Le folklore n’est pas figé dans les sabots d’une tradition désuète : il vit et s’enrichit de créations contemporaines ! En tchatchant en dialecte occitan sur un mode ragga, les Jogl’arverne amènent de l’eau au moulin du trobamuffin vibe, ce style musical, initié notamment du côté de Toulouse par les Fabulous Trobadors où à Marseille par Massillia Sound System, se sert des particularités régionales pour enrichir la mosaïque de la contreculture. Anti-centraliste, festif, empreint de bon sens, simple mais pas simpliste, cette mouvance musicale alimente à sa manière le folkore de la zone mondiale, en l’enrichissant de ses différences.

Comment est né Joglar’verne, qui est-il ?

Jean Marc : C’est né un peu bizarrement. J’ai commencé à m’intéresser à l’occitan grâce à Bob Marley !

Oh le paradoxe…

Mais non ! Bob Marley tchatchait un peu dans son patois. En Jamaïque, ils parlent dans leurs patois. J’ai découvert qu’il y avait des keums qui faisaient comme lui, qui faisaient du reggae dans leur parlé, dans leur patois à Marseille, les Massillia Sound System. J’ai dit qu’est ce qu’ils font eux ! Et quand j’ai découvert qu’ils chantaient en ‘Oc’, ça m’a interpellé. A l’époque, en 90, je les écoutais avec des standarts reggae.

Et tu as des racines occitanes ?

Moi je suis de Thiers, donc j’ai toujours entendu parler à droite à gauche.

Tu viens d’une culture traditionnelle ?

Pas vraiment non plus…disons qu’à l’époque c’était assez péjoratif dans mon esprit : ‘paysans et compagnie’. Et je m’y suis donc réintéréssé en écoutant Massillia et les Fabulous. J’ai trouvé la langue porteuse, authenthique. Et je trouvais que les idées développées par Massillia et les Fabulous étaient novatrices et qu’elles collaient à des idées underground, avec un côté « identitaire » intéressant. Je suis donc allé prendre des cours de langue à la fac, et un jour, j’ai appris qu’il y avait une manifestation pour l’Oc à la télé. France 3 est sensé diffuser des émissions en parlé régional mais ne le fait pas, ne remplit pas son cahier des charges, et ce depuis des années. L’Auvergne est un des seuls endroits : Languedoc, Pays Basque, Bretagne, partout il y a des émissions en parlé régional, au moins une heure par semaine… Là, ce n’était pas le cas donc il y a eu une manifestation avec plein de gens de Toulouse, Marseille ou Bordeaux. A côté, j’avais plein de copains qui faisaient de la musique brésilienne, de la samba…J’ai branché un collègue, Stéphane et j’ai dit viens avec tes tambourins, il y a une manifestation, on va foutre le bordel, ce sera bien… On se pointe là-bas, et dans la foule, il y a un mec qui vient nous voir parce qu’ il voit Stéphane avec son tambourin. Un grand type avec des lunettes, on se rend compte que c’est le mec des Fabulous, que c’est Claude Sicre ! Il commence à en jouer comme ça, nous on se met à tchatcher, comme ça, en chantant. Et il nous dit tiens, on va aller là-bas faire un morceau, sur le podium où il y a des vielles. 5 minutes aprés, on s’est retrouvé à chanter nos couplets qu’on avait écrits sur la manifestation ! De là, le mec nous branche, nous dit : « C’est bien les gars ce que vous faites, vous devriez reprendre des morceaux des Fabulous ! » On reste en contact, il nous pousse au cul régulièrement pour qu’on fasse quelque chose, Ça avance petitement parce que je n’étais pas musicien ni percussionniste. Avec Stéphane on va à Uzeste faire un stage de chants, et arrive un jour où on nous a proposé de faire une date en première partie des Fabulous à Morse. On ne l’a pas faite mais l’année d’aprés, le même gars nous a rebranché, et j’ai dit à Steph, cette fois ci faut y aller. Il ne pouvait pas alors j’ai bougé Arnaud un autre collègue qui faisait de la musique brésilienne. Ça, c’était en 99. Aprés on a été contacté à droite à gauche. On avait deux tambourins et du chant, un petit sampleur et on a demandé à notre pote Fredo de nous accompagner. On a répété avec lui pour faire la première partie des Femmouzes T à la Coopé, et de fils en aiguilles tout s’est accéléré : les copains, le possee… On descend à Marseilles pour une assemblée générale de la Chourmo. On joue là-bas comme ca et les mecs nous ont fait revenir. Entre temps, on a rencontré La Micheline. .

Décris nous le style de Joglar’verne ?

On dit en fait le Troba’muffin. Muffin de raggamuffin et Troba de Troubadour mais surtout de « trobare », qui signifie en occitant l’art de trouver, d’improviser, de chanter… Nous, c’est un peu le mix de ça. C’est un terme qui a été lancé par Tatou du Massillia. On fait du ragga traditionnel, et nous ce qu’on veut c’est faire folklore.

Revendiquez-vous certains particularismes auvergnats ?

Non, parce qu’on est pas régionalistes. L’amalgame est vite fait à partir du moment où tu brandis un drapeau. Tu peux être taxé de nationalisme. Nous, on est pas du tout dans ce truc là. On défend l’idée de culture occitane et on est multi-culturel, et encore une fois, anti-régionaliste, selon les bouquins de Félix Castan.

La Linha Magino, c’est de lui ?

