Pancho Villa, figure emblématique du desperado mexicain, cartouchière en bandoulière et épaisse moustache, fit du nord du pays son territoire. Malgré une réputation de bandit, il imposa son charisme et ses visions politiques aux couches populaires et œuvra tant que ce fut possible au bien commun mexicain. Notons que cette notion induit des spécificités locales, allant d’un code de l’honneur particulièrement développé à une conception de la justice plutôt sommaire et impulsive.
Ce roman, très haut en couleur et en senteurs de tequila, relate les évènements rétrospectivement, depuis le jour du Massacre de la Place des 3 Cultures, le 2 octobre 1968. Il associe de manière fictive le narrateur à la réalité historique. Rudy, à la personnalité complexe, est un guerrier autodidacte qui se fraie un chemin jusqu’à devenir le plus fidèle lieutenant de Pancho Villa. C’est un tueur, qui avec beaucoup d’honneur et de sensibilité, gagne par ses faits d’armes la confiance de son chef, et surtout la crainte de ses adversaires. Son intransigeance, sa bravoure et sa réputation lui confèrent un statut digne d’Attila, même s’il semble gagner un peu de sagesse lorsqu’il perd une jambe. Mais pour lui, la rhétorique révolutionnaire l’importe moins que l’action armée même s’il voue une loyauté indéfectible à Pancho Villa. Son récit de la guerre et de ses stratégies, énumération d’exactions toutes plus tragiques les unes que les autres, permettent néanmoins de s’immerger dans la réalité de la Révolution Mexicaine.
Sur fond de Far West, le héros marche sur les pas de la Révolution avec autant d’assurance que d’opportunisme, où cette épopée exaltante, fabuleuse aventure de desperados acquis aux idéaux révolutionnaires, prend des tournures d’aventure authentique. Au cœur d’une nature hostile et de paysages grandioses, on côtoie dans ce roman historique toutes les figures politiques et militaires de cette période, et l’on assimile sans difficulté les politiques mises en œuvre par les régimes qui se succèdent, tout comme les stratégies militaires et la diplomatie.






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