Avec ce polar au titre intrigant, Caryl Férey se révèle au grand public. Cet auteur semble au fait des musiques alternatives, puisqu’on le retrouve accrédité pour ses paroles sur Enfants de P’tain du duo electro-dub rennais Yosh. Sur ce titre, issu de l’album Big Trouble, on peut l’entendre de vive voix déclamer sur un mode « spoken-dub » quelques vers. La jambe gauche de Joe Strummer, qui est son troisième livre, fait suite à Plutôt crever. Cette série devrait ainsi pouvoir combler les fans des Clash amateurs de romans policiers (et il doit y en avoir).
         C’est ainsi que Caryl Férey met en scène l’inspecteur Mc Cash. Celui-ci, qui vient d’atteindre la cinquantaine, est en totale déliquescence physique et risque de perdre la vue. Il démissionne de son poste d’officier de police, le jour où, rattrapé par son destin, on lui apprend l’existence d’une fille issue d’une liaison qu’il a eue 10 ans auparavant. La mère de l’enfant, décédée des suites d’un cancer, a pris soin de mettre Mac Cash devant ses responsabilités morales en lui révélant de façon posthume sa paternité.
          Mc Cash cherche dès lors une manière de nouer des liens avec sa fille, prénommée Alice, qui est placée dans une famille d’accueil dans une ville de province. Il s’y installe dans l’attente de la rencontrer, et c’est là qu’il repêche le cadavre d’une enfant de 5 ans dans une rivière, au cours de l’une de ses promenades « méditatives ». Il devient alors le principal suspect d’une affaire qui s’emballe rapidement. Mc Cash subit les événements qui s’abattent sur lui. Il fait face à l’adversité avec l’aplomb d’un homme pugnace mais névrosé. C’est alors qu’Alice, ignorant les raisons de la présence de cet étranger, vient lui confier ce qu’elle sait de l’enfant dont il a découvert le cadavre…
     Même s’il comporte quelques incohérences plutôt flagrantes, (comment un borgne exfiltré de l’IRA peut-il devenir inspecteur de police en France ?), ce polar a été récompensé de l’honorable prix SNCF. Mais polar ou thriller, les arguties marketing s’affrontent pour nous inciter à la lecture de cet excellent divertissement. Et ce « flic borgne et sans prénom » profite d’une aura qui semble le rendre invulnérable, il n’en est pas moins perfectible du point de vue sentimental, ce qui le rend attachant, d’autant qu’il mène une course contre la montre contre la cécité qui le gangrène. Avec une écriture simple et imagée, fidèle au genre, les rebondissements prolifèrent dans un rythme soutenu. Les chapitres reprennent des titres de morceaux des Clash, comme une allusion constante et une forme d’hommage à Joe Strummer et au punk rock.

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