Non, la Linha Magino est une revue et un concept qui a été lancé par Claude Sicre des Fabulous, ça n’a rien à voir. Sicre est parti notamment des idées de Félix Marcel Castan, et de son manifeste multi-culturel et anti-régionaliste. Et donc on est pas régionaliste puisque l’Occitanie c’est plusieurs régions et que l’Occitanie a été découpée administrativement par l’état. Si tu regardes l’histoire de l’Occitanie et de la civilisation occitane, ça a toujours été une culture ouverte, qui s’étend des vallées italiennes jusqu’à la Catalogne. On ne défend pas l’Occitanie avec une idée de frontière bien arrêtée. On pense que c’est simplement un bon moyen pour ouvrir les gens à plus de choses. Comme Zebda le dit, c’est le couscous au cassoulet tu vois ! Et c’est pas parce qu’on est auvergnat qu’on n’ aime pas les ch’tis, les basques ou les bretons, bien au contraire ! Et de toutes façons, on est plus occitan qu’auvergnat. On est pas dans la bougnat-titude ! Il y a plein de gens qui utilisent le terme de bougnat pour se décrire, mais il y a une erreur là-dessus. Le bougnat, c’est l’auvergnat qui montait à Paris et qui faisait son biz à Paris…Mais on est fier de dire qu’on est d’ici, de dire qu’on est de Clermont, de Thiers. Et pour nous, ces idées là sont plus à mettre au service d’une France plus ouverte, plus tolérante. On sait très bien que la France c’est plein de trucs intéressants qui ont été étouffés par une seule-culture, qui soit-disant, nous rendrait tous libres et égaux. Le problème c’est que le francais n’a pas compris que toutes ces cultures étaient là pour le servir.

Est-ce que c’est toi qui écris les textes ?

Nous on s’appelle Joglar, et joglar ça veut dire jongler. Et joglar, littéralement parlant, c’était les interprètes des troubadours au XIIème siècle. Ils répandaient et faisaient vivre les chansons des troubadours à droite à gauche. Nous, notre idée, ce n’est pas d’être des auteurs-compositeurs originaux, mais de faire vivre des musiques, des morceaux et des chansons dans l’idée de faire folklore et de les faire vivre et de les faire entendre au plus grand nombre, et de créer un nouveau folklore.

Et de perpétuer la tradition ?

Non, moi je ne suis pas pour l’idée de tradition qui fige un peu les choses même s’il y a des trucs intéressant à piocher. Il faut faire vivre tout ça, et d’impliquer les gens par le live. C’est pour ça qu’on a commencé par faire des reprises des Fabulous arrangées à notre sauce, sachant que eux, ça ne leur posait aucuns problèmes, puisque eux aussi sont dans cette idée-là. C’est tout un métissage…On pille, on pioche à droite, à gauche des morceaux, qu’on remet à notre style. Ce qui fait que des fois on est auteurs compositeurs et que des fois, c’est quelqu’un d’autre. Parfois, on sait pas qui c’est parce que le morceau est dans le domaine public. On est dans l’idée de chansonniers même si bien-sûr on a envie de composer et d’écrire. Au départ, j’ai fait pas mal de textes et après chacun a amené sa patte avec la touche brésilienne d’Arnaud et Frédo. J’essaie de mener un peu la barque, plus ou moins facilement. Des fois ça marche, il y a des périodes où ça va aller super bien et parfois où c’est super difficile d’avancer. Comme là en ce moment c’est pas évident du tout. Ce qui nous intéresse c’est de travailler avec des gens qu’on aime, avec nos personnalités, nos réalités et nos influences communes. La volonté c’est de continuer…

Comment juges-tu le public de Clermont avec toutes tes expériences ?

Dur !

Est-il plus fervent dans le sud ?

Beaucoup plus ! Nul n’est prophète en son pays ! Ca n’a pas toujours été facile : à Clermont, le public est assez rock.

Le crois-tu enclin à s’ouvrir aux métissages musicaux ?

Des fois je pense que oui, et des fois je pense que non. J’aimerai te dire oui parce que c’est ce que j’ai envie et puis des fois je me rends compte que c’est pas forcément le cas. J’aime pas dire ça, mais je trouve que c’est parfois un peu « down ». Sinon, il y a des gens super bien, comme partout.

Combien avez-vous fait de concerts au total ?

Difficile à dire, entre 150 et 200.

Et pour quel meilleur souvenir ?

J’en ai plein. Le dernier en date, c’est la Corse. Avec Jali de Massillia qui vient chercher son flow, qui vient lâcher « Quelle est bleue » sur des riddims de Joglar. Le boeuf avec la bande, ça c’est un dernier bon souvenir, en Octobre à Calvi. Et sinon la première fois à la coopé, parce que c’était la première grosse scène. Ou à l’étranger, en Italie.

La route quoi !

Oui, et puis t’arrives, il y a plein de gens qui sont là, qui sont surpris de ce que tu fais, qui sont à fond et qui délirent.

Et pour la suite de l’aventure, qu’est-ce qu’il y a de prévu pour 2005 ?

Là, ça s’est un peu ralenti sur l’année 2004, pour plein de raisons. J’ai été papa, Frédo va bientôt l’être. Les problèmes d’intermittence, les disponibilités de chacun puisqu’il faut bien trouver du boulot, de l’interim et des conneries comme ça. Sinon, on est les champions de la démo, avec 3 à notre actif. On ferait bien un album, mais comme on n’ est pas super doué du point de vue de l’organisation… Le projet, c’est qu’il nous faut un album pour 2005, avec Mic-Mac, un collectif de Marseilles, avec Dupain, Oaï Star, Toko Blaze… Il y a un titre sur la compile « Mixcité » des parisiens qui nous ont contacté il n’y a pas longtemps. Et il y aura la soirée « Jouglar connexion » et le Théâtre de l’Exil à la Coopé, le 4 mai normalement.

Interview réalisée en 2005.

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