Le livre de la Jamaïque propose une immersion intégrale au cœur de cette île des Caraïbes. Russell Banks, l’auteur de ce polar ethnographique, est certainement influencé par la génération d’auteurs issus de la Beat Génération. Né en 1941, il est représentatif d’une frange authentique et actuelle de la littérature américaine. Son auteur met en scène les péripéties en 1976 d’un intellectuel venu des Etats-Unis pour étudier les descendants d’irréductibles peuplades marrons nichées au cœur de montagnes reculées. Il survient en contrepoint de ce roman ethnographique une trame policière où l’on suit le narrateur dans sa tentative de compréhension, si ce n’est de résolution, d’un meurtre probablement lié à des pratiques ésotériques : l’Obeah
Au fil d’un récit palpitant, très fortement teinté d’autofiction, Le livre de la Jamaïque nous entraine dans les strates sociales jamaïcaines. Les liens autobiographiques de Russel Banks apparaissent en effet en filigrane d’une trame policière où l’on suit le narrateur dans sa tentative de compréhension, si ce n’est de résolution d’un meurtre. Cet homicide énigmatique serait lié à des pratiques ésotériques, l’Obeah… Dès lors, la passion l’emporte chez notre enquêteur, qui se lie d’amitié avec des jamaïcains du peuple, allant ainsi à contre-courant des conventions sociales et des clivages de couleur de peau en vigueur en 1976, année où se déroule le roman. Cette période récente et tourmentée de l’Histoire de la jeune République, alors pleine d’espoir dans les réformes de son leader socialiste Michael Manley, représente une année idéale pour une description des classes aisées Jamaïcaines modernes. Afin de mener à bien ses recherches, Johnny, le héros, vaque de la bourgeoisie locale urbaine jusqu’aux « hauts dignitaires » des bourgades séculairement irascibles. Les Marrons représentent en effet une particularité jamaïcaine, en ce sens qu’ils s’émancipèrent au XVIIème siècle du joug colonial britannique. Nichés dans des massifs montagneux reculés, ils jouissent depuis lors d’une relative autonomie assurée par un traité paraphé au XVIIème siècle de la main de la Reine d’Angleterre.
Russell Banks a séjourné 2 ans en Jamaïque : pour cela, il connait parfaitement les méandres culturelles et sociétales de cette île qui aux trésors. On se fie aisément à l’historique qu’il élabore des évènements qui amenèrent les Marrons à l’autodétermination, à ses considérations sociologiques sur les rastas, ou encore à ses commentaires personnels à propos de la justesse populaire en matière de goûts artistiques. De plus, on perçoit mieux comment la Jamaïque, pré-carré de riches américains, subit la coupe d’intérêts financiers. Les mentalités de l’ensemble de cette société insulaire, ainsi que ses caractéristiques morales apparaissent sous un éclairage rare, puisque notre héros, baptisé affectueusement Johnny par les Marrons, côtoie un ensemble représentatif de la population pour les besoins de son étude. Russell Banks brosse un portrait méticuleux de ce pays, et élabore pour ce faire une construction narrative complexe et instructive, ce qui révèle tous ses talents littéraires.






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