Déjà auteur d’un exercice analogue dans le domaine du hip hop, Olivier Cachin s’associe au journaliste Bertrand Lavaine pour établir une sorte d’anthologie des 100 albums reggae jugés essentiels. Moins un classement qu’un tour d’horizon des albums majeurs du reggae, cet ouvrage aborde tous les styles de ce genre musical en 100 escales captivantes. De ce fait, il nous propose une rétrospective des dernières décennies passées en mode skank et infrabasse, illustrée par la pochette du disque reproduite au format original des qu’il s’agit d’un album pressé en vinyle.
Frenchy fils de Claude Allegre, Jocelyne Béroard choriste en 1980 de Lee Perry, Dillinger reconverti en maçon, Dr Alimantado renversé par un bus après avoir survécu à une noyade, Aswad pratiquant le live dub en 1976, puis officiant en backing band de Burning Spear en 1977, Shaggy artilleur US pendant la première guerre du Golfe… : bien plus que les disque référencés, voici quelques anecdotes, qui ajoutées à la somme de détails qu’il inclut, confère à ce livre un intérêt des plus conséquents. En suscitant ainsi la curiosité avec les commentaires qu’il apporte, Bertrand Lavaine et Olivier Cachin indiquent des pistes d’écoute à suivre chez le lecteur. Ils passent en revue 4 décennies de productions qui se réinventent et s’enrichissent constamment, de telle sorte à alimenter et à développer une tradition artistique. Dés lors, ce qui est incroyable, c’est d’imaginer que le personnel qui a participé à la production de ces œuvres soit toujours sensiblement le même et que tout ces protagonistes puissent se connaitre, d’où le caractère quasi-consanguin de la composition de certaines instrumentations. Il est à rappeler que dans la culture reggae, le plagiat n’existant pas, le succès d’un riddim engendre irrémédiablement sa reprise par un autre artiste, ce qui hisse ce même riddim au rang de classique. Ceci présente néanmoins l’avantage de favoriser des standards dans les modes de composition et d’enregistrement et de créer une ligne directrice artistique qui favorise l’homogénéité du style.
En outre, cette anthologie chronologique met en évidence le tournant idéologique des artistes reggae (rarement évoqué dans les livres qui se focalisent souvent aux années 70 en considérant que la musique jamaïcaine périclite des 1981 avec la disparition Bob Marley) et la radicalisation du reggae dès 90’s, avec une doctrine rasta bien plus drastique que celle des années 80. Ces 100 albums essentiels du reggae soulignent aussi l’apport crucial de Pierpoljack à l’essor du reggae français de la fin des années 90, en rapportant des propos pleins de bon sens de la part de celui que ses proches nomment Pekah. Les auteurs se montrent d’ailleurs intarissables sur les filiations quasi généalogiques entre les riddims et leur rapport relatif au pop rock. Ils effectuent des rapprochements constants avec d’autres courants musicaux facilités par leur très large connaissance des musiques actuelles et du reggae français et de leurs relations au modèle yardi.
Le parti pris de ce livre, qui suit donc un ordre chronologique, semble être de mettre à l’honneur des artistes vertueux parfois méconnus du grand public, comme Half Pint, Josey Walles en les préférant aux productions « top ranking », ou disques à succès. L’omniprésence de la pègre dans le milieu musical jamaïcain est aussi stigmatisée dans cet ouvrage qui établit un contraste entre la réalité de la rue dans laquelle sont impliqués certains artistes et la légèreté, voir l’insouciance et la dérision qui émanent des pochettes reproduites. La nécrologie qui se situe en fin d’ouvrage fait ainsi froid dans le dos dès que l’on constate la proportion de morts violentes d’artistes ou de protagonistes de cette scène.
Ouvrage de passionnés écrit par des érudits et destiné au grand public, Les 100 albums essentiels du reggae constitue un recensement qui ne peut être que subjectif. Et c’est en cela que son auteur dépassionne un débat sur lequel chaque fan de reggae possède un avis. Il permet d’approfondir les interconnections sociales, historiques et politiques en proposant une ouverture sur une production en particulier sur un artiste et son œuvre en général. Les anecdotes et les détails qui enrichissent les descriptions propres au disque abordé permettent de s’intéresser aux styles qui ne sont pas les siens, ou d’approfondir ses connaissances grâce à de judicieuses analyses.





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