Au beau milieu des années soixante-dix, quelque part au milieu des Caraïbes se joue l’histoire d’une nation en construction. Emancipé depuis une décennie de la tutelle anglaise, ce pays anonyme tente de se défaire des liens encore sensibles avec le colonialisme qui a façonné sa société. A la fois archaïque et profondément imaginative, son économie permet tant bien que mal à sa population de subvenir à ses besoins. Soudainement, les turpitudes des cours du pétrole provoquent une crise inattendue : le pouvoir régalien vacille devant face à l’instabilité subite instabilité. La population doit irrémédiablement prendre position pour l’un des deux partis qui briguent le pouvoir. Alors que ceux-ci maitrisent leurs électeurs avec la coercition appliquée par leur gang, la jeunesse qui embrasse massivement les thèses rastas rejette la violence. D’un seul élan, elle se fédère pour mettre à bas les cloisons partisanes et se rassembler sous l’étendard d’un mouvement pacifiste. Dès lors, le rapport de force entre le peuple, ses dirigeants et l’ingérence des pays riches va décider du sort de ce pays, d’où émerge en parallèle un chanteur de reggae, véritable héraut international des opprimés… Celui-ci, nommé Zach, arrivera-t-il à infléchir pacifiquement le cours de l’histoire ?

Décédé et 2006, Perry Henzell est célèbre pour avoir réalisé le film devenu culte The Harder They Come, avec Jimmy Cliff dans le rôle principal. C’est en 1982 qu’il publia cet ouvrage, Get up ! Stand up !, qui venait clore une trilogie, débutée précisément par They harder they come. Celui-ci relate le destin tragique d’un chanteur de reggae naïf, privé d’un succès commercial qu’il considère être légitime. Ecrit dix ans après ce film, Get up ! Stand up ! est une sorte d’autofiction, où l’on s’amuse à retrouver l’identité réelle des personnages du récit (Cris Blackwell, Henry Kissinger…). Ce roman captivant aborde beaucoup moins l’aspect du regga

L’auteur fait preuve d’une parfaite connaissance des cercles de pouvoir, de ceux qui l’animent, de leur habitudes et de leurs luttes d’influence. On appréhende parfaitement dans cet ouvrage la fuite en avant vers la violence politique, les méfaits et les pratiques des grandes puissances pour influencer et contrôler les nations en voie de développement. Perry Henzell dessine avec aisance la géopolitique des Caraïbes, la situation politique postérieure à la crise du pétrole de 1973 et on assiste même à une description d’un coup d’état et de la mise en place d’une dictature militaire. Perry Henzell parvient aussi à représenter dans son récit les mécanismes d’asservissement économique. Outre les mécanismes de l’économie globalisée ainsi que l’exercice du pouvoir, on est aussi consterné par les corollaires désastreux du clientélisme.

Même si Get up ! Stand up ! n’est aucunement un documentaire, il semble opportun de considérer cet ouvrage, et l’œuvre de Perry Henzell, comme une représentation trop rare de la Jamaïque. Entre psychologie de personnages hors normes et description détaillée des événements, le lecteur assiste à une vaste description d’une époque commentée par le reggae roots. On tournoie dans cet ouvrage dans la société yardie dans son ensemble, de la plèbe jusqu’au sommet de la pyramide sociale, du ghetto jusqu’aux lieux où s’exercent le pouvoir. Certains épisodes, comme les tenants et aboutissants du trafic de ganja, ou le quotidien de l’homme de la rue, sont décrits avec une justesse qui ne peut être inspirée que par l‘expérience de son auteur. Perry Henzel, au regard de son œuvre prend la dimension d’un chroniqueur essentiel de l’Histoire des Caraïbes et de la Jamaïque. A sa lecture, les fans de reggae se sentent irrémédiablement concernés par les allusions constantes à une culture qui les passionne. Perry Henzell fut un grand romancier, cet ouvrage extrêmement agréable à lire atteste

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