On peut s’apercevoir aisément que la population constitutive d’une enceinte sportive, et qui plus est du football, recompose en milieu clos la diversité sociale. Les spectateurs, fans et supporters s’y associent dans les clameurs et le tumulte, et parfois dans l’outrance et les excès. Et dès que l’on observe au plus près ses franges radicales, on se retrouve parfois confrontés à l’ultra violence de ses éléments les plus exaltés. Car si pour certains le foot c’est le pied, pour d’autres, ce sont aussi le vice et les poings…

     Louis Dabir et Barthélémy Gaillard ont approché deux ans durant les membres du Brussels Casual Service. Leur ‘’objet d’étude’’, dont il est de notoriété publique qu’il est le groupe hooligan numéro un en Belgique, comporte certaines éminences de la mouvance hooligan d’outre-Quiévrain. Gang of Brussels analyse ainsi les ressorts de leurs comportements, en englobant le contexte et les spécificités sociales de ces âmes perdues du stade Constant Vanden Stock.

     Bannie des lieux de nuit festifs, une partie agitée de la jeunesse bruxelloise des années 80 s’était s’agglomérée dans les travées du stade historique du club d’Anderlecht. Ce point de ralliement a vu converger des individus et des bandes qui ont engendré un groupe plus conséquent. C’est ainsi que terreurs parmi les supporters, les O’Side précédèrent les Brussels Casual Service. Issus de milieux sociaux divers, les hooligans utilisent les codes de la classe ouvrière en adoptant le modèle anglais de la culture prolétaire. De la déscolarisation au désœuvrement, la délinquance induite chez certains d’entre eux par la recherche de l’argent facile est générée par leurs agissements collectifs. Voilà pourquoi les personnages de cette étude fraient pour les plus cupides d’entre eux à mi-chemin entre les tribunes du stade et le milieu du crime organisé.

      Cet ouvrage s’attache par ailleurs à préciser les connotations péjoratives du terme hooligan qui ne correspondent pas à sa stricte acception. Les auteurs sont inexorablement amenés à disserter sur les problématiques  identitaires. Car si l’on s’affranchit des très lourds stéréotypes, la composition multi ethnique du groupe tend à démontrer que leur hostilité s’abat sur tous leurs rivaux, de n’importe quelle origine fussent-ils. L’instrumentalisation de la politique a  néanmoins surgi au sein de ce groupe en 2008, lorsque la question de l’identité belge a dépassé celle du groupe le jour où un délinquant a agressé la fille de l’un des leurs.

     Entre amitiés viriles et transgressions fréquentes, la violence représente pour les hooligans une valeur fédératrice. La répression de leurs agissements s’est intensifiée depuis les drames survenus dans les années 90. Ils sont  désormais contraints de se battre clandestinement entre factions consentantes dans des sous-bois en mode free fights. La recherche de l’adrénaline et de la violence cimente toujours l’appartenance à leur groupe et plus globalement à la mouvance hooligan européenne. Loin des centres urbains mais aux aguets les jours de match, l’aura sulfureuse des hooligans n’en a pas fini de répandre son énergie dévastatrice.

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