Se souvenir du 12 juillet 1998. Pour nombre de contemporains de cette date, son évocation ressurgit  bien souvent dans une satisfaction frôlant pour certains la béatitude. Concerné ou non par l’apothéose que fut la finale de la première coupe du monde gagnée par la France, tout le monde se souvient de ce qu’il faisait ce jour là. Quelle idée habile de la part de Youssef Abbas, qui pour son premier roman, étire son récit tout au long de cette journée inscrite dans l’imaginaire populaire.

     Lorsque l’après midi touche à sa fin, ce dimanche promet l’épilogue d’un début d’été venu rompre la monotonie du cours de l’histoire. Partout en France tout comme dans la ville de D., la liesse étreint la population. Sortis de l’adolescence Yannick et Hakim résident dans la banlieue de cette ville anonyme. Ils prennent ce jour là la direction de ‘’Beverly Hills’’, un quartier de classe moyenne où habite la petite amie de Yannick afin d’assister à la retransmission de la finale de la coupe du monde 1998. La fête organisée devant le petit écran devient soudainement la scène de rapports sociaux et sentimentaux entre les spectateurs de l’évènement. Au même moment, Guy Loriot, passionné de Brahms, fait le bilan de sa vie dont il envisage une fin soudaine. Des flash backs de son existence lui traversent l’esprit alors que s’égrènent les minutes de la rencontre. Le dénouement des histoires parallèles se dessine avec l’intensité de la fin du match.

     Youssef Abbas entame sa carrière d’écrivain en signant un premier roman délicat, percutant et criblé de vérités. Eliminant tout superflu à son récit, et en allant au vif de ses intentions, il esquisse des portraits crédibles de personnages entiers. Sa fiction dont le destin des personnages est aspiré par la frénésie provoquée par le match de foot se lit comme la création d’un témoin actif d’une époque vécue. Il en ressort toute l’ambiguïté de l’humanité au fil de revirements romanesques troublants. L’auteur pénètre les classes sociales de la localité du récit, mais aussi l’âme d’un personnage miné par ses démons, la disgrâce et la solitude alors que sa trajectoire sociale s’oppose à celle des autres acteurs du récit. Façon Delphine1 Yvan 0, rythmé par les commentaires de TF1 de ce match, le lecteur revit une journée hors du commun. La retransmission dominicale du légendaire France-Brésil bouleverse irrémédiablement leur existence normalisée par leur condition sociale.

    Bleu blanc Brahms se lit dans le rythme et le flow d’une écriture urbaine, parfois lissée comme de la prose hip hop. Youssef Abbas maitrise d’ores et déjà  l’art de laisser paraitre comme simple et évidente une technique dont la facilité doit autant son efficience au talent qu’à une faculté d’observation et d’interprétation de la réalité. Cette faculté à retranscrire le prosaïque avec une verve et une aisance de numéro 10 nous laisse espérer un avenir prolifique au meneur du jeu de cette narration.

